mercredi 7 février 2018

Censures et scandales Cours n° 1

Morale et éthique : la mesure de la transgression

La censure des œuvres et des auteurs se fait fréquemment au nom de la morale; leur défense au nom au nom de l'éthique, éthique qui doit guider par ailleurs l'action du médiateur culturel.

Que recouvrent ces deux termes?  ? Un article  rédigé par Jacqueline Lalouette montre comment dont leur signification et leur usage ont évolué au cours du XXe siècle.
Référence  : Christian Delporte, Jean-Yves  Mollier,  Jean-François Sirinelli (dir.), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine, PUF, 2009. Article "Morale".

A. Ethique ou morale ?
- Le mot « éthique » est sorti de l’usage au début XIXe
. Remplacé par « morale ». Débats sur la morale. XIXe- XXe
. Valeurs et éthique s’imposent à nouveau fin XXe
•« crise des valeurs 
•« les éthiques au pluriel »

Deux mot un seul sens ?
•Ethique vient de «éthos » (grec)
•Morale de « mos » (latin)
•Même sens : « usages, traditions, mœurs »
•XIXe : la Grande Encyclopédie de Larousse 
•11 lignes à l’éthique ( considéré comme désuet) et
• 12 colonnes et demi à la morale

Morale
•Morale : définition proposée par Levy Brühl dans
La Morale et la Science des Mœurs
« ensemble des conceptions, jugements, sentiments, usages relatifs aux droits et usages respectifs des hommes entre eux »
Historiquement les catholiques parlaient plus volontiers de morale et les protestants d’éthique
Le Dictionnaire de théologie catholique a un article consacré à la Morale et aucun à l’éthique

Ethique
•André Comte Sponville, Dictionnaire philosophique :
• éthique fait « plus chic » que morale ( la substitution accompagne l’érosion des références au catholicisme dans la société)
•- pour divers auteurs l’éthique est supérieure à la morale

Le retour de l’éthique
•Déclin de la morale, émergence de l’éthique : Serge Polin, Ethique et politique,
•Contre la Morale considérée comme
• « un ensemble plus ou moins cohérent , parfois un simple conglomérat de traditions, de coutumes, d’habitudes, de mœurs… »
•qui se traduit par des «  normes » qui l’emportent sur les «  valeurs » ou même sur les « fins »
•Pour l’Ethique,  parce que
- « les fins l’emportent sur les normes et appellent des conduites »
            - « …L’éthique se caractériserait par des choix libres et réfléchis tandis que la morale imposerait ses commandements et ses interdits. »

Défense de la morale ?
•Critique de la « mode » du mot éthique :
•Alain Etchegoyen, La valse des éthiques, Paris, 1991 :
•« la vraie morale se moque de l’éthique encornée en comités »
•Michel Serres
• : la peur de la morale  pousse à se réfugier « derrière le petit vocable étriqué d’éthique »

Compromis
•Paul Ricoeur, Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, article Ethique
•Les deux sont nécessaires
•Par rapport aux normes fixées par la morale, l’éthique se trouve
- en amont (éthique fondamentale) et
- en aval (éthiques appliquées)

Victoire de l’éthique ?
•André Comte Sponville
            Les deux sont indispensable mais
•L’éthique semble cependant l’emporter à ses yeux car  elle est
•« un travail, un processus, un cheminement »…
•« le chemin réfléchi de vivre »

 
B. Perspective historique
•XIXe siècle dispute entre catholiques, protestants et esprit des Lumières
•Catholiques :  «  Pour les chrétiens la morale dérivait de la religion et n’existait que par elle »
•Pour la plupart des déistes et des agnostiques  elle était autonome et antérieure à la religion

XIXe siècle
•Pour les catholiques : une morale sans Dieu  ne pouvait être qu’inefficace car  la voix de la conscience est une « voix incertaine » donnant » des ordres contradictoires » et « proférant des menaces vaines »
•L’école républicaine reprend le contenu de la morale chrétienne élémentaires en transformant seulement sa justification transcendante
•La morale demeure marquée par
•- un rapport à l’autorité
•- Une justification politique : elle est la condition de la vie collective

XXe siècle : la fin de la morale en Occident ?
•- La morale aurait sombré dans la » crise des valeurs » généralisée des 30 Glorieuses, de 1968, et en raison de la montée généralisée de l’individualisme.
•Constat fait par par exemple par Alain Etchegoyen, La Valse des éthiques. Paris, F.Bourin, 1991
•La morale se trouve dès lors « proscrite du discours », toute allusion s’y rapportant devient «  un archaïsme rigide », un «  didactisme pontifiant ».
•Touche tout l’Occident. Particulièrement accentué en France

XXe s. temps des valeurs et des éthiques
•Lorsqu’une réaction se dessine le mot morale demeure cependant banni au profit de « valeurs » et éthique ».
•Ce qui n’échappe pas aux défenseurs de la morale catholique :
Paul Valadier (Jésuite) L’anarchie des valeurs. Le relativisme est-il fatal ? Paris, Albin Michel, 1997
 - Le mot « valeur » vient du vocabulaire de la finance; élevé par Nietzche au rang de référence centrale.
- Le mentionner «  sert essentiellement à rationaliser ou à moraliser ses actes, à les rendre acceptables en se justifiant » des valeurs et des éthiques

Ethique, Morale et scandale
•Certains acteurs de la vie artistique et culturelle se définissent par rapport à ces absolus
 •- L’intellectuel engagé est obligé par l’éthique de sa position à s’opposer aux idéologies dominantes;
 •- L’artiste assume la transgression de la morale « bourgeoise » 
  •Le scandale alors prend un sens ontologique.
-->

Aucun commentaire: