lundi 13 novembre 2017

de la neo télévision à la post télévision, USA-France, 1980-2010

Cours n° 5 Histoire de la télévision : de la neo télévision à la post télévision, USA-France, 1980-2010

Introduction :
L’environnement de la télévision connaît de très grands changements en plusieurs étapes : les années 1980-90 (néo télévision) et 2000-2017 (post télévision). Trois niveaux de changement se superposent :  changement technique, avec la numérisation des divers éléments de la chaîne de production et de diffusion des programmes ;  changement économique, le modèle de financement par la publicité élaboré dans les années 1950 devant être repensé ; changement dans les programmes, les contenus s’ajustant aux modes de consommation nouveaux.

Les Etats-Unis jouent un rôle pionnier dans la transformation de la télévision.  D’ambitieux programmes de diffusion par câble et par satellite ont été mis en place dans les années 1980 et 1990. Au début des années 2000 c’est, par ailleurs, aux Etats-Unis qu’Internet se développe le plus rapidement (web. 2.0 et web 3.0) et que les médias sociaux les plus influents sont créés. La numérisation au sens large et la mise en place du web 2-3G forment l’arrière-plan technique de ces évolutions mais ces dernières trouvent aussi leur moteur dans la déréglementation que connaissent les industries de l’imaginaire aux Etats-Unis. Les autorités américaines en effet, aménagent le cadre juridique d’exercice des grands groupes audio-visuels de façon à ce que ces derniers continuent à être profitables et à exercer une position dominante dans le domaine créatif.

La télévision en Europe évolue elle aussi dans un cadre réglementé : il s’agit de permettre aux acteurs économiques en place de profiter des changements techniques sans les déstabiliser économiquement. Les anciens monopoles publics sont abolis à partir des années 1980. En France la mise en place des réseaux câbles et de la télévision par satellite fait apparaître de nouveaux acteurs dans les années 1980-1990. Ces derniers sont réticents à l’idée de voir naître de nouveau concurrents et la TNT se sera mise en place qu’en 2016.
La production de programmes est profondément bouleversée par l’apparition de société spécialisées , parfois filiales de grands groupes internationaux, qui vendent des programmes de jeux ou des séries aux diffuseurs. Les produits américains pénètrent le marché national. Des genres nouveaux comme la téléréalité ou les documentaire fictionnalisé s’imposent.

A partir des années 2000 la mise en place d’internet 2.0 transforme les conditions techniques et économiques de la télévision. Les conditions de réception changent : les écrans des téléphone portable, ordinateur, tablette modifient les conditions de réception en permettant une mobilité accrue des spectateurs et une navigation sans précédent à travers les programmes. Les recettes publicitaires se déplacent des networks historiques vers internet, notamment les réseaux sociaux. Le développement des médias sociaux, notamment Facebook, favorise une désintermédiation de l’information qui culminera dans l’invention du concept de « fake news » lors de la campagne des présidentielles américaines de 2017.

Jusque vers 2006, les observateurs considèrent que, aux USA, la télévision en général tire son épingle du jeu même si les networks historiques bénéficient d’une part des revenus publicitaires moins grande qu’auparavant  et si eur hégémonie dans les domaines de la distraction et de l’information semble menacée . Des conditions règlementaires favorables. vont leur permettre de recomposer leurs modèles de diffusion et de retrouver leur place après 2016 en tirant parti de leur savoir-faire d’assembleurs de programmes.

En ce qui concerne les programmes, le modèle mis en place dans les années 1980, et même la structure historique des programmes (information, éducation, distraction) résiste dans l’ensemble sur les réseaux de télévision classique tout en étant mis en danger par des pratiques nouvelles et concurrentes : information desintermediée sur internet par exemple.

On procèdera donc à une approche historique en rappelant comment on évolue de la néo télévision vers la post télévision  aux Etats-Unis et en France et les conséquences sur les programmes.

A. Etats-Unis

1° 1980-1990 : première mue des réseaux généralistes américains

Les germes du changement  - l’évolution vers ce que l’on appellera la neo-télévision – sont en fait apparus dès les années 1970. Les autorités américaines décident alors de mettre en place une politique de déréglementation qui anticipe les changements techniques à venir. Le but est d’affaiblir les acteurs en place de façon à laisser la porte ouverte à de nouveaux venus capables de développer l’innovation à la fois technique, organisationnelle et des contenus.

Les années 1970 voient se mettre en place des réseaux câblés et des systèmes de diffusion par satellite qui concurrencent les trois (devenus quatre) networks diffusés par faisceaux hertziens (schéma adopté dans les années 1950)
Les premiers réseaux câblés sont enserrés dans des règlementations restrictives. La FCC et le Congrès vont cependant unir leurs efforts pour alléger progressivement les contraintes qui pèsent sur les câblo-opérateurs, avec comme conséquence la fragilisation des networks ABC, CBS et NBC. Un concurrent sérieux émerge en 1971, HBO, née sur la câble mais qui après 1975 est aussi diffusé par satellite. Le modèle économique de HBO est différent de celui des networks. Il ne s’agit plus de plaire aux annonceurs mais de convaincre les adhérents de renouveler leur abonnement. HBO passe de 15 000 à 300 000 au cours de l’année 1976. Il compte 13 millions d’abonnés en 1983 ; 19,2 millions en 1994. On verra qu’il sera un acteur décisif dans le renouvellement des séries aux USA.
De nouvelles chaines qui voient le jour s’adressent à un public de niche. Showtime (1976) est regardé par les amateurs de cinéma ; ESPN (1979) est une chaine sportive, Nickelodeon (1979) s’adresse aux enfants ;BET (1980) au public afro-americain;  CNN (1980) diffuse de l’information en continu. MTV (1981) est une chaîne musicale. Le taux de pénétration du câble croit dans les années 1980 : 63,4 % des foyers en 1994.
Intégration des networks dans de grands groupes audio-visuels
La nouvelle réglementation va conduire à l’intégration des chaînes de télévision au sein de grands groupes audiovisuels. En 1984 le Cable Policy Act donne plus d’autonomie aux cablo-opérateurs sur les contenus ; ils sont ensuite autorisés à baisser le prix des abonnements. La règle contraignante « Must Carry Rule » est elle-aussi allégée en 1985.
Ceci a des conséquences directes sur les chaines de télévision classiques. Entre 1985 et  2003, la part d’audience en « prime time » ( début de soirée, là où les tarifs publcitaires sont les plus élevés)  des réseaux diminue de 41% . Leurs revenus publicitaires baissent. Le temps passé devant la TV stagne et les habitudes de consommation se dispersent. Lorsque les networks se lancent dans des productions maison de qualité pour concurrencer HBO cela leur demande de gros investissements et, dans un premier temps, leur rentabilité souffre.
Dans le même temps les autorités favorisent leur intégration dans de grands groupes audio-visuels.  Lew’s Corporation rachète CBS en 1986 et General Electric, NBC* en 1986.
La stratégie publicitaire des networks généralistes évolue. Elles cessent de rechercher exclusivement le plus large public possible, avec une base familiale et de favoriser les programmes susceptibles de l’atteindre en écartant le moins de spectateurs possibles ( « less objectionnable program »). Les annonceurs ciblent désormais des publics plus précis, notamment les jeunes et les catégories socio-professionnelles élevées, susceptibles de lancer des modes. Ces choix sont favorables à la production de programmes de qualité, capables de concurrencer les production de HBO par exemple,  et vont conduire à un renouvellement du genre de la série symbolisé par l’apparition de Hill Street Blues. Par ailleurs le Code de la Télévision ayant été abrogé en 1982 car jugé désormais contraire à la concurrence, les scénaristes ont les mains plus libres – la censure s’allège.  
Les networks réussissent leur mue. NBC, sous l’impulsion de nouveaux dirigeants dégage un profit de 333 millions en 1985 contre 48 millions de $ en 1981. Cependant à la fin des années 1990 les chaînes du câble et du satellite aux Etats-Unis avaient globalement une audience supérieure à celle des quatre grands networks (CBS, NBC, ABC, …); en 2006 le plus grand network ABC ne dispose que de 12 % de part de marché. 

2° 2000-2017 :  Internet : vers la post-télévision ?  

Les années 2000-2017 sont marquées par un nouveau défi pour l’industrie de la télévision aux USA. L’évolution rapide du web transforme les conditions de distribution et l’oblige à réinventer ses modèles économiques et narratifs.  Certains ont pu parler de «mort de la télévision », d’autre de post télévision.

 

Andrei Jezierski (Television Everywhere: How Hollywood Can Take Back the Internet and Turn Digital Dimes into Dollars, 2010) souligne au contraire combien l’industrie de la télévision aux Etats-Unis sait s’adapter, sous la direction de managers capables d’inventer de nouvelles stratégies. Ceendant il ne minimise pas le défi représenté par le changement du contexte technique et des usages. Entre 2000 et 2009 écrit-il, la pénétration du réseau large bande aux USA a dépassé les 50%, rendant banal l’accès à la video via internet. La 3G va rendre l’accès aux données assez confortable pour supporter des services marchands.


Les terminaux téléphoniques sont dotés d’écrans et augmentent leurs capacités de traitement de l’image, offrant des alternatives souples au vieux poste de télévision familial, déjà sérieusement concurrencé. Apple a lancé en 2007 le i-phone, imité par ses concurrents. Le trafic via l’i phone familial est monté au quart du trafic des téléphones mobiles dans le premier quart de l’année 2009. En 2010 c’est le tour de l’i-pad qui ouvre la voie à des tablettes aux performances équivalentes.

Des navigateurs performants voient le jour. Apple lance Safari en 2003, Mozilla ouvre Firefox en 2004, Google ouvre Chrome en 2008. Google+ et ses possibilités de paiement intégré apparaît en 2011.

Des applications disséminant la production et la consultation des images video voient le jour. You Tube apparaît en 2005 : Google le rachètera pour 1,65 billions de dollars en 2006.

Des outils de création de blogs (Wordpress, 2003) donnent enfin une réalité à l’affirmation ancienne de l’interactivité du réseau : le consommateur peut devenir éditeur de son propre contenu aussi bien pour l’écrit que pour l’image. En 2010  apparaissent  Pinterest et Instagram qui permettent d’échanger et de stocker des images. Spottify est un outil puissant de vente de musique en ligne.

En 2008 l’AppleStore formalise le rapport marchand et simplifie le paiement à l’acte et l’achat à l’unité..

Internet devient le réseau support d’une nouvelle économie. En 2005 il y a plus d’un billion d’usager d’internet dans le monde ; en 2012, 2, 4 billions.
Statistiques d’usage d’Internet – 2016- MONDE : 3,77 milliards d’internautes, soit 50% de la population.-2,79 milliards d’inscrits sur les réseaux sociaux, soit 37% de la population.
Taux de pénétration d’Internet dans le Monde :
                                            88% en Amérique du Nord
                                            84% en Europe de l’Ouest
                                            29% en Afrique
                                            33% en Asie du Sud
Pour en savoir plus : les statistiques We are social 2017
FRANCE
85% des Français ont accès à Internet ; 74% y accèdent tous les jours – 95% des 18-24 ans ; en moyenne, on passe 18 heures par semaine sur Internet- 93% ont un mobile, 65% un smartphone, 82% un ordinateur, 40% une tablette
En moyenne, on passe 58 minutes par jour sur l’Internet mobile- 55% des Français utilisent un navigateur, 48% téléchargent des applications- 60% des Français ont effectué au moins un achat en ligne en 2016- 56% sont inscrits sur au moins un réseau social- En moyenne, on passe 1h16 par jour sur les réseaux sociaux
Pour en savoir plus : Étude CREDOC 2016



Le modèle Google

-       Un nouveau modèle économique est mis en place par Google, moteur de recherche devenu hégémonique, dans lequel c’est le consommateur qui est la marchandise. Google enregistre les habitudes de navigation de ses utilisateurs, les agège, les analyse et les vend. La marge brute générée par Google est de l’ordre de 85 %. Pendant un certain temps, Google abandonne 100% du revenu généré par le trafic à ses grands partenaires pour saturer le marché. Il combine les avantages d’un support publicitaire de masse à un support publicitaire de niche ( en identifiant les amateurs). Il vend le rang d’apparition dans la recherche (le client paye pour être référencé en haut de page) ; il vend aussi l’analyse des habitudes de consommation de l’internaute auquel des publicités ciblées peuvent être envoyées.

-       Les médias sociaux  ( qui ont une stratégie économique analogue, avec avec des réussites diverses, sont apparus juste avant l’an 2000. My Space et Linkedin apparaissent en 2003, Facebook, Flickr et Vimeo en 2004, Tumblr en 2007 

-       Facebook devient le média social le plus populaire en 2008. Intégrant, Twitter, Messenger, et nombre d’autre fonctionnalités il devient un media en soi au tournant des années 2010.

L’apparition des médias sociaux
Danh M. Boyd, Nicole B. Ellison, « Social Network Sites : Definition, History, and Scholarship », Journal of Computer-Mediated Communication, Vol. 13, octobre 2007, pp. 210-230 

On dira qu’un média social est un service fondé sur le web qui permet à un individu de (1) créer un profil public ou semi-public, (2) d’articuler une liste d’utilisateurs  avec lesquels partager une connexion et  (3) voir et parcourir leur liste de connexion et celle fait par les autres dans le système. … 

Les médias sociaux tels que MySpace, Facebook, Cyworld, Bebo sont techniquement variées et offrent des possibilités différentes selon qu’ils utilisent le microblogging, l’image, la vidéo, les échanges de messages et autorisent des pratiques différentes.

La plupart sont « assis » sur des réseaux de relations sociales préexistants, d’autres ont pour fonction de permettre à un individu d’étendre son réseau de relation au-delà de ce qu’il est. Cependant les médias sociaux vont évoluer pour la plupart vers des modèles permettant à des individus d’articuler et de rendre visible leur réseau social ; être mis en relations avec des gens qu’ils n’auraient pas rencontré autrement peut arriver mais ce n’est pas le but. Le problème pour ces sites est de réussir l’articulation avec les réseaux sociaux étendus des participants.

Le Profil. L’élément fondamental de tous les réseaux sociaux consiste en consiste en des profils visibles qui sont associés à des listes de relations ou d’ « amis ». Le profil est un « lieu » unique où l’on peut «produire son moi social numérique ». Cela comprend l’affichage de son réseau mais pas toujours. A l’origine, certains utilisateurs de MySpace ont ainsi « hacké » leur compte pour cacher leur liste de liens. Linkedln dès le départ a autorisé à le faire. La plupart des sites autorisent les « relations » à laisser des « commentaires » sur les post d’un profil et la plupart associent désormais à leur offre une messagerie privée.

La configuration des réseaux sociaux converge vers un modèle dominant mais il était à l’origine assez varié en fonction de leur origine. « QQ a démarré en Chine comme un système de messagerie instantanée, LunarStorm (Suède) comme un site communautaire, Cyworld (Corée) comme un outil de discussion sur un forum coréen, et Skyrock (ex Skyblog) était un service de blogging français avant d’y ajouter des fonctionnalités caractéristiques des médias sociaux. Classmates.com, un annuaire d’anciens élèves lancé en 1995, commença à offrir des fonctions de media social une fois ces derniers devenus populaires. AsianAvenue, MiGente, et BlackPlanet étaient des sites communautaires à l’origine dotés de possibilités limitées d’établir des liens avec des “ amis”, avant d’être réorganisés en 2005-2006 en media social.

Les médias sociaux varient dans leurs fonctionnalités : certains permettent de partager photos et vidéos; d’autre ont des messageries instantanées incorporées ou du blogging. D’autres supportent des interactions mobiles : Facebook, MySpace, and Cyworld. Certains visent des communautés particulières, avec parfois des évolutions imprévues.  Orkut, par exemple avait été conçu pour les Etats-Unis avec des interfaces en anglais mais les Brésiliens s’en sont emparés et sont devenus le groupe d’utilisateurs dominants. Certains réseaux ont des orientations spécifiques ethniques , religieuses, sexuelles, politiques … Il y a même des medias sociaux pour chiens (Dogster) et chats  (Catster), “although their owners must manage their profiles”.

L’histoire medias sociaux commence en 1997. SixDegrees.com permet à ses utilisateurs de créer des profils, faire la liste de ses amis en 1998, de surfer sur la liste d’amis. Chacun de ces éléments existait avant. Les profils sur la plupart des sites de communauté… SixDegrees.Com est le premier à associer ces trois fonctionnalités. Il attire des millions d’utilisateurs et échoue à développer un modèle économiquement viable : en 2000 le service ferme. Les premiers adeptes se plaignaient qu’il n’y avait pas grand-chose à faire après qu’on ait accepté un ami et les utilisateurs ne sont pas intéressés à l’idée de rencontrer des étrangers.
De 1997 to 2001, des groups de communauté s’organisent. AsianAvenue, BlackPlanet, and MiGente permettent de créer des profils personnels et professionnels ( et dating)  et les utilisateurs peuvent  marquer des amis sans leur demander leur avis. Des sites se créent partout dans le monde; En Corée (Cyworld) ; En Suède, LunarStorm se recompose en media social en 2000, avec liste d’amis, livre d’invités et pages de journal intime.
Un ensemble de sites se crée autour de reseaux professionnels : Ryze.com dans la Silicon Valley, tribe.net, Linkedl et Friendster mélangent personnel et professionnel. Ils pensaient que l’un des réseaux pourrait renforcer l’autre. Au total Ryze acquit une popularité de masse, Tribe.net rassembla une niche d’utilisateurs passionnés; Linkedln deviant un service “ business” puissant et Friendster deviant “l’une des plus grandes deceptions de l’histoire d’Internet”.

La croissance et la chute de Friendster  ou la difficulté de manager un réseau social
Friendster est lance en comme complément de Ryze. C’est un site de rencontre qui part du principe que des amis d’amis sont des partenaires particulièrement compatibles. Il attire au départ trois groupse importants : des bloggers, les spectateurs du Burning Man Art Festival et des homosexuels masculins. Il compte jusqu’à 300 000 usagers grâce au  bouche à oreille avant que la presse n’en parle en mai 2003. Mais au fur et à mesure de sa croissance le site rencontre des difficultés sociales et techniques : les serveurs et bases de données ne sont pas assez puissants et le site « tombe » régulièrement, frustrant les usagers qui ont remplacé leur email par Friendster. Par ailleurs l’arrivée de ceux qui ont connu le site par les médias déséquilibre sa “balance culturelle”. En outre les usagers doivent faire face, sur le réseau,  en même temps à leurs copains de classe ou leurs patrons. A l’origine les règles restreignent la vue d’un profil à un degré 4 de proximité (ami d’ami d’ami d’ami). Pour augmenter leur capacité à joindre des gens, certains commencent  à collectionner des amis puissants ou célèbres. Une fonction “ most popular” encourage cette tendance. Enfin certains créent des personnages fictifs, célébrités ou personnages de la pop culture. La compagnie, qui craint de perdre le contrôle du site, élimine ces profils – y compris celui de gens reels qui avaient choisi une photo non réaliste - et supprime aussi la fonction “ plus populaire”. Les fans de ces “ fakester”, outragés, se retirent.
L’élimination par la compagnie des “ Fakester” montre que la société ne partage pas les intérêts de ses usagers.  Beaucoup se retirent à cause des difficultés techniques, des “collisions sociales” et le la rupture du contrat de confiance avec la compagnie. Mais au moment où la société a des difficultés aux USA elle connait une croissance exponentielle aux Philippines, à Singapour, en Malaisie et en Indonésie.

Les medias sociaux entrent en collision avec le mainstream
A partir de 2003 beaucoup de medias sociaux sont lancés. La plupart sont centrés sur des profils avec des services annexes et essaient de dupliquer le succès de Friendster. Ils se construisent à partir d’intérêts partagés : les sites professionnels comme  LinkedIn, Visible Path, and Xing (formerly openBC) se concentrent sur les business people. Ceux qui sont centrés sur une passion comme Dogster permettent à des gens qui ne se connaissent pas mais partagent l’amour des chiens de rejoindre. Care2 aide les militants à se retrouver, Couchsurfing connecte voyageurs et propriétaires d’un divan, MyChurch relie les membres d’églises chrétiennes. Par ailleurs des sites de médias ajoutent des fonctionnalités et évoluent vers une fonction de media social : Flickr (partage de photos), YouTube partage de video
Orkut, de Google, ne réussit pas aux USA mais devient populaire au Brésil ; MSN Space devient tres populaire ailleurs qu’aux USA. 

My Space est une autre illustration de la difficulté à faire perdurer un media social. Il est lancé en 2003 à Santa Monica et attire des déçus de Friendster, surtout les membres de groupes indie –rock expulsés de Friendster pour n’avoir pas respecté les règles.  D’autres le rejoignent lorsque la rumeur court que Friendster voudrait faire payer un abonnement. Ces groupes musicaux et leurs fans vont être repérés par MySpace qui va offrir de les aider à acquérir de la visibilité. Les orchestres veulent informer leurs fans et les fans veulent se signaler et recevoir une attention particulière. Le site se distinguera en ajoutant régulièrement des vidéos à la demande des usagers et en leur permettant de personnaliser leurs pages. Il n’interdit pas par exemple d’intégrer des HTLM dans le profil. Les teenagers rejoignent en masse MySpace en 2004. Plutôt que de le rejeter la société modifie sa limite d’âge. En 2005 News Corporation rachèta MySpace pour 580 millions mais le site s’empêtre ensuite empêtré dans des procès liés à des interactions sexuelles entre majeurs et mineurs. Une « panique morale » s’élève concernant les prédateurs sexuels, que la recherche considère aujourd’hui comme très exagérée.

Un phénomène global et local
Les médias sociaux se développent dans divers espaces nationaux: Orkut au Bresil, LunarStorm en Suède, Hyves aux Pays Bas, Grono en Pologne, Hi5 Amerique latine,, Bebo au Royaume Uni, Nouvelle Zelande et Australie. En outre des services existants augmentent leurs fonctionnalités : la messagerie instantanée chinoise  QQ devient le plus grand media social au monde en ajoutant profil et listes d’amis. Cyworld en Corée  introduit pages d’accueil et « buddies ». Les sites de blog évoluent aussi : Xanga, LiveJournal et Vox aux USA, Skyrock en France, Window Live Space Mexique, Italie, Espagne.

Facebook
Facebook, qui va devenir le média social dominant dans la décennie suivante, commence comme media de niche s’adressant aux membres d’une université seulement. Facebook commence en 2004 à Harvard seulement. Les utilisateurs doivent alors avoir une adresse en harvard.edu pour s’inscrire. Le service ne s’étend ensuite qu’à ceux qui possèdent une adresse universitaire et le site est considéré comme sélectif et assez privé. En Septembre Facebook s’étend pour inclure des élèves de lycée, des professionnels appartenant à des réseaux d’entreprise et dans un dernier temps, tout-à-chacun. L’ouverture ne signife cependant pas que les nouveaux entrants peuvent accéder aux réseaux «  fermés » « corporate ». Pour avoir accès aux réseaux des lycées il faut, par ailleurs, l’accord de l’administrateur. Seul le réseau général ne nécessite pas de permission. A la différence des autres réseaux sociaux, les utilisateurs de Facebook ne peuvent pas  – à l’époque de l’écriture de l’article –montrer leur profil à tous les utilisateurs.  « Une autre particularté de Facebook est la possibilité pour des développeurs extérieurs de construire des « applications »  qui autorisent les utilisateurs à personnaliser leurs profils et à entamer d’autres activités, comme comparer leurs préférences en matière de films ou de voyages ».

Les politiques d’accès sont diverses. Certains sites construisent délibérément une image d’exclusivité : aSmallWorld et Beautiful People…Des sociétés veulent s’en servir pour faire de la publicité. D’autres institutions interdisent à leurs membres d’y participer : ainsi l’armée américaine ou les fonctionnaires canadiens.

L’individu au centre de son propre réseau
Au terme de cette décennie d’évlution des médias sociaux un modèle semble s’être stabilisé : celui de l’individu placé au centre de son propre réseau. Certes il existe des médias sociaux fondés sur des communautés d’intérêt mais la tendance pour les grands réseaux est de prendre la forme de « réseaux égocentriques » ou l’individu est au centre de son propre réseau. Certains y voient le « miroir de structures sociales où le monde est composé de réseaux, pas de groupes ». Cela a en tout cas des effets sur par exemple, la communication politique ou la publicité. On constate que pour convaincre un membre du réseau, rien n’est plus efficace que de passer par l’un de ses pairs, en qui il a un taux de confiance élevé. Un partie de l’information en période de campagne électorale s’est ainsi déplacée sur les réseaux sociaux en 2016 aux USA, avec des conséquences en terme de validation des informations.

La recherche universitaire

La recherche sur les réseaux sociaux a abordé divers domaines. En premier lieu, ils permettent d’étudier les formes de la présentation de soi, le management de sa propre personne et mesurer la performance des individus en termes « d’amitié » ; on constate alors que le profil aide les gens à membres à « naviguer »  dans le monde social et que la navigation valide le profil. Cela peut être la source d’une réflexion sur sa propre identité.

Certains chercheurs travaillent sur les données de masse fournies par les sites pour analyser les comportements sociaux ( ex ; 2007, une étude sur 362 millions de messages échangés sur facebook (Golder, Wilkinson, and Huberman)). On recherche alors le lien entre les profils et le nombre des transactions ; on constate que les profils qui réduisent les « coûts de transaction » et sont le plus difficile à falsifier sont ceux qui ont de grandes chances d’être associés à beaucoup « d’amis » ; on a aussi identifié sur d’autres réseaux une typologie des membres : « passifs », « invitants » et « reliants » ; des études existent sur ce qui motive les membres qui rejoignent  des communautés particulières ; on peut aussi étudier la «  fabrique du goût ».

Le lien avec la société réelle 
Il est apparu assez vite que les réseaux virtuels soutiennent la communication réelle. 91 % des adolescents américains utilisent Facebook pour communiquer avec des adolescents qu’ils connaissent dans la vie réelle. Privacy. On a étudié aussi la menace sur la « privacy » et les stratégies mises en œuvre par les utilisateurs. En  2007 sur facebooks 46 % des teens agers avaient mis de fausses informations. La divergence entre les intérêts de Facebook (collecte de données) et de celle des utilisateurs  a été moins étudiée.     


La lutte contre le «piratage »

Hollywood et les réseaux de télévision vont devoir avant de tirer d’Internet tout le parti possible liquider un aspect hérité du début du réseau : les sites de partage gratuits P to P qui permettent à des œuvres « piratées » ou anciennes d’être partagées gratuitement par des communautés d’’utilisateurs.

Un ensemble de dispositifs juridiques est mis en place dans les années 2010 pour criminaliser et poursuivre ces comportements (loi Hadopi en France). Filtres, droits d’auteur, poursuites sont généralisés et les Etats-Unis font pression sur les pays pour homogénéiser au niveau du marché mondial les dispositifs de protection des droits sur les produits de l’industrie culturelle ….

Dans le même temps, le contrôle est repris par les grandes firmes sur l’usage des outils du net tels que You Tube. Enfin des sites marchands de distribution des images video (films, émissions de télévision) sont construits avec les outils de paiement qui vont avec afin que la consommation « légale » se substitue à la consommation libre.  


Inventer un nouveau modèle économique pour la télévision US

Les networks n’en sont pas moins confrontés à la nécessité de réviser leur modèle économique.

Le modèle inventé pour la presse populaire anglaise ou américaine à la fin du XIXe siècle qui consistait à financer le contenu par la publicité, à des prix dépendant de la mesure de l’audience, a été reconduit pour la radio (dans les années 1920) et la télévision classique (dans les années 1950). Il n’est pas le seul possible. Déjà dans les années 1980, le câble et le satellite permettent de mettre sur pied des chaines accessibles sur abonnement. La généralisation d’internet et des systèmes de paiement dématérialisés donnent au début des années 1990, plus de consistance au modèle du pay-per-view, ou achat à l’unité.  Au cours des années 2000, les networks aux Etats-Unis recomposent leur modèle.



L’enjeu est la part de temps que les consommateurs passent devant leur écran, et quel écran.  L’évolution technique (internet et terminaux plus navigateurs) permet un zapping généralisé des consommateurs qui passent d’un mode de consommation à l’autre sans cesse et sur des modèles très individualisés.

Les opérateurs de téléphonie, concurrencés sur leur produit de base (Skype) et enfin autorisé à intervenir fortement dans la distribution tirent parti de la technique de l’ADSL qui leur permet d’acheminer des images télévisées dans tous les foyers à un coût acceptable. Les compagnies proposent une offre « triple play » qui associe téléphone, internet et télévision.

Netflix modifie les habitudes de consommation de films et de séries. Il est accessible sur plusieurs continents. L’abonné construit le programme de son choix dans une gamme très vaste.

Peu à peu la consommation se déplace vers l’ordinateur ou la tablette comme terminal pour les jeunes générations.

Les médias US en 2015 : quelques chiffres
Télévision
Environ 1700 stations de télévision opèrent aux E U. I/4 est sont publiques. Beaucoup  sont affiliées à l’un des networks majeurs : CBS NBC ABC  ou Fox. Plus de 90 % des logements ont accès au câble ou au satellite (« subscription television ») .
En 2015, le revenu des networks de TV est en augmentation tandis que celui du câble/ satellites s’est stabilisé.
Récemment les networks ont lourdement investi dans l’industrie du programme pour la « subscription TV ». Le plus grand cablo-operateur de la nation est Comcast corp. En 2014 Comcast a acheté Time Warner Cable. ATT a commencé à offrir de la « subscription television » à travers son U-verse system en 2008 et en 2015 ATT a acheté le provider satellite Direct-TV. Au total, le revenu total de l’industrie de la télévision incluant câble, satellite et fibre continue à croitre.
Internet
Le plus jeune media est aussi celui qui croit le plus vite. Environ 80% de tous les américains adultes ont un accès internet et l’argent investi dans les publicités sur internet a atteint 8 billions en 2008 devrait atteindre 51 billions en 2015.
internet est désormais un  système intégré diffusant la presse traditionnelle, des flux audio, vidéo et les services interactifs comme streaming, donnant accès à d’autres services comme le commerce en ligne, les médias sociaux ; c’est une «  place de marché ».

Shirley Biaggi « Media Impact »
Money
Part des revenus dans les différentes industries  US (« annual mass media income »)
1987    1999     Today ( ?)
Livres                           11 %    19        9
Magazines                  14        7          7
Journaux                      30        23        14
Movies            4          14        21
Recordings                  6          6          3
Radio                           8          6          5
TV                                27        20        30
Internet                       0          5          10



 

Television/  internet . Chiffres France 2017 
Source Pascal Lechevallier « Pourquoi la TV ne disparaîtra pas en 2017 « 
Chiffres publiés par Médiamétrie sur les habitudes des internautes français

Nombre d’écrans par foyer : 4,2 en 2005 ;  6,4 en 2015.
Nombre de contacts médias par personne : 2005 :33 ; 2015 :43,9
Consommation quotidienne TV et Internet des Français de 15 ans et plus :
 « Le temps de consommation quotidienne de TV reste supérieur au temps de consommation d’internet : 4 h par jour contre 1,38 h mais internet progresse tandis que la TV stagne .

78 % des Français regardent la télévision en « live », différé, « catch up » quel que soit l’écran.

71 % des Français naviguent sur Internet (tous écrans et usages confondus :médias, Services, Communication).

La télévision reste la principale source de consommation des images chez les Français de plus de 15 ans selon les chiffres de Médiamétrie. Ainsi 88 % du temps vidéo est consacré à la TV  tandis  que 6 % l’est à la video sur Internet. La VOD et la SVOD n’occupent que 1% du temps video des internautes. La TV améliore encore son score avec le replay qui pèse 5 % de la consommation, faisant grimper la TV à 93 % .

Pour un cabinet d’études anglais les courbes se sont en fait croisées : le temps passé sur la TV non digitale est passé en dessous du temps passé sur le digital (nota quid de la tnt ?).

 

La TNT en France

 

 

 

 

 

 

II. Les contenus : informations, fiction

 

Ces évolutions transforment les piliers de la télévision classique et même de la neo-télévision. L’économie et la valeur symbolique des séries américaines évoluent ( voir cours précédent). Nous verrons dans les pages ci-dessous l’évolution de deux domaines : les jeux et l’information. Globalement ils sont touchés par la desintermediation pour l’information, et par la contamination entre fiction et réel pour les jeux et distraction.

 

Cela a des conséquences sur les modes de consommation. La télévision n’est plus un media consommé collectivement, en famille, avec des temps fédérateurs rassemblant toute l’audience (informations télévisées, jeux, séries …). Sa consommation est déstructurée dans le temps. 


Les séries par exemple ne sont plus un flux mais un stock. Leur temporalité n’est que partiellement contrôlée par les networks. La première diffusion des épisodes organisés classiquement en saisons et en épisodes peut être gérée par continent pour les séries américaines mais certaines séries sont lancées directement sur le net. Les diffuseurs organisent des soirées, voire des nuits où les épisodes sont vus dans le désordre, associant la temporalité classique (des épisodes dans l’ordre de la narration) et temporalité nouvelle ( anciens épisodes diffusés selon d’autres critères, de coût, ou thématiques…). On a conclu à l’atomisation de la société.

Les études anthropologiques fines sur la consommation de télévision montrent cependant que ce modèle est partiel. Via internet les spectateurs reconstituent des groupes de fans ou même des communautés de spectateurs en même temps qui communiquent en parallèle  par messagerie ou skype ou tout autre moyen.


Pour l’information en revanche plus faible que les industries de l’image, dans les récentes élections américaines, les fausses informations inondent le réseau. Les médias traditionnels semblent très fragilisés face aux faux – créés délibérément – et face à l’usage de twitter.

 


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