mardi 10 mars 2009

L3 « Culture populaire, culture de masse et mass medias ».

Notes du cours n°
La « neo television » 1980-2006


1° L’expérience italienne
Le mot prend son origine dans un article de Umberto Eco. Le fondement de la neo télévision est la transformation de la télévision italienne. En 1980-1985 prolifèrent en Italie de petits émetteurs, dans le vide juridique. Ils sont rachetés par Médiaset (S. Berlusconi). Finivest, la holding, possède 3 réseaux de tv, une société de vente et achat de droits AV, une société de distribution de films et un circuit de 30 salles.
L’augmentation du volume de la publicité TV va de pair avec la Mise en place du système des royalties : les entreprises versent à la chaîne une partie des bénéfices liés à promotion du produit.
On observe une rupture de style. L’ancienne tv se caractérisait par trois fonctions : « distraire, informer, éduquer » et séparait bien le moment de l’information, de la distraction, de l’apprentissage.
Une télévision de flux
La Neo tv :est une tv de flux. Son symbole, ce sont les « émissions valises » qui associent variété, jeux, et information médico-scientifique …Le changement a aussi une dimension technique. La télécommande permet le zapping. La baisse des prix des récepteurs permet une écoute plus individuelle (plusieurs récepteurs par foyers).La pratique quotidienne est vécue non plus comme une « fête » ( « on allume la tv ») mais comme une pratique quotidienne sans commencement ni fin. Chaque spectateur crée sa propre trajectoire individualisée au sein d’une offre éclatée. En conséquence le programmateur doit retenir le spectateur en permanence.
L’animateur comme médiateur
Une des stratégies est de construire un espace continu fictif continu entre le salon et le studio en multiplication des dispositifs réels (téléphone) ou fictifs de participation des auditeurs ainsi que les accroches verbales : « c’est grâce à vous que je suis là »; « …bienvenue chez moi, je suis heureux d’être chez vous ». Le médiateur est non plus le journaliste mais l’animateur. Ce dernier est là non parce qu’il est compétent ou célèbre mais parce qu’il est « comme vous ». Il rend crédible « la mise en scène du quotidien et de l’hospitalité ». Cette proximité symbolique a des limites. En 1992-93 éclate un débat public sur la « bonne éducation » des animateurs (registre de langage).
2° La neo télévision en France
Les chaînes
Rappel : 1ere libéralisation : TF1 : Bouygues; public familial. « Ménagère de moins de 50 ans »- Canal + : chaîne à péage; sport, cinéma, public urbain, aisé, plutôt jeune- M6 chaîne thématique musicale jeunes- 2e libéralisation : les bouquets numériques : années 1990
Un discussion s’engage sur les effets sociaux de cette fragmentation de l’audience ; on craint la fin de la fonction culturellement unificatrice de la télévision. On constate une très lente érosion des chaînes « généralistes »- 2006 TF1 30% audience seulement en moyenne. Les chaînes recherchent donc la fidélisation de publics spécifiques.
La mesure de l’audience
La télévision publique classique procédait à des enquêtes; on s’intéressait à la satisfaction du spectateur. Le télévision privée reprend les systèmes de mesure de l’audience US. TF1, au début des années 1990, mesure en direct l’audience et procède à des adaptations de détail en continu de la programmation (pour contrer le zapping). La mesure de l’audience permet de valoriser les plages de publicité : déclaration de Martin Bouygues « Je vends du temps de cerveau disponible ». Elle est un outil dans la négociation avec les producteurs d’émission, les animateurs et stars des chaînes. Elle « justifie » les déprogrammations, reconductions de contrats, adaptation des contenus aux classes d’âges recherchées, etc.dans un contexte de concurrence entre les chaînes : la mesure de l’audience est appréciée non seulement en valeur absolue mais en fonction des émissions diffusées au même moment par les autres chaînes. On calcule en part de marché. La construction du calendrier et des horaires de diffusion se fait en fonction de la concurrence
Un nouveau style.
