dimanche 30 novembre 2008

RENCONTRES AVEC LES PROFESSIONNELS RAPPEL !

Toujours salle 129 à Censier

Mardi 2 décembre -19 H
Nicole RICHY,

chargée de l'international et du mécénat

au Musée des Arts Décoratifs. Paris
(anciennement au Musée d'Orsay)

jeudi 27 novembre 2008

Rencontres avec le Professionnels Nouvelle date

Le 20 janvier nous rencontrons
Louise Delestre
promotion 2007-8
Chargée d'études et réalisation culturelle au Centre Pompidou

mercredi 26 novembre 2008

Un colloque le 5 décembre

UNIVERSITÉ PARIS 3 SORBONNE NOUVELLE
CIM (Communication, Information, Médias) EA –1484
ACTUALITÉ INTERNATIONALE ET PRODUCTION DES MÉDIAS
APPROCHES DES CHERCHEURS ET DES PROFESSIONNELS
INTERNATIONAL NEWS AND THE MEDIA
JOURNALISTS AND ACADEMICS, CONTRASTING OR COMPLEMENTARY VISIONS ?

Langues de travail français et anglais / Working languages english et french
Vendredi 5 décembre 2008 / 5 December 2008
Maison de la Recherche, 4 rue des Irlandais, 75005 Paris – Metro/RER : Luxembourg
Quels schémas d’analyse de l'agenda de l'information éclairent le regard des chercheurs, des
analystes et des producteurs de récits qui traitent de l’actualité internationale et des archives des
Agences Internationales d’information telles que l’Agence France Presse et Thomson-Reuters?
How do news professionals and media academics study issues of common concern relating to the
international news flow and their - at times differing, at times similar - perspectives on the
operations, the output and the archives of international news organisations such as Agence France
Presse, Thomson-Reuters, and international news organisations that give high priority to
international news?
Matinée du 5 décembre
9h Inauguration par Pierre Civil, Vice-Président du Conseil Scientifique
9h10-9h30 Michael Palmer, Professeur/Professor, Université Paris 3
« Une brève présentation des archives de l’Agence France Presse (à Paris) et de Thomson-Reuters ( à Londres) »
« Introduction : on the nature and the history of the Agence France Presse (in Paris) and Thomson-Reuters (in London) news archives »
9h-30-10h Dr Simon J. Potter, Maître de Conférences/Lecturer, Department of History, National University of Ireland
« La circulation de l’information et les médias audiovisuels transnationaux : l’information internationale, le « service Impérial » de la BBC et la presse dans l’Australie des années 1930 »
« Transnational Broadcasting and the Flow of News: International News, the BBC Empire Service and the
Press in the 1930s Australia»
10h-10h30 John Entwistle, archiviste/archivist, Thomson-Reuters
« Comment l’historien des agences d’information de l’ère de l’Internet fera-t-il ? Où trouvera-t-il ses archives ? »
« The issues that will face the historian of news agencies in the Internet era : where are the archives ? »
Discussion _ Pause
11h-11h30 Terhi Rantanen, Professeur/Professor, Department of Media and Communications, London School of Economics and Political Science
« Aux origines du discours sur la libre circulation de l’information »
« The origins of the rhetoric of the free flow of news »
11h30-12h Jocelyne Arquembourg, Maître de Conférences /Lecturer, Institut Français de Presse, Université Paris 2
« Interrogations autour du fonds Agence France Presse concernant l’histoire de la photographie »
« The Agence France Presse collection of news photos : perspectives for the historian and the semiologist »
Discussion
12h15-13h Table ronde en présence de Jean Lacouture (sous réserve) et Jean-Luc Barré, animée par Michael Palmer, Professeur/Professor, Université Paris 3 ; Jean-François Tétu, Professeur/Professor Émérite, Université Lyon 2 et Emilie Roche, Maître de Conférences /Lecturer, Université Paris 3.
Après-midi du 5 décembre
14h30-15h
David Sharp, journaliste anglophone, service de la Documentation Générale de l'AFP/English language
journalist, Documentation service, Agence France Presse
« Documentation et archivage à l'Agence France-Presse : logique de flux, logique de stockage »
« Text Documentation and Archives at Agence France-Presse: News Flow Versus News Stockage »
15h-15h30
Éléonore Bakhtadzé, journaliste, service de la Documentation photo de l’Agence France Presse/Journalist,
Documentation service, Agence France Presse
« Représentation des Algériens à travers le corpus de la guerre d’Algérie dans les archives photographiques de l’Agence France Presse : décryptage d’une photographie « Les trois jeunes guérilleros »
« Algerian war : the doubts of the documentalist-historian concerning the identity of a possibly controversial
Agence France Presse news photo : « the three guerilleros »
Discussion -Pause
16h-16h30 Catherine Bertho-Lavenir, Professeur/Professor, Université Paris 3
« Revendications et commentaires : « les actes terroristes » commis en Iran, à travers les archives texte de l’AFP, 1984-1990 »
« Claims and comment : « terrorist acts » perpetrated in Iran as depicted in AFP news agency texts, 1984-
1990 »
16h30-17h Marie-Danièle Demelas, Professeur/Professor, Université Paris 3
« Dossiers photographiques de l’Agence France Presse : des Andes troublées »
« Agence France Presse news photos in the Andes : a troubled context »
Discussion
18h Cocktail à la Maison de la Recherche

