mardi 17 janvier 2017

NOTES DE COURS 
Scandales et censures
Cours n° 1
Morale et éthique : la mesure de la transgression


«'Ethique’ », voir ‘Morale’ »
Article rédigé par Jacqueline Lalouette
Christian Delporte, Jean-Yves Mollier, Jean-François Sirinelli (dir.), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine, PUF, 2009
Plan :
A. Ethique ou morale
B perspective historique


A. Ethique ou morale ?
- Le mot « éthique » est sorti de l’usage au début XIXe
- Remplacé par « morale ». Débats sur la morale. XIXe- XXe
- Valeurs et éthique s’imposent à nouveau fin XXe « crise des valeurs
« les éthiques au pluriel »


Deux mot un seul sens ?
Ethique vient de «éthos » (grec)
Morale de « mos » (latin)
Même sens : « usages, traditions, mœurs »

XIXe : la Grande Encyclopédie de Larousse
11 lignes à l’éthique ( considéré comme désuet) et 12colonnes et demi à lamorale


Morale
Morale : définition proposée par Levy Brühl dans
La Morale et la Science des Mœurs
« ensemble des conceptions, jugements, sentiments, usages relatifs aux droits et usages respectifs des hommes entre eux »
Historiquement les catholiques parlaient plus volontiers de morale et les protestants d’éthique
Le Dictionnaire de théologie catholique a un article consacré à la Morale et aucun à l’éthique
Ethique
André Comte Sponville, Dictionnaire philosophique :
éthiquefait«pluschic»quemorale(lasubstitutionaccompagnel’érosion

des références au catholicisme dans la société)
- pour divers auteurs l’éthique est supérieure à la morale

Le retour de l’éthique
Déclin de la morale, émergence de l’éthique : Serge Polin, Ethique et politique,
Contre la Morale considérée comme
«unensembleplusoumoinscohérent,parfoisunsimpleconglomératde

traditions, de coutumes, d’habitudes, de mœurs... »
qui se traduit par des « normes » qui l’emportent sur les « valeurs » ou même sur les « fins »
Pour l’Ethique, parce que
- « les fins l’emportent sur les normes et appellent des conduites »

- « ...L’éthique se caractériserait par des choix libres et réfléchis tandis que la morale imposerait ses commandements et ses interdits. »

Défense de la morale ?
Critique de la « mode » du mot éthique :
Alain Etchegoyen, La valse des éthiques, Paris, 1991 :

« la vraie morale se moque de l’éthique encornée en comités » Michel Serres
: la peur de la morale pousse à se réfugier « derrière le petit vocable étriqué d’éthique »

Compromis
Paul Ricoeur, Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, article Ethique
Les deux sont nécessaires
Par rapport aux normes fixées par la morale, l’éthique se trouve

- en amont (éthique fondamentale) et - en aval (éthiques appliquées)

Victoire de l’éthique ?
André Comte Sponville
Les deux sont indispensable mais
L’éthique semble cependant l’emporter à ses yeux car elle est

« un travail, un processus, un cheminement »... « le chemin réfléchi de vivre »

B. Perspective historique
XIXe siècle dispute entre catholiques, protestants et esprit des Lumières
- Catholiques : « Pour les chrétiens la morale dérivait de la religion et n’existait que par elle »
- Pour la plupart des déistes et des agnostiques elle était autonome et antérieure à la religion

XIXe siècle
- Pour les catholiques : une morale sans Dieu ne pouvait être qu’inefficace car la voix de la conscience est une « voix incertaine » donnant » des ordres contradictoires » et « proférant des menaces vaines »
- L’école républicaine reprend le contenu de la morale chrétienne élémentaires en transformant seulement sa justification transcendante
- La morale demeure marquée par
- un rapport à l’autorité- Une justification politique : elle est la condition de la vie collective

XXe siècle : la fin de la morale en Occident ?
- La morale aurait sombré dans la » crise des valeurs » généralisée des 30 Glorieuses, de 1968, et en raison de la montée généralisée de l’individualisme.
Constat fait par par exemple par Alain Etchegoyen, La Valse des éthiques. Paris, F.Bourin, 1991
La morale se trouve dès lors « proscrite du discours », toute allusion s’y rapportantdevient« unarchaïsmerigide»,un« didactismepontifiant».
Touche tout l’Occident. Particulièrement accentué en France

XXe s. temps des valeurs et des éthiques
Lorsqu’une réaction se dessine le mot morale demeure cependant banni au profit de « valeurs » et éthique ».
- Ce qui n’échappe pas aux défenseurs de la morale catholique :
- Paul Valadier (Jésuite) L’anarchie des valeurs. Le relativisme est-il fatal
? Paris, Albin Michel, 1997
- Le mot « valeur » vient du vocabulaire de la

finance; élevé par Nietzche au rang de référence centrale.
- Le mentionner « sert essentiellement à rationaliser ou à moraliser ses actes, à les rendre acceptables en se justifiant » des valeurs et des éthiques
La nouvelle perspective est en revanche défendue en termes de liberté et de responsabilité du sujet :
Gilles Lipovetzky, . Le Crépuscule du devoir. L’éthique indolore des nouveaux temps démocratiques, Paris, Gallimard, 1992.
Les valeurs morales sont demeurées les mêmes mais
« une nouvelle manière de se rapporter aux valeurs » s’est imposée car il n’y a plus désormais « d’absoluité intransigeante du devoir ».


XXe s. temps des valeurs et des éthiques
Jacqueline Lalouette :
Le mot vedette est désormais « éthique » mais sa portée est érodée:
- Il tend à se particulariser en fonction des domaines d’application : « éthique du sport »
- Devientunesimpledéontologie.Comitéd’éthiquedel’Ecolevétérinairede Lyon ou du groupe Veolia
XXe s. temps des valeurs et des éthiques
Gilles Lipovetsky. Le Crépuscule du devoir. L’éthique indolore des nouveaux temps démocratiques, Paris, Gallimard, 1992 defend l’éthique malgré cette érosion :
- Certes, la fragmentation de l’éthique lui fait perdre de son aura par rapport à la morale mais
- La prééminence des éthiques appliquées sur l’éthique fondamentale a des côtés positifs :
- uneéthique« réaliste»estmieuxàmêmederésoudrelesproblèmesquise posent au monde.


Ethique, Morale et scandale
Certains acteurs de la vie artistique et culturelle se définissent par rapport à ces absolus
- L’intellectuel engagé est obligé par l’éthique de sa position à s’opposer aux idéologies dominantes;
- L’artiste assume la transgression de la morale « bourgeoise » Le scandale alors prend un sens ontologique. 

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