lundi 30 janvier 2017



COURS n°2
Histoire de la télévision

La télévision en Grande Bretagne : The Prisoner, 1968-69

Introduction

La télévision s’organise en Grande Bretagne sur un modele dual. D’une part la BBC ré-investit dans le nouveau media les valeurs et la qualité de la radio de service public d’avant-guerre. D’autre part la télévision privée permet à des sociétés de production de créer des œuvres sous la forme de séries qui renouvellent les genres favoris de la culture populaire et s’insèrent dans la culture «pop ». La série The Prisoner, écrite et produite par l’acteur Patrick McGoohan et diffusée en 1968-69 permet de cerner les enjeux esthétiques et idéologiques d’une production à la fois ordinaire et exceptionnelle.

I.  Les cadres du développement de la télévision en Grande-Bretagne

La BBC comme radio
- La BBC est créée en 1922 par un consortium de sociétés privées de matériel électrique. Après une courte période sous la forme de société commerciale, elle devient un service public ayant un statut particulier et prend en 1927 le nom de British Broadcasting Corporation. Elle est financée par une taxe mais ne dépend pas directement du gouvernement et revendique son indépendance rédactionnelle.

- Comme station de Radio elle est dirigée pendant plusieurs dizaines d’années par Reith qui lui donne une autorité morale.

-Sa ligne rédactionnelle est celle du juste milieu. Elle représente les valeurs et la représentation du monde d’un bourgeoisie moyenne blanche, patriote, impérialiste, valeurs partagées par une grande partie de la classe ouvrière.

-Elle défend une certaine qualité de la langue, diffuse les classiques de la littérature et du théâtre et accompagne les évolutions culturelles.

-Limites. Il faut, écrit un grand témoin, attendre la guerre pour entendre au micro l’accent gallois du  chef des syndicats

LA BBC comme télévision.
-Technique : La télévision commence à être diffusée avant la guerre. Les diffusions sont interrompues et reprennent sur une base générale en 1948. On passe à deux chaines en 1964.

- Le standard d’image a été adopté très tôt et n’est donc pas très performant. Par ailleurs, quand on tourne en video on ne sait pas éditer les images avant 1959.  Le montage demeure jusqu’à la fin des années 1970 relativement difficile et coûteux. Cela induit un style visuel caractérisé par des tournages effectués de préférence en intérieur et de longs plans.

-A la fin des années 1950 la majorité des Anglais ont la télévision. Elle offre un espace public au sens de Habermas. Des débats politiques intenses entre travaillistes et conservateurs ont lieu dans les années 1950, qui permettent une théorisation du service public. La BBC ne recourt pas à la publicité. Elle est financée par la taxe.

-Programmes : la télévision reprend les émissions et les valeurs de la BBC radio. Elles sont formalisées ainsi :  Eduquer-Informer-Distraire.
- L’Information se veut de qualité, impartiale, ouverte aux évènements internationaux. La télévision relaye les évènements qui font l’identité nationale, en particulier ceux qui sont liés à la royauté, ainsi le couronnement de la Reine d’Angleterre.
- Les fictions reprennent, avec les contraintes techniques citées plus haut, les genres qui ont fait la gloire de la BBC aux temps de la radio.
*Des adaptations de grands textes (Dickens, Jane Austen) ;
*Des  dramatiques, reprises du répertoire théâtral anglais contemporain. Des « serious drama» comme Armchair Theatre and The Wednesday Play
*Des comédies à visée sociale comme Till Death Us Do Part[1]
Des genres populaires : séries, comédies, aventure.
*Les enquêtes policières et la science-fiction prennent leur place à côté des genres "sérieux"  d’autant plus facilement qu’elles traitent d’enjeux sociaux ou moraux.
-         Z Cars  (1962-1978) est considéré comme apportant un nouveau réalisme aux drames policiers ;             on y suit le travail de la police dans la ville fictive de Newton dans l’Angleterre du nord. (BBC)
-       La BBC et ITV rivalisent, par exemple sur Scotland Yard
o   BBC Fabian of the Yard ,1954, plus tard diffusé aux USA
o   ITV Colonel March of Scotland Yard ,1955


ITV : la télévision privée

En 1953 les conservateurs, lors de leur retour au pouvoir, répondent au désir des milieux d’affaire de voir se créer une télévision privée qui serait ouverte à la publicité et qui permettrait de faire émerger une industrie du contenu.
ITV est un réseau de stations locales financées par la publicité (Independant Television). L’Independant Television Association (ITA) est chargée d’élaborer et de superviser les programmes- Une autorité de tutelle est créée en 1955 pour encadrer la télévision indépendante.

Programmes : ITV importe des Etats-Unis des séries (western, sitcom) et des jeux. Ses programmes sont très axés sur la satisfaction du public et les taux d’audience. Les productions en Grande Bretagne sont dans leur grande majorité dans le même registre.
Ainsi à la fin des années 1950 les Américains Harry and Edward Danziger sont spécialisés dans les séries policières et les thrillers produits à faible coût comme Mark Saber (1951-1953 dont le héros est un Anglais qui a été policier dans une grande ville américaine ou The Man from Interpol pour ITV network

Les série policières et d’espionnage  dans les années 50-70
Les séries policières et d’espionnage occupent une place particulière dans ce paysage. On constate une inflation des productions de ce type dans les années 1960 et 70. Leur grand nombre entraine la nécessité de se différencier d'où de héros de toutes sortes, flamboyants et inhabituels qui luttent contre le crime. Par ailleurs le premier James Bond date de 1962

Agents secrets
The Saint (ITC 1962-69 ) : un playboy international débonnaire traverse le monde et offre une main secourable aux demoiselles en détresse
The Champions : trois agents secrets reviennent du Tibet avec des superpouvoirs

Combattre le crime
Adam Adamant Lives ! :Un gentleman victorien combattant le crime a été congelé au tournant du siècle et revient
Department S : Les membres d’une organisation secrète internationale sont appelés pour résoudre des crimes bizarres
Randall and Hopkins (Deceased) : Le fantôme d’un détective revient de la tombe pour resoudre son propre meurtre
The Persuader’s : Un aristocrate anglais et un millionnaire américain poursuivent les criminels que la loi ne peut pas toucher.
Jason King : un romancier criminel célèbre et playboy excentrique découvre que la vie réelle est le miroir de ses livres

Les productions d’ITV – comme celles de la BBC – ne sont pas seulement la réplication de schémas narratifs et esthétiques éprouvés, produits à des fins commerciales. Cette production est diverse; elle met en jeu des archétypes narratifs qui confinent au mythe moderne. Les conditions de production permettent qu’émergent à l’occasion un œuvre d’une qualité singulière.

II.  The Prisoner : la capacité créative de la télévision privée anglaise

Ouvrages de référence : Chris Gregor, Be Seeing You: Decoding The Prisoner, University of Luton Press ; Ziauddin Sardar, Postmodernism and The Other: New Imperialism of Western Culture[2]

Voir:  Le Carillon de Big Ben ( en français) 

The Prisoner est une série anglaise produite par Lew Grade et Patrick McGohan, diffusée pour la première fois sur le réseau privé anglais en 1968-69. Son héros est un agent secret prisonnier d'une île dont il ne peut sortir.

The Prisoner : réception 
Lors de sa première diffusion en 1968-69 sur l'une des stations de ITV, The Prisoner compte  10 à 12 millions de spectateurs. L’accueil du grand public est mitigé. La série perd des spectateurs au fur et à mesure de sa diffusion (17 épisodes). Le dernier épisode déroute et mécontente beaucoup de spectateurs. McGoohan, auteur et (partiellement) producteur,  pense que c’est un échec.


Aux Etats-Unis elle est diffusée en 1968 par CBS. A la demande des spectateurs elle est rediffusée l’année suivante sur 20 stations en Amérique du Nord. Elle devient une favorite des campus ; entre dans un « syllabus » au Canada; est rediffusée par syndication puis dans le monde entier en VHS et DVD.
En Grande Bretagne un phénomène de fans se fait jour avec la création d’une association et des discussions sur la signification des éléments obscurs du scénario ou de l’image. Une minorité est sensible à sa nouveauté, y compris dans le fait que le final est frustrant. En 1976 à l’occasion du 10e anniversaire une pétition en demande la rediffusion.

Les conditions de production  de The Prisoner
Dans les années 1960, l’enjeu pour les producteurs anglais est de vendre les séries de ITC sur le marché européen et américain. Ils sont capables d’investir pour assurer des tournages de qualité (film, couleur, tournages en extérieurs). 

Lew Grade : un producteur à succès
Le producteur le plus remarquable du moment est Lew Grade.  A la fin des années 1950 , le succès des Aventures de Robin des Bois  (1955-1959) avec comme star Richard Greene  produit par Sapphire Film for Associated Television (ATV), compagnie propriétaire de l'une des franchises regionales du reseau indepenant de TV ( ITN) est un évènement économique. La série est vendue aux divers réseaux américains pour plus d’un million de dollars. Cela suscite de nombreuses imitations  et fait la fortune de Lew Grade, « managing director"  à la fois de ATV et de sa filiale Independant Television Corporation, ITC, personnage haut en couleur qui se donne la figure d’un mogul de Hollywood.

Danger Man, The Saint …
Dans les années 1960 ce sont les films d’agent secret vont dominer la stratégie de production de Grade. Il vend avec succès aux Etats-Unis Danger Man, qui est  diffusé sous le titre de Secret Agent, et devient par la suite un succès planétaire.

Une autre série de ITC, The Saint (1962-1968), avec comme star Roger Moore, le futur James Bond, remporte un grand succès. The Baron (1965) et The Champions (1967-68) prennent la suite de Danger Man sur le marché mondial. A la fin de la décennie les productions de ITC sont diffusées partout dans le monde sauf en Chine et en Albanie. En 1969 les stations US achetent à ITC plus d’émissions qu’à n’importe quelle société américaine à l’exception de MCA/Universal.  


C’est à ce moment que Patrick McGoohan propose l’idée de The Prisoner. La Compagnie de Grade a les épaules assez larges pour financer une série de prestige à budget élevé, même si cela signifie prendre certains risques

McGoohan
McGoohan est alors la star de Danger Man. Il gagne 2000£ par semaine sur la saison 3, ce qui fait de lui l’acteur de télévision le mieux payé au Royaume-Uni. Il occupe une position de pouvoir analogue à celle d’une star de Hollywood qui rend un film « bankable ».  Il a l’habitude d’intervenir dans la production et la mise en scène et d’imposer des exigences précises au scénariste :  il refuse, par exemple, les histoire d’amour et les scènes de violence gratuite. Il est perfectionniste et dirige lui-même les prises de vues de certains épisodes.

Une série pour succéder à Danger Man
Quand il approche Grade pour lui proposer une série pour succéder à Danger Man il a l’ambition de contrôler son propre projet. Grade non seulement accepte l’idée de The Prisoner mais lui octroie un budget de 75 000 £ par épisode, ce qui est, à l’époque, la somme la plus élevée pour une série TV en Grande-Bretagne. Mc Goohan décrit ainsi l'entrevue :

«  …. Après avoir écouté le concept, il tira quelques bouffées de son cigare, marcha autour de la pièce une ou deux fois et dit ‘ c’est si dingue (crazy) que ça peut marcher. Faisons-le ! Serrons-nous la main ». Et on l’a fait. Il me donna carte blanche ; J’avais de la chance. [3]»

EverymanFilm
En réalité, la série est réalisée sous l’égide de la société de McGoohan, Everyman Film (nom qui est une référence à une « morality play » médiévale (pièce allégorique) et au genre de rôle que Mc Goohan souhaite se voir confier. Mc Goohan souhaite que la série ait une grande qualité esthétique (prise de vues, montage) et que les dialogues répondent à des exigences littéraires. Il reprend l’équipe de production de Danger Man.

Le titre de McGoohan  « Executive Producer ». A la télévision anglaise, le producteur exécutif d’une série possède en général tout le contrôle sur la création. Les metteurs en scène, pour cette série comme pour d’autres, se succèdent selon les épisodes. Chacun en réalise de un à trois, gardant son style personnel mais devant s’adapter à la tonalité générale de la série

McGoohan se réserve le tournage des épisodes décisifs : l’avant dernier, le dernier et plusieurs autres sous pseudonyme.


Tournage
 Le tournage commence à Port Meirion en septembre 1966 de façon intensive. Il est prévu que la première série soit finie entre octobre 66 et mars 67. Le projet prend du retard. Au départ la longueur de la série n’est pas définie et 13 épisodes sont prévus. Mais le budget s’épuise. Mc Goohan doit reprendre la responsabilité financière de l'entreprise. Le nombre d’épisodes est limité, la fin du tournage fixée à février 1968. Le dernier épisode est achevé deux semaines seulement avant sa diffusion.

Exigence créative
A toutes les étapes le contrôle de Mac Goohan s’exerce sur la base d’une exigence créative et non d’une adaptation aux goûts supposés du public.

En témoigne l’épisode final, qui possède une dimension cathartique. Lorsqu’il l’écrit McGoohan est à la fois pressé par le temps (il l’aurait écrit en 36 heures) et libéré par la certitude que c’est bien le dernier épisode. Il peut se concentrer sur ses préoccupations philosophiques. Le résultat est que cet épisode est jugé « d’une extravagance surréaliste audacieusement inventive »[4], et demeure jusqu'à une période récente  sans équivalent dans l’histoire de la télévision.

Un propos allégorique
 McGoohan le dit lui-même, son propos est allégorique ; bien qu’il multiplie les fausses pistes on peut identifier bien deux systèmes d'interprétation.

Dans le premier, le personnage est le prisonnier d’un système totalitaire dont l’auteur explore les multiples dimensions et ce personnage affirme sans relâche sa liberté et son individualité face à l’opression. Dans ses entrevues avec la presse, McGoohan ne cahe pas que ce personnage ("N° 2") représente ses propres vues philosophiques

Par ailleurs la série porte un message critique envers la télévision. Comme son personnage principal, McGoohan l’auteur, est à la fois « prisonnier » du genre  et du medium, prisonnier des conditions de production pour la télévision. Dès qu’il veut s’échapper des limites du genre, il est rattrapé. Quand le prisonnier déclare « I am not a number … I am a free man… » il se rebelle aussi contre le medium TV. Par ailleurs McGoohan, comme auteur, multiplie les caméras de télévision dans l’espace de l’île, caméras qui servent de moyen de contrôle, notamment lors des tentatives d’évasion. Il utilise précisément le mot télévision.

The Prisoner, exemple de texte post moderne ?
The Prisoner est par ailleurs un objet doté d’une esthétique. Ceci amène à une autre question : comment analyser la nouveauté de la série par rapport à son contexte et identifier les ressorts de la séduction qu’elle opère sur les spectateurs de l’époque et ultérieurement, sur les fans ?

David Lodge, auteur anglais et professeur de littérature, propose d’analyser la dimension post-moderne de l’œuvre. Il part de l’hypothèse que qu’un texte, ou récit,  (composition) post moderne est caractérisé par la présence des éléments suivants :  contradiction – permutation – exces – court-circuit . Tous ces éléments se retrouvent dans la série. 

Contradiction : The Prisoner use fréquemment de la contradiction, particulièrement en donnant des informations contradictoires sur l’endroit où se trouve le village. Il donne aussi un grand nombre de détail triviaux qui rendent la vie apparemment absurde et induisent un sentiment d’insécurité.


Permutation : le terme renvoie à l’usage de lignes narratives multiples. The Prisoner joue continuellement avec plusieurs lignes narratives de base  - les tentatives d’évasion du héros – les efforts des contrôleurs du village pour obtenir du héros qu’il se conforme aux règles ;- les tentatives des autorités pour lui extorquer un aveu ("pourquoi avez-vous démissionné ?") - le mystère de l’identité de n° 1. Au début il semble que l’évasion soit la ligne narrative la plus importante mais à la fin c’est la révélation concernant la personnalité de N°1 qui est importante.

Excès: il s’agit de donner au lecteur (spectateurs) plus de données qu’il ne peut en synthétiser. Le discours affirme alors la résistance du monde à l’interprétation.
A cet égard, la série crée délibérément et clairement une confusion chez le spectateur en demandant qui dirige le village, où il se trouve (langue parlée …) et à quoi il sert, sans jamais donner de réponse. Le spectateur comprendra successivement que le village se trouve derrière le rideau de fer (en Lituanie), puis à l’ouest, puis dans un territoire contrôlé par une autre puissance sans que la «  bonne» réponse soit clairement identifiée.
Par ailleurs il s’impose au spectateur avec une imagerie étrange  (la bulle, les voitures, la salutation traduite en français par ' Bonjour chez vous !'…) rendant toute interprétation simple inadéquate.

On peut aussi rapporter à une esthétique post moderne le fait que le point de vue proposé au spectateur change tout le temps et que rien n’est certain pour lui dans l’interprétation qu’il fait. Enfin l’utilisation permanentes de télévisions, écrans dans l’écran, brouille les repères.
Comme auteur McGoohan connaît parfaitement les conventions de la série télévisée et les mine de façon élégante et délibérée.

-       L’allégorie
The Prisoner a une autre dimension beaucoup moins subversive. C’est un texte allégorique. Il demande au spectateur une double allégeance : d’une part accepter de croire à la fiction interne au texte et au-delà, croire au hors texte et aux mythes mis en œuvre

Or les préoccupations de MacGoohan sont caractéristique des années 1960. 
-Il affirme l’autonomie de l’individu face à des régimes totalitaires ( « je ne suis pas un numéro »)
Il pense que même les démocraties (anglaise, américaine)  sont potentiellement totalitaires dans leur usage de la technologie (la télévision comme panoptique).
-Son héros est prisonnier d’un monde totalitaire (l’île) dont il ne peut en aucun cas s’échapper ; Il n’y a pas de dehors. Le totalitarisme est ici et maintenant, partout. 
-Par ailleurs la tyrannie est douce ; le village est joli. On ne torturera pas le prisonnier (« je ne veux pas que vous l’abimiez »). Si il accepte d’y vivre et de coopérer il ne lui arrivera rien. Ce pourrait être aussi une métaphore de la société  consommation que l’ideologie américaine propose alors comme horizon de l’humanité. 
 -Il pose la question de la responsabilité individuelle : faut-il accepter de participer ; peut-on être certain de n’être pas manipulé ? A la fin le prisonnier découvre qu’il est le n°1 dont il a tant recherché l’identité …

-       Le contexte politique et culturel
L’écriture de la série d’une part, son succès de réception de l’autre, ne peuvent pas être dissociés du contexte historique. Ce dernier est marqué par la guerre froide, l’existence de régimes totalitaires (nazi et soviétique), la peur des nouvelles technologies de contrôle (cybernetique) et des manipulations mentales (CIA).

Se pose aussi la question de la responsabilité individuelle et de la loyauté des citoyens anglais à leur démocratie. La série aborde, par ailleurs, la question la loyauté des institutions : protègent-elles les citoyens qui leur font confiance comme elles le devraient ? Les élites assument-elles leurs responsabilités ?

Six ans avant le tournage de la série, en 1951, Kim Philby et Anthony Burgess, membres d’un groupe d’anciens étudiants de Cambridge qui espionnent pour le compte de l’URSS, s’enfuient à Moscou. Ils appartenaient aux hautes sphères de l’espionnage britannique et du gouvernement…L’un était même en charge de la lutte contre l’espionnage soviétique. Les apparences sont trompeuses.

Les auteurs de la série puisent aussi leur inspiration dans leur propre expérience de soldat mais aussi dans les rumeurs sur l’existence de camps secrets d’internement pour les espions et sur l’existence, réelle, de centres ultra-secrets d’écoute et d’espionnage électronique pendant la guerre.

D’autres auteurs appartenant à la culture légitime ou à la culture populaire traitent ces questions. Georges Orwell a écrit 1984 en 1948. Les films de James Bond commencent en 1962 avec Dr No.

Les questions que se pose McGoohan et la façon dont il décide de les traiter lorsque l’occasion se présente à lui de réaliser une série sur laquelle il aurait le contrôle font écho à cette actualité. La recherche formelle et narrative permettent à l'oeuvre de survivre dans un temps plus long : elle est rediffusée, on l'a vu,  en Grande Bretagne en 1979 à la demande des spectateurs, ainsi qu'aux Etats-Unis où CBS l'a achetée. 

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[1] Des magazines d’actualité comme Panorama and Monitor
-Des satires acerbes : That was the Week thas was

[3]  Cité dans Ziaudin Sargar, Postmodernism and the Other, …, uv. Cité p. 29
[4] « audaciously inventive surrealistic extravaganza »