Ce colloque portera sur la couverture médiatique de certaines thématiques marquantes, à « l’international »,
de la seconde moitié du XXè siècle. À partir des archives texte et photo de l’Agence France Presse,
principale agence française à rayonnement mondial (1944->), les circonstances de la production, du
traitement et de la diffusion de la "copie journalistique", ainsi que des évaluations portant sur son impact,
seront appréhendés. Le traitement médiatique d'événements internationaux qui ont marqué la seconde
moitié du XXè siècle sera évoqué à partir des fonds d’archives d’agences d’information.
Les intervenants de ce colloque, à la fois chercheurs et journalistes professionnels, revisiteront les parcours
professionnels et la production des correspondants et envoyés spéciaux. « Des grands témoins » seront
invités à revenir sur les différents contextes de production de leurs récits et sur leur réflexion en tant
qu’historiens de l’immédiat. Certains des intervenants s’interrogeront sur les formes, les formats et les
pratiques qui marquent la circulation internationale de l’information ; l’archiviste de l’agence Thomson-
Reuters se demandera comment, à l’avenir, l’historien pourra restituer la « conversation électronique de
l’actualité » de l’ère numérique ?
This colloquium will examine media coverage of major international events of the second half of the
twentieth century, as seen from the archives of leading international news agencies. The text and news –
photo archives of the Agence France Presse agency, which since 1944 is France’s leading international
news organisation, are the major source under examination. A comparative perspective will be provided by historians who have explored the Thomson-Reuters news agency archives.
Media academics and professional journalists exploring news agency archives and the memoirs of leading
agency journalists of the past sixty years focus on different perspectives of the value of the history of leading
international news organisations headquartered in Paris and London.
Sites Internet en lien avec le colloque :
http://www.cim-chrime-archivesafp-paris3.fr
http://cim.zeblog.com/
CONTACTS :
michael.palmer@univ-paris3.fr
emilie.roche@univ-paris3.fr
Pour se rendre au colloque : Maison de la Recherche, 4 rue des Irlandais, 75005 Paris
Plan d’accès :

lundi 24 novembre 2008

Intervention au séminaire d'Eric Maigret


Lundi 24 novembre. 17 H 30-19H 30 "La Fiction comme trace : schéma d'analyse historique d'une série télévisée". Voir documents précédemment postés sur ce blog
Schéma d’analyse d’un document audio visuel (fiction)
"L'eau qui dort ": L'enquête se déroule à Paris. Une femme a disparu d'une clinique psychiatrique. Un corps est retrouvé dans la Seine aux environs de Montereau. Les suspects appartiennent à la bourgeoisie cossue. Un médecin psychiatre proprietaire de la clinique. Son frère ... INA 1963
Introduction - Problématique.

Cerner un problème relativement vaste ( ex. l’identité masculine- les transformations sociales dans la France des années 1960 ...)
Décliner des questions plus précises. Ex : la figure du héros masculin dans les fictions télévisées françaises des années 1960.
Constituer un corpus : trois, dix ou vingt épisodes de séries. Par exemple les Cinq dernières minutes et des Commissaire Maigret. Justifier la composition du corpus et ses limites.
Visionner l'oeuvre ; attention à l’édition. Quelle source : collection INA, séries retrospectives ?.

Lire des ouvrages de référence.
- sur la question générale ( l’identité masculine; l'histoire sociale )
- sur le média : la télévision
- sur le genre : la série, la dramatique; aller chercher des analyses des genres littéraires.
But : être capable de contextualiser correctement les éléments observés;

savpoir "emprunter" des schémas d'analyse académiques.
Ensuite ...

