mardi 17 février 2009

L3 "Culture populaire, culture de masse et mass medias"




Scène du film des frères Coen Barton Fink, qui raconte - à sa façon - le fonctionnement de Hollywood dans les années 1930.
Lien vers une scène du film Barton Fink
Cours n° 2 "Hollywood et le système des studios"
Les films produits à Hollywood entre 1920 et 1960 illustrent le phénomène d’industrialisation de la culture. Ils sont produits par au sein du « système des studios » (Janet Staiger) selon un processus qui les apparente à des produits industriels. Mais leur contenu symbolique et l’émergence du cinéma comme «7e art » les inscrivent ne même temps au cœur de la culture du XXe siècle

Bibliographie

Frédéric Barbier et Catherine Bertho Lavenir, Histoire des médias, de Diderot à Internet, A Colin, 2003, chap sur le cinéma.

Jean-Loup Bourget, Hollywood, La norme et la marge, Nathan-cinéma, chap. 3-5

Jean Tulard, Guide des films, et Dictionnaire du cinéma- Acteurs-Producteurs-Scénaristes-Techniciens, coll Bouquins, nombreuses rééditions. (utile pour identifier les films et les individus).


Films•MGM : Bathing Beauty, 1944 (ballets aquatiques)•Paramount : Gone with the Wind, (« Feature »)•Columbia, M. Deeds Goes to Town, 1936 (comédie sociale)•Warner, The Public Ennemy, 1931 (film de genre-gangster)•RKO, Farewell my Lovely, 1944 (gangster)•UA, Stagecoach, 1939 (western)


I. Le « système des studios »


Avant 1912 l’essentiel des films distribués aux Etats-Unis est d’origine européenne : Gaumont, Pathé, films italiens. Aux E-U, Edison, industriel et inventeur, tente de verrouiller le secteur par le biais des brevets sur le matériel. Il met en place le « Trust ».

Les distributeurs. Le secteur est réorganisé à l’initiative de distributeurs qui créent les studios de façon à alimenter leur réseau de salles. Ils s’installent à Hollywood loin des avocats d’Edison et dans une région où l’on peut tourner à la lumière naturelle à des coûts acceptables.

Typologie des studios. Les 5 grands studios («majors ») sont MGM, Paramount, Warner, Fox, RKO. Ils contrôlent en 1935 88% du CA total du cinéma américain. Universal, Columbia, United Artists sont plus petits. Tous ensemble en 1935, contrôlent 95 % de la distribution. Chaque studio possède son histoire et son style mais tous ont des structures économiques analogues.


a) MGM - La MGM ( Métro-Goldwyn Mayer) naît à la fin des année 1920 de la fusion de 3 compagnies. Son patron est Louis B. Mayer ( jusqu’en 1950).C’est un gestionnaire plus qu’un créateur, un conservateur qui refuse les engagements idéologiques. Malgré la devise du studio « l’art pour l’art », dans ce studio le producteur passe avant le réalisateur. La MGM emploie les réalisateurs les plus prestigieux des années 1920 : Von Stroheim, Mervyn LeRoy, King Vidor, Cukor. Le studio les met au service des stars telles que Clarence Brown, Greta Garbo, Victor Fleming ou Clark Gable. Parmi les stars de la MGM (Garbo, Joan Crawford), Jean Harlow est la figure la plus «populaire» (la moins sophistiquée). Les hommes (Clark Gable, James Stewart) sont des emblèmes de l’Amérique virile, sportive, entreprenante, pleine d’humour et de bon sens. Les films sont réalisés avec un professionnalisme élevé : les costumes, le son, la photographie sont extrêmement soignés.


b) Warner bros. Le style du studio des frères Warner est plus inventif, moins riche, plus engagé. Les propriétaires sont les 4 puis 3 frères Warner. Jack L. Warner dirige personnellement le studio à Hollywood. Il est assisté de Daryl Zanuck comme directeur de production de 1931 à 1933 puis de Hal B. Wallis (1933-46). La Warner considère le cinéma un peu comme on considère alors la presse. Le studio favorise les sujets engagés; divers procédés (montage haché, ellipse, musiques) accélèrent le tempo des films. La Warner produit des films qui racontent une histoire. Elle produit les premiers films sur des sujets sociaux. Certains titres sonnent comme une manchette de presse. Ex : I am a Fugitive from a Chain Gang adapté du roman de R. Burn ou Heroes for sale de Wellman (1933), sur la répression sanglante d’une manifestation syndicale par la police de Chicago- A la Warner les stars sont au service de l’histoire : Erroll Flynn La charge de la brigade légère, 1936- James Cagney, Edward G Robinson jouent les gansters. Bette Davis Vivian Leigh sont des figures de femmes énergiques. Réalisateurs : Michaël Curtiz : Aventure, espionnage (Casablanca, 1942). 80 films en 25 ans ; Raoul Walsh. Le studio a la réputation d’exploiter les acteurs.


c) Paramount. Le studio est longtemps présidé par Zukor qui intitule son autobiographie The public is never wrong (il meurt en 1976 plus que centenaire). Le « director » a beaucoup de prestige. A la Paramount ils sont : considérés comme des auteurs. le studio emploie Cecil B. De Mille, Lubitsch, Sternberg. Ils réalisent des films historiques et des comédies sophistiquées. les stars sontMarlène Dietrich, Emil Jannings, Claudette Colbert, Maurice Chevalier; elles sont souvent « importées » d’Europe.


d) La Fox. la Fox cultive la tradition du documentaire et accorde de l'importance au scénario -Les raisins de la colèree)


e) La RKO (Radio Keith Orpheum)- Partenaire de RCA (brevet son)- Style: productions haut de gamme - Décors les plus beau de Hollywood (art déco) cf Top Hat - Orson Welles réalise Citizen Kane et La splendeur des Amberson


- Les « petites » majors – UniversalColumbia (Capra : veine populiste - « screwball comedies ») - United Artists (Créé par C. Chaplin, D. Fairbank, M ary Pickford, D W Griffith- Films de prestige : Les Hauts de Hurlevent (D.O. Selznick).


II. Organisation


Monopole vertical : intégration de la production, de la distribution, et de l'exploitation au sein d'un même studio. la rupture avec ce systeme 'ninterviendra que dans les années 1950 lors du divorce entre distribution et exploitation (Paramount Agreement)


Concentration capitalistique : après la crise de 1929 rachat par des capitaux de la côte est. Fox / RCA ; Warner/banque Morgan ; RKO /Rockefeller.


Le film un produit industriel ? Comme dans une industrie on observe

- la rationalisation de la production

- la division du travail et la spécialisation

- Les studios sont des espaces spécialisés où travaillent tous les corps de métiers

- Dans ce systeme au moment de commencer un film le réalisateur de série prend son scénario dans un casier : budget, temps, acteurs, chevaux tout est précisé.

Le texte - l'histoire - est considéré comme une matière première :

- le studio procède à l'achat des textes et à l'optimisation de leur rendement. (Nouvelles dans le Reader Digest ; pièces à succès de Broadway. En 1925 la Fox dépense 150000$ à Broadway (réaction)

- L'histoire est retravaillée par des spécialistes : script editor, dialoguistes …La MGM salarie de 60 écrivains- scénaristes- Ils travaillent sous une même direction- À un moment on compte dans leurs rangs W. Faulkner, F. Scott Fitzgerald, Joseph Mankiewicz … Le séjour de Faulkner à Hollywood inspire aux frères Cohen le film Barton Fink.

- Le studio dispose d'une «Gamme de produits »:

- Chez Universal en 1927-28 le schéma de productionest le suivant pour l'année : 11 films de prestige (5 tirés de romans célèbres, 2 de pièces à succès)•33 films « ordinaires » (fictions type Reader Digest)•22 films populaires ( surtout westerns issus de la Western Novel)

Les histoires sont calibrées : les « previews » permettent de les retravailler pour les adapter aux goûts du public. Le "happy ending" est imposé.

Des rRéunions permettent d'arbitrer entre les contraintes financières , les désirs supposés du public et les choix des scénaristes et du réalisateur.

Commercialisation. Le Star system participe de la publicité-

Distribution : « Le Block-selling permet d'imposer des films par ensembles (A et B par exemple) aux distributeurs et minismise le risque financier pour le studio.


Résultat: domination mondiale, assise sur une consommation domestique considérable qui permet d'amortir les produits : 25 00 salles aux E U- 4500 en France-

Ecrasement de la production étrangère : en 1926 on importe 444 films américains /an en France. La production en France passe de 150 grands films en 1921 à 52 en 1929.

La censure joue comme assurance contre le risque commercial. En 1915 le cinéma devient un genre familial- 1907 à Chicago une ordonnance de police inaugure la censure locale.- Hollywood lutte contre les scandales notamment celui qui atteint la vedette du comique Patty Arbuckle ( mort d'une starlette lors d'une soirée). Le divorce de Mary Douglas pour épouser Douglas Fairbank nuit aussi à l'image du cinéma - Entre 1927 et 1930 Hollywood adopte le Code Hays qui lui permet de pratiquer l'autocensure.


III. Le film, une oeuvre ?

La notion de genres permet de produire l'équivalent d'un produit standardisé et de l'inscrire dans l'équivalent d'un « gamme » comme en développe au même moment l'industrie de l'automobile. Le public sait à quoi s’attendre.

Mais le film est aussi une oeuvre.

Les réalisateurs voient leur créativité encadrée dans la mesure où ils doivent maîtriser des codes spécifiques à chaque genre mais aussi soutenue puisqu'ils peuvent - et doivent- , renouveler ou transgresser les règles du genre. Les genres privilégiés à Hollywood sont la comédie burlesque, le western, le film d'aventure, le mélodrame, le film noir, la comédie musicale …•

Prenons l'exemple du Western. Comme genre il est issu du roman (western novel) et de la gestuelle des spectacles de Buffalo Bill. Il s'appuie sur le récit fondateur de la légitimité de la conquête de l’Ouest mais épouse les transformations de la société américaine. Par exemple si Tom Mix, héros de nombreux westerns des années 1930, illustre la persistance d'une figure masculine protectrice et morale, issue de la société victorienne, l'évolution du western va faire apparaître la figure d'Indiens victimes innocentes, de femmes indépendantes, d'anti-héros...

Conclusion : l’industrialisation d’un produit culturel est compatible avec la fonction de production d’un discours symbolique. Le cinéma propose des récits et des images qui ont une fonction dans la société américaine.

Néanmoins la particularité de cette " industrie de la culture" entraîne une réflexion critique de la part d'intellectuels d'horizons différents.

(à suivre)

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