La télévision adopte un nouveau style alors que le contexte cuturel et politique a changé en Europe. On constate l’effacement des grands rites tels que réunions religieuses, meetings politiques et la dévalorisation des intermédiaires sociaux traditionnels : église, armée, école. La télévision s’y substitue. Elle se constitue en «espace public » au sens de Habermas.
On relèvera dans les paragraphes qui suivent quelques une seulement de ses évolutions les plus significatives.
1. Du public à l’intime
l’intime s’expose dans l’espace public. Au début des années 1990 on note l’émergence des reality shows. Cela entraîne un débat sur la « télévision-miroir » . Les émissions politiques disparaissent du prime-time. S’imposent des émissions comme « Perdu de vue » « L’amour en danger » « Etat de choc » « La nuit des héros ». Leurs héros sont des anonymes pris dans la masse des spectateurs. Les émissions opèrent la mise en scène de la vie privée : amour, sexe, vie de couple, relation avec les enfants, drames humains. La participation des autres spectateurs fortement encouragée : par téléphone, minitel … ils doivent conseiller, encourager, partager leurs expériences. Les sociologues sonsidèrent que cela accompagne l’effacement des référents traditionnels de l’autorité. « Les gens font leur vie avec ce qu’ils ont à leur disposition et la télévision fait partie, en bien et en mal, de cette ressource commune»
2 L’Information : spectacle et marchandise
Les émissions dévolues à l’information se transforment dans le sens de l’information-spectacle.
Dans la télévision « classique » l’information empruntait deux formes principales. Le Journal télévisé, « grand messe » de 20h, étroitement contrôlée par le pouvoir (Peyrefitte). Des magazines. « Cinq colonnes à la Une » 1956-68 est réalisé par P. Dumayet, P. Desgraupes mais surtout Pierre Lazareff. Ancien de France Soir il illustre un modèle du journalisme des années 1930, inspiré du modèle américain. Le journaliste se voit comme chargé d’une sorte de mission d’information sacrée liée au fonctionnement même de la démocratie. Cinq Colonne à la Une insiste toujours sur le fait que les journalistes sont allés sur le terrain chercher les images et la « vérité » des faits, qui est détenue par les protagonistes. Le magazine est contrôlé par le pouvoir politique mais il réussit à donner quelques images fortes de la guerre d’Algérie.
Les années 1980 voient l’économie de l’information télévision changer profondément. En premier lieu les conditions techniques changent. La transmission des images par satellite est possible et la production et le traitement de l’image coûtent beaucoup moins cher. Ceci entraîne une certaine banalisation de l’image en même temps qu’une internationalisation de sa circulation. Les JT sont illustrés d’images du monde plus nombreuses mais souvent moins ancrées dans des contextes précis. Les « nouvelles » images du JT sortent de banques d’images, se déplacent d’une émission à l’autre, symbolisent la famine, la guerre l’accident …s’inscrivent dans un vaste flot d’images. Ces On observe une marchandisation de l’image d’information. Un débat à l’Unesco dans les années 1980 montre que les images du sud sont produites et vendues au nord
La couverture de la guerre du golfe 1991 illustre les rapports de pouvoir qui régissent l’alimentation des télévisions en images d’actualité. L’armée américaine donne le monopole de la couverture du conflit à la chaîne d’info américaine CNN. Cette dernière commercialise les minutes d’images avec ou sans commentaire pour le reste des tv du monde. Il n’y a pas d’accès au front pour les autres ni de possibilité de transmission. La réponse française est la mise en pool, pour les chaînes françaises, d’un satellite de télécom français détourné de sa fonction habituelle.
Les images de guerre sont toujours manipulées dans la cadre de la propagande (1865,1914, …) : limitation d’accès, sujets omis, images recadrées, légendes incomplètes …La Guerre du Golfe n’échappe pas à la règle. En 1991les Américains veulent donner une image hautement technologique de la guerre (on parlera plus tard de « frappes chirurgicales »). On ne voit pas de morts ou de blessés américains à l’image
Le primat de la communication s’impose. On commence à organiser la guerre en fonction des images qu’elle peut produire. Ex : le débarquement des forces américaines en Somalie en 1994 est organisé de façon à être transmis en prime time aux USA. Cela avait déjà été le cas pour les opérations limitées de Grenade 1983 et Panama 1989. La Télévision s’impose comme média hégémonique; ce dont elle ne parle pas n’a pas d’existence aux yeux de l’opinion
3. Primat de l’émotion
L’émotion s’impose dans le récit télévisé. Les ONG qui deviennent des acteurs majeurs dans les conflits s’en servent pour imposer leur vision qui se substitue à l’analyse « politique ».Bernard Kouchner devient célèbre débarquant en débarquant dans un pays africain … un sac de riz sur l’épaule. Cette recherche peut déraper vers la fabrication d’image : si l’on recadre le cliché célèbre d’une vieille femme africaine décharnée gravissant une colline à genoux on constate qu’elle est entourée d’une douzaine de photographes. Ces dérives nourrissent une critique de l’économie de l’image télévisée: la télévision serait propre seulement à la propagation de l’émotion et non à l’analyse
Depuis les années 1950 on associe la télévision au « Village global » de Mc Luhan. Dans la réalité cet aspect demeure longtemps limité pour des raisons techniques, (1962 Pleumeur Bodou) et politiques (URSS, Chine). Les moments classiques de l’émotion partagée tels que les premier pas sur la Lune, l’assassinat de Kennedy ou l’ouverture des JO sont en réalité rares limités dans le temps.
Ce qui se passe avec la Monarchie anglaise illustre l’évolution qui intervient en ce domaine au ours des années 1980. Le fonctionnement symbolique de la monarchie opérait sur l’alliance de la mise à distance et de l’ostentation du pouvoir allant de pair avec une répression de l’intime. Diana Spencer inverse le procédé en se faisant « princesse des cœurs » grâce à une savante stratégie d’image. Il faut à cet égard comparer le mariage en 1953 d’Elisabeth, premier évènement retransmis en Eurovision, le mariage Diana, le « soap opera de sa vie conjugale et son enterrement Diana. La télévision ici ne reflète plus le politique elle fait le politique
4. Fiction-Réalité
Dans les années 2000 la généralisation d’un type nouveau d’émissions dites de téléréalité relance le débat sur la frontière entre fiction et réalité, ainsi que les critiques portant sur la fonction de socialisation de la télévision.
Loft Story
Cela commence avec l’émission LOFT STORY, diffusée en 2001 et 2002 sur M6. L’émission prend son origine dans Big Brother produit par Endemol (Hollande) pour la petite chaîne Veronica. Onze garçons et filles cohabitent dans un appartement appelé « Loft ». Chaque semaine il y a élimination de deux des lofteurs grâce à leur vote et celui des téléspectateurs. C’est un jeu puisque le couple restant à la fin se partage un bien immobilier. La chaîne diffuse un résumé quotidien des aventures du loft ainsi qu’une émission hebdomadaire de début de soirée.Le présentateur,alors peu connu, est Benjamin Castaldi. Un suivi est possible 24 H/24 sur Internet
Le casting est soigné ( voir Dictionnaire … p. 314). Les aventures nautiques de Loana et Edouar suscitent une polémique dans la presse et une envolée de l’audience. Le CSA s’en mêle. Les joueurs désignent ceux qu’ils veulent voir rester et non partir. On crée la « salle CSA » hors du regard des caméras. Loana la go go dancer un peu pathétique gagne. Il y aura des suites sur M6 : un second Loft puis les Colocataires (2004) qui sont un échec; essai d’un nouveaux concept pour Pop Star (2001-2003), puis Opération séduction (2002-4), Le Bachelor (2003). TF1 (2003) essaie Nice People qui est un échec.
Le Loft illustre une esthétique du banal qui triomphe dans de nombreux domaines à la télévision. Il montre la vie ordinaire de personnages « ordinaires ».L’émission consacre aussi le goût de la « neo télévision » pour l’exhibition de l’intime. Il souligne le pouvoir au spectateur, en position de voyeur et investi d’un pouvoir de vie et de mort sur les « personnages » à travers son vote. Il donne la lieu à la première polémique sur la scénarisation de la réalité
Star Academy 2001
Patrick le Lay qualifie "Le Loft" de télé-poubelle et commande à …Endemol la "Star Ac" sur le modèle de m’américaine "Fame". L’émission est construite sur des principes voisins : l’enfermement, le « nomination » le vote des spectateurs, le choix de personnalités fortes, la quotidienne et le prime time
La nouvelle Star
La Nouvelle Star apporte un élément nouveau : l’aspect école de musique et la promesse de transformer le gagnant en star.La critique se déplace vers la critique de l’économie de la musique populaire et la fabrication des stars par les industries de la musique
Autres émissions
Endemol produit toute une gamme d’émissions qui circulent avec des adaptations dans un marché mondial, opérant une unification culturelle par des voies inattendue. Le débat fiction/réalité prend des formes renouvelées qui portent sur le fonctionnement du jeu et la sincérité de l’image : ex. Pekin Express
5. Les séries américaines
La privatisation des télévisions européennes entraîne par ailleurs un afflux spectaculaire de séries américaines. En France le choc vient de Dallas.
Dallas
La série a été créée en 1978. l’histoire met en scène une famille (complexe) de producteurs pétroliers dotée d’un paterfamilias « méchant » J.R. Ewing. Son ambition : ruiner la famille ennemi des Barnes . Dallas …passe sur TF1 en 1981 puis sur la Cinq puis sur Canal Jimmy,et en janvier 2005 sur France 3. Son succès est lié à un sujet classique et intemporel ( l’affrontement entre deux familles, entre deux frères …) et à l’application systématique du « cliffhanger » : un rebondissement arrive à la fin de chaque épisode. Elle allie classicisme du fond et de la forme, et obéit aux canons de la littérature populaire. La série est exportée dans 60 pays, avec des adaptations, coupures, modifications. Débat sur « l’américanisation » de la culture
Problèmes américains problèmes universels ?
Un nombre important de séries américaines écrites à l’origine pour les chaînes généralistes américaines connaît de grands succès d’audience. Fédérant les auditeurs d’une génération, elles « font évènement ». "Friends", (NBC) diffusé en France de 1996 à 2006possède une structure complexe avec arc narratif tendu sur la saison. Lost (écrit pour ABC), arrive en 2005 en France et est diffusée dans 180 pays. En France la 1ere saison sur TF1 attire 6 millions de téléspectateurs ou plus par épisode mais ABC veut y mettre fin des 2006. Sex and the City , s’adresse aux « jeunes urbains ». La série traite de questions de société et du statut des femmes sous une forme légèrement parodique. "Desesperate Housewives" est une parodie de soap…et donc, par ricochet, une réflexion critique sur la vie sociale des classes moyennes blanche aux Etats-Unis. 24 H chrono assied son prestige sur ses innovations narratives.Il sera commenté par Les cahiers du cinéma. Prison Break explore les limites de la représentation d e la violence sur les chaînes. Dans l’ensemble les fictions peuvent être analysées sous deux angles :
- celui du contenu et de son rapport à la société et au contexte historique de sa production ;
- celui de la forme et de la plus ou moins grande capacité d’innovation par rapport aux codes de la fiction.
Globalement, ces séries créent dans le monde occidental un espace-temps unifié autour des fictions américaines. On observe la circulation des saisons dans le monde, la starisation des interprètes selon le modèle du cinéma hollywoodien (presse à potins et scandales, la prolongation de leur succès en DVD. On notera que la France y est particulièrement perméable ( pas d’équivalent aux télénovelas par exemple)
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