Procéder à l’analyse de chaque élément du corpus selon le schéma suivant :
1° Contexte général 2° Contexte particulier ( histoire du cinéma) 3° Analyse du film 4° Réception 5° Conclusion (revenir sur les questions posées dans l’élaboration de la problématique)
Contexte général
Articuler la temporalité en fonction de la question posée. Exemples :
la masculinité : XXe siècle en occident; les séries : les années ORTF.
TOUJOURS EVITER DE REMONTER AUX CALENDES GRECQUES

Contexte particulier ( interne à l’histoire de la télévision et du genre).
- la production des fictions dans les années 1960; leur rôle dans la grille des programmes;
- l’adaptation d’un texte littéraire
- le genre policier

3°. Analyse de l'oeuvre
- Enjeu en termes de forme
Par rapports aux codes du recit policier : quel sous-genre ( mystery novel ? suspense ? ): novateur, traditionnel ?
Quelle est la source principale du " plaisir du texte" ? comment le rattacher aux formes connues de reception de la littérature populaire (attention distante - A M Thiesse, parodie, ironie )
Forme télévisuelle : adresse au spectateur; insertion dans la forme du jeu.
- Enjeu en termes de contenu .

Quel récit ?
- Approche en fonction de la question posée. Ici on va par exemple privilégier les personnages masculins
- le héros ( qu’est-ce qu’un héros ?)
- les personnages secondaires
- le rapport d’autorité
- le rapport aux femmes ….
Analyse d’une séquence

Plans – Image – Dialogues – Musique
Choix de la séquence : choisir une séquence qui fait émerger des réponses aux questions posées ( relations avec les femmes, autorité, fragilité …)
La dimension esthétique a une importance ( plans, montages, musique ...)
La signification peut aussi être recherchée dans la distance aux normes.

4° Réception
- mesure directe ( enquêtes d’audience)
- mesure indirecte : l
a critique . Critique populaire, critique savante.
Attention aux concepts utilisés : "identification" des spectateurs aux héros, "modèles" de comportements, fiction comme " reflet" de la société : autant de formules à ne pas utiliser ou à utiliser seulement après les avoir discutées.
Conclusion […]... Si tout va bien on constatera que cet épisode a un sens, qui peut être analysé lorsqu'il est remis dans le contexte de sa production ; les résultats de l’analyse peuvent être introduits dans une réflexion sur la problématique générale de la représentation des masculinités citée en entrée.

mardi 11 novembre 2008

M2 Rencontres professionnelles (coordination Ph. Pialoux- C. Bertho-Lavenir)

Suite du calendrier

Toujours salle 129 à Censier

2 décembre : Nicole Richy , chargée de l'international et du mécénat au Musée des arts décoratifs. Paris (anciennement au Musée d'Orsay)

9 décembre : Jean -Pierre Reisman, Chef du service Développement et
action territoriale à la DRAC Ile de France.

16 décembre : Claudine Dussolier, écrivain, responsable de l'espace
culture multimédia en méditerranée. La friche La Belle de
mai.Marseille.

6 janvier : Rencontre avec les responsables du centre franco-
allemand de Ramallah (Territoires palestiniens) (par liaison skype
internet)

13 janvier : Jérôme Delormas, codirecteur artistique de la Nuit
Blanche Paris 2007, Directeur général de la Gaîté lyrique
numérique, centre de musiques actuelles et nouveaux médias de la ville
de Paris (ouverture en 2O1O)

MASTER2 RENCONTRES AVEC LES PROFESSIONNELS

Le mardi à 19 H 6 Salle 129 - centre Censier- 13 rue Santeuil 75 005

Quelques confirmations pour les rencontres professionnelles (coordination Ph. Pialoux- C. Bertho-Lavenir)

18 et 25 novembre : relâche !

2 décembre : Nicole Richy , chargée de l'international et du mécénat
> au Musée des arts décoratifs. Paris (anciennement au Musée d'Orsay)
9 décembre : Jean -Pierre Reisman, Chef du service Développement et
> action territoriale à la DRAC Ile de France.
16 décembre : Claudine Dussolier, écrivain, responsable de l'espace
> culture multimédia en méditerranée. La friche La Belle de
> mai.Marseille.
6 janvier : Rencontre avec les responsables du centre franco-
> allemand de Ramallah (Territoires palestiniens) (par liaison skype
> internet)
13 janvier : Jérôme Delormas, codirecteur artistique de la Nuit
> Blanche Paris 2007, Directeur général de la Gaîté lyrique
> numérique, centre de musiques actuelles et nouveaux médias de la ville
> de Paris (ouverture en 2O1O)

20 janvier Louise Delestre

Etudiante de la promotion 2007-2008

"Chargée d'Etudes et de réalisation culturelle au Centre Pompidou"

CONFERENCE UNIVERSITE LAVAL à QUEBEC

La Tour de lumière Ryoji Ikeda Photo Boris Horvath
Lundi 17 novembre 2008 Séminaire du professeur Philippe Dubé.- Notes de cours « La Nuit blanche à Paris : le patrimoine saisi par l’art contemporain ? » La Nuit blanche créée il y a six ans par le nouveau maire de Paris offre chaque automne aux habitants de Paris et de nombreuses villes dans le monde l’occasion de découvrir pendant une nuit entière des œuvres d’art contemporain présentés dans plusieurs lieux de la cité, à la fois dans des lieux publics, des lieux privés et dans les rues, squares et places. La « Nuit » assure en effet trois fonctions : donner à voir des œuvres d’art contemporain au grand public, renouveler le regard sur la ville en l’humanisant, et créer du lien social. Mais chaque édition est l’occasion pour ses responsables de procéder à un certain nombre de choix artistiques, organisationnels et politiques. Nous allons passer en revue certains choix faits à Paris et Versailles pour l’édition 2008 de la Nuit blanche Les problèmes rencontrés vont nous éclairer sur les conditions de la coexistence entre l’art contemporain et le patrimoine, en particulier le patrimoine urbain. Questions sur l’art L’analyse des différentes éditions de l’événement permet de poser plusieurs types de questions. En premier lieu des questions sur l’art. Les organisateurs doivent opérer des choix dans la façon dont ils donnent à voir l’art contemporain. Doivent-ils choisir de jeunes artistes ou des artistes confirmés ? Inviter avec des fonds limités beaucoup d’artistes ou peu ? Privilégier des œuvres ludiques, « faciles » et attirer le grand public ou défendre des œuvres difficiles au risque de connaître un certain « échec » dans les médias ? Faut-il privilégier des artistes célèbres (le prestige rejaillit sur la ville) ou les faire découvrir ? On remarquera que ce sont des questions qui se posent à d’autres responsables dans le domaine des arts plastiques. Questions sur la ville La Nuit blanche permet aussi de poser des questions… sur la ville. C’est en effet l’occasion d’exercer une action dans la ville. Laquelle ? Faut-il choisir des quartiers célèbres ou des lieux excentrés et pauvres ? Faut-il privilégier les lieux historiques du pouvoir ou des lieux ordinaires ? Et d’ailleurs qu’est-ce qu’un lieu ordinaire dans une ville contemporaine : des friches industrielles, un édifice comme la BNF (architecture savante), de l’habitat social, des espaces verts, des rues, le fleuve ? Entre ces lieux faut-il créer des cheminements ? Des pôles d’attraction ? Questions sur la société En troisième lieu la Nuit blanche est l’occasion de poser des questions sur la société. On peut en effet choisir de privilégier un mode festif … au risque de noyer l’art dans la fête ; ou alors se cantonner à un mode savant qui respecte l’art … au risque de perdre le public. On peut aussi décider de donner la priorité au être ensemble » ( gros rassemblements, « grosses jauges ») ou choisir les cheminements dans la ville qui correspondent à la pratique des groupes d’amis ou des familles. Questions d’organisation Enfin cet événement pose des questions … d’organisation. Peut-on éviter les queues ? Assurer la sécurité ? Faut-il mettre en place des moyens pour expliquer les œuvres ou les donner à voir telles quelles ? Plus généralement les autorités municipales peuvent se voir contestée sur le fait qu’elles allouent un budget énorme pour des représentations trop éphémères ? Pour satisfaire le grand public un concert est toujours le bienvenu mais est-ce encore de l’art contemporain ? Il n’est pas particulièrement facile d’apporter des réponses à toutes ces interrogations. Sept œuvres présentées à Paris permettent d’affiner la réflexion. Chaque année sont désignés, de façon nouvelle, une société chargée de l’organisation matérielle et des responsables artistiques.
Cette année deux commissaires ont été choisis avec des profils complémentaires, mais tous deux intéressés plus par l’art que par la ville. Le commissaire n° 1 (2008) est Hervé Chandès, responsable de la fondation Cartier pour l’Art contemporain. Il a assuré à ce jour de nombreuses expositions dont celles de Raymond Depardon, Takashi Murakami, William Eggleston, Marc Newson, David Lynch et Patti Smith. Le commissaire n° 2 est Ronald Chammah distributeur et restaurateur de films, spécialisé dans le cinéma italien des années 1950-60 et le cinéma indépendant américain des années 1960-70. Il est également réalisateur et producteur de films. Familier de la scène artistique contemporaine, il a conçu l’exposition " Isabelle Huppert, la femme aux portraits" présentée au PS1 MoMA de New-York et au Couvent des Cordeliers à Paris. Il est co-commissaire de l’exposition Patti Smith qui vient d’être présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain.
Ces commissaires ont décidé de faire de 2008 : une édition « ramassée ».
Le nombre de lieux a été limité. Certains sont des monuments du patrimoine (Tour Saint Jacques). D’autres sont au contraire des lieux difficiles à assumer (Tour Montparnasse). Les gares appartiennent aux deux catégories.
La Nuit blanche utilise donc le cadre ancien d’une ville historique pour présenter des performances et des œuvres d’art contemporain. On va se demander dans les pages ci-dessous ce que cela « fait » à la ville, à la société, à l’art et au patrimoine, à travers sept lieux, sept façons d’aborder la question.
1° les Batignolles : quel lien avec l’art contemporain ?

Prenons l’exemple de la « Nuit de la parole » aux Batignolles. C’est un événement associé à la Nuit blanche qui ne fait pas partie de la programmation principale. Chaque année un nombre important d’évènements de ce type existent. A l’Eglise réformée des Batignolles- a lieu « La Nuit de la Parole ». Chaque année depuis 2003, l’église réformée des Batignolles propose, en dehors du cadre du culte, une série de neuf prédications faites par des pasteurs protestants entrecoupées d’intermèdes musicaux et de pauses buffet. L’événement offre une réflexion festive sur l’analyse, le commentaire et l’exégèse d’un texte biblique. Il bénéficie du soutien de la radio Fréquence Protestante et du journal Réforme qui offrent un (modeste) relais médiatique. On peut se demander cependant quelle est alors la place de l’art contemporain dans ce genre d’événement. N’est-ce pas une proposition qui conviendrait plus à la « Nuit du patrimoine » ?

2° Les tours : instrumentaliser l’art ?

La Nuit blanche cette année posait par ailleurs une question spécifique d’urbanisme: la question des tours à Paris. Il existe un règlement interdisant des tours de grande hauteur. Architectes et amateurs d’art veulent convaincre le public de la nécessité de laisser s’exprimer la créativité des architectes dans la capitale; d’où le thème de la tour dans la ville
Les organisateurs de la Nuit blanche ont ainsi décidé d’utiliser la Tour Saint Jacques ancien point de départ du pèlerinage vers Compostelle qui vient d’être débarrassé après sept ans de restauration de ses échafaudages. Des projections vidéo de l'artiste chinois Gu Dexin ont illuminé les gargouilles et chimères des quatre faces de ce chef d'œuvre du gothique flamboyant qui culmine à 62 mètres. Toute autre est la Tour Montparnasse (ici en 2005). (Ill.La Tour de lumière due au Japonais Ryoji Ikeda Photo Boris Horvath). Les Parisiens n’aiment pas cette tour qui, par ailleurs, est pleine d’amiante et pose un problème de santé publique potentiel gravissime. On a installé à côté d’elle une œuvre complexe qui comprend des faisceaux de lumière dirigés vers le ciel disposés en damier au sol et des ondes sonores à propagation horizontale. Le déplacement des visiteurs modifiait l’ensemble et tout pouvait être vu depuis Saint-Germain des Prés. L’enjeu politique de ce travail sur les tours est explicite. On pouvait lire dans la presse « [les Parisiens] ont aussi pu réfléchir devant la tour Montparnasse (XIVe) illuminée par le Japonais Ryoji Ikeda au débat actuel sur les immeubles de grande hauteur ». L’article continuait sur une citation de Christophe Girard (adjoint au maire) : "On a mal construit dans les années 70 et au mauvais endroit. Tentons de bien construire au bon endroit pour les années à venir"»
3° Les gares : à la recherche du public populaire.
Le choix des gares illustre d’autres types d’enjeux urbains. A Paris les gares sont à la fois des monuments historiques et des centres commerciaux en devenir. Il faut aussi considérer que le désir du maire de convertir Parisiens et banlieusards aux bienfaits des transports en commun. Enfin on pense trouver dans les gares le public populaire qui manque à l’art contemporain. Ce sont des lieux " où il y a une mixité totale du public" (Hervé Chandès, directeur artistique). Le travail effectué sur la façade de l’hôtel Holiday Inn Paris Gare de l’Est, animée par Pascal Sorlin (Ill. crédit photo Basile Vaillant), semble s’inscrire dans cette perspective de démocratisation de l’art. La présentation de la gare du Nord a été réalisée avec la participation de quarante élèves du collège de la Grange aux Belles. Un film montrant les adolescents chantant et chuchotant est projeté à l’échelle monumentale de la façade principale de la Gare. Toujours en extérieur, une création sonore envahit le parvis de murmures d’enfants et autres sons issus de l’imaginaire de l’artiste. En collaboration avec Constance DeJong et Tony Conrad, Tony Oursler utilise également les canaux d’annonces de la gare pour créer un véritable « opéra industriel » avec des sifflements de trains enregistrés ou actionnés en direct. Ill. Tony Oursler, gare du Nord.
Gare de Lyon c’est le thème du métissage culturel et du respect du à toutes les cultures qui est illustré. La presse écrit : « Gare de Lyon (XIIe), sous le clocher illuminé, la foule se pressait derrière les barrières dressées sur le parvis pour essayer de voir le tournage du film chanté et dansé de l'Indien Shaad Ali, à la mode Bollywood. Les danseuses de Bombay, en costume traditionnel, avaient auparavant répété en parka la chorégraphie complexe de ces scènes, tandis que le flot habituel des voyageurs s'écoulait. Du personnel supplémentaire et volontaire la SNCF avait été mobilisé pour la circonstance. »
Revisiter les églises
Les églises du centre ville, lieux plus familiers aux touristes, mais en réalité assez abandonnés par la ville ont aussi été mobilisés : « Les Parisiens, franciliens et touristes ont aussi pu regarder, dans l'église Saint-Eustache dans le quartier des Halles (IIe), l'étrange film du Vénézuélien Javier Tellez sur des aveugles décrivant leurs sensations en caressant un éléphant. »
Pénétrer en des lieux interdits.
A la Préfecture de police jouait l’effet de dévoilement qui l’une des clefs du succès des Nuits blanches comme des Nuits du Patrimoine. Pour la première fois, en effet, la préfecture de police ouvrait ses portes au public, accueillant une oeuvre dans ses murs. On y voyait "Sentinelles de sel" de Jean-Pierre Formica
Distinction

Il faut classer la prestation de Patti Smith à Saint-Germain-des-Prés sous une autre rubrique qu’on pourrait appeler « l’effet mondain ». Artiste connue, exposant au même moment à Paris, présence du maire, de l’organisateur, lieu clos … la Nuit blanche rejoue ici ce qui se passe à l’opéra ou au théâtre lorsque la réputation de l’artiste rencontre l’excellence mondaine du public pour « faire événement ». La presse décrit ainsi l’évènement : « Autre temps fort, guitare à la main, la chanteuse rock américaine Patti Smith a vite réchauffé les spectateurs de son improvisation musicale dans l'église Saint-Germain des Prés (VIe).[…] « La file d'attente s'allongeait devant l'église pour écouter les chansons de l'artiste, poète, peintre et photographe, entourée de sa fille Jesse au piano et de son fils Jackson. Cette "rencontre du païen et du religieux", selon l'adjoint à la Culture Christophe Girard, a séduit les spectateurs, parmi lesquels le maire Bertrand Delanoë. »
Opposition signifiante et temps de la nuit
L’œuvre présentée à la Comédie française illustre une autre dimension chère aux différentes éditions des Nuits blanches : l’opposition signifiante, qui ici associe Comédie française et Kung Fu. Devant la façade de la Comédie française (Ier), une scène de théâtre en bambou accueillera une troupe d'opéra de Canton et un montage du cinéaste de Hong Kong Johnnie To sera projeté. « Johnnie To invite à plonger aux sources du cinéma d’action hongkongais, où kung-fu, sauts aériens et échanges de coups de feu se succèdent en une incroyable chorégraphie défiant les lois de la physique. Installée devant la façade de la Comédie Française la scène d’un théâtre de bambou, où évolue une troupe d’opéra de Canton (musiciens et chanteurs), rend hommage aux origines traditionnelles de ce genre ». « Des deux côtés de la scène, annonce la presse, est projeté un montage original de Johnnie To composé d’extraits de films classiques de Samouraï japonais, mis en regard avec certains westerns hollywoodiens. L’œuvre est présentée avec le soutien du Hong Kong Economic and Trade Office, de l’hôtel Mama Shelter et de la SGGL / INEO MS. Le programme illustre une autre dimension intéressante de la Nuit blanche : l’occupation du temps de la nuit, temps où ordinairement les habitants sont « absents » de la ville. 23h - La légende de la Carpe d'or- 0h - Démonstration d'arts martiaux -1h - La légende de la Carpe d'or- 2h - Démonstration d'arts martiaux- 3h - La légende de la Carpe d'or- 4h - Démonstration d'arts martiaux- 5h - Démonstration d'arts martiaux (Ill. Johny To devant la Comédie française).
VERSAILLES
saisi par Jeff Koons
Depuis sa création en 2002, "Nuit blanche" a fait des émules partout dans le monde (de Riga à Madrid, en passant par Bucarest, Toronto, Santa Monica, Chicago ou Gaza) et l'an prochain Tokyo. Cette année, Metz rejoint le club. Depuis trois ans existait à versailles une « Nuit blanche » proposant des œuvres à la fois dans la ville, le château et ses jardins. En 2008 la Nuit blanche consiste, en 2008 en l’ouverture au public, gratuitement et de nuit, de l’exposition, Jeff Koons qui présente depuis plusieurs semaines une quinzaine de ses oeuvres "pop" à l'intérieur même du château.(Ill. « Rabbitt » 1986 dans le salon de l’Abondance- « Homard 2003 » dans le salon de Mars).
Ce choix n’est pas sans inconvénients. D’une part la Nuit blanche qui animait la ville a disparu faute de moyens, le budget entier ayant été attribué à l’exposition dans le château. En revanche le soir de la Nuit blanche l’exposition Jeff Koons et le château étaient accessibles gratuitement. La foule n’était pas énorme l’information ayant été nulle.
Par ailleurs la juxtaposition des deux esthétiques peut être discutée. Je vous soumets ci-dessous le texte du critique d’art Jean Clair qui écrit :
«Jeff Koons n'est que le terme extrême d'une longue histoire de l'esthétique moderniste que j'aimerais appeler l'esthétique du décalé. Le mot «décalé» est apparu dans la langue il y a sept ou huit ans. Rien d'intéressant qui ne soit décalé […]Ça vient de loin en effet : «Beau comme la rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection. Duchamp : les moustaches mises à la Joconde. Mais Duchamp n'y voyait guère plus qu'une plaisanterie d'humoriste normand. Vinrent les surréalistes et leur sérieux de pions. Collages, mots en liberté, liaisons libres, écrits automatiques, apparentements choquants […]
Jeff Koons à Versailles, c'est Breton et Péret à qui le directeur de lieux remettrait l'ordre national du Mérite pour mise à niveau du patrimoine ancien.

« Le monde à l'envers donc. L'âne qui charge son maître de son fardeau et qui le bat, le professeur traduit en justice pour avoir giflé l'élève qui l'insultait, le bœuf découpant son boucher au couteau, les objets de Koons déclarés «baroques» appendus dans les galeries royales. Fin d'un monde. Fête des fous et des folles, comme à l'automne du Moyen Âge. »

« Tout cela, sous le vernis festif, a un petit côté, comme à peu près tout désormais en France, frivole et funèbre, dérisoire et sarcastique, mortifiant. Sous le kitsch des petits cochons roses, la morsure de la mort. Sous la praline, le poison. »
« L'objet d'art, quand il est l'objet d'une telle manipulation financière et brille d'un or plaqué dans les salons du Roi-Soleil, a plus que jamais partie liée avec les fonctions inférieures, et les valeurs symboliques qu'on leur prête. Les glaces et les portraits d'apparat de Versailles n'avaient pour fin que de célébrer le culte exclusif d'un roi. L'image de culte est faite de l'or d'une société. Mais contre son or, la société contemporaine ne peut plus rien échanger de vital et, si elle adore une image, comme les objets kitsch de Jeff Koons, c'est pour pouvoir danser devant elle. L'or de bon aloi se change alors en ce qu'on sait de malodorant. »

La Nuit blanche, un évènement anodin ? Pas du tout !

samedi 8 novembre 2008

Cours Cultures télévisuelles

A regarder : le générique de Dallas

http://fr.youtube.com/watch?v=fkg8GrF1TYE

dallas opening

vendredi 7 novembre 2008

Conférence AMINE KHALED


Séminaire de doctorat du CERLIS
lundi 10 novembre 14 H
salle 330 45 rue des Saints Pères Bâtiment Jacob
"L'histoire à l'épreuve du récit autobiographique".
A propos de Mémoires d'un Algérien, de Ahmed Taleb Ibrahimi

(Casbah Editions, Alger, mai 2008).

jeudi 6 novembre 2008

LOUISE MERZEAU Une exposition à voir


Cliquez sur le texte ci-dessus pour voir ... et comprendre

mercredi 5 novembre 2008

A l'UNIVERSITE LAVAL A QUEBEC !

Anne Marie Palardy.
Photo Archives du Québec
à Chicoutimi

Mardi 18 novembre 2008 - 12 h
Le CELAT est heureux de s'associer au LAMIC et au CRILCQ
pour la présentation de la conférence de
Catherine Bertho Lavenir
Université Paris III – Sorbonne nouvelle
Le voyage d’Anne Marie Palardy en France en 1908 : questions d’histoire culturelle des techniques

Cette conférence qui portera sur le voyage d’Anne Mary Palardy en France présentera la grille de lecture, l'analyse critique du texte et sera l'occasion d'une confrontation (amicale) avec des historiens et anthropologues québécois sur la façon d’interpréter le document.
Mardi 18 novembre 2008 à 12 h
Salle de conférences du CELAT – 5172
Pavillon Charles-De Koninck

Catherine Bertho Lavenir est archiviste, paléographe et professeur d’histoire culturelle à l’Université Paris III – Sorbonne nouvelle. Elle détient un doctorat en histoire de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Elle est l’auteur, entre autres, de La roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes (Odile Jacob, 1999) et de l’Histoire des médias de Diderot à Internet (avec Frédéric Barbier, Armand Colin, 3e éd., 2004). Elle a été la première titulaire de la Chaire d'études de la France contemporaine du CÉRIUM à l’automne 2006. Ses recherches et son enseignement portent en particulier sur les rapports entre culture et médias (radio, cinéma, télévision, sur la relation entre culture savante et culture populaire et sur les processus de création des identités culturelles.

Entrée libre
Pour toute autre information s'adresser à Gervais Carpin, poste 3588,
gervais.carpin@celat.ulaval.ca

samedi 1 novembre 2008

Cours M1/M1 " Cultures télévisuelles"


Notes du cours du 31 octobre 2008.

Séries américaines et histoire culturelle (1) : Les séries américaines à la télévision française : la coexistence pacifique 1960-1981

Depuis le début des années 1060, des fictions télévisées produites aux Etats-Unis sont proposées au grand public en Europe. On s’interroge : la fiction peut-elle constituer une menace pour l’identité culturelle des pays européens? Si oui par quels canaux et selon quels processus ? Sinon qui tient ce discours et pourquoi ? On notera que cette question a déjà été posée à propos du cinéma populaire dans les années 1920-30.

Dans le cas des séries télévisées on distinguera deux périodes, avant et après 1981. Avant 1981 la présence de fictions d’origine américaine dans la programmation des trois chaînes publiques n’est pas identifiée comme un problème important. Les choses changent en 1981 : au moment même où interviennent les premières privatisations, (TF1, la Cinq, Canal+,…). La première chaîne privatisée diffuse Dallas. Cette série controversée devient immédiatement l’emblème de la possible « américanisation » de la culture[1]. Dans les décennies qui suivent 1981, la place des séries américaines augmente nettement dans le temps de diffusion. Leur esthétique et leur contenu aussi. Cette période fera l’objet d’une seconde partie.

I. les séries américaines à la RTF et l’0RTF : de Josh Randall à Starsky et Hutch (1960-1981)

Les séries, et feuilletons d’origine française ou étrangère, diffusées à la télévision entre 1960 et 1981 doivent être réinscrite dans un contexte général d’histoire culturelle.

  1. Une certaine défiance vis-à-vis de la culture populaire

Les craintes des élites

En premier lieu il faut rappeler que la crainte des élites lettrées et politiques devant la culture populaire est aussi ancienne que la culture populaire. Par ailleurs, l’« américanisation » de la société française est un concept ambivalent. Le mot apparaît sous la plume des Goncourt sous le Second Empire (Pascal. Ory, conférence www.cerium). Après 1945, le mot désigne des changements observables en France dans la consommation, les modes de vie, les loisirs. L’ « américanisation » peut être désirée (J-J Servan Schreiber Le Défi américain), combattue (L’Humanité) ou moquée (Tati, Jour de Fête).

Par ailleurs, les formes nouvelles de la culture populaire issues de l’industrialisation (culture dite de masse à laquelle appartient la fiction télévisée) ont réactivé les craintes anciennes des lettrés. Ces craintes s’expriment au XXe siècle en termes nouveaux. (F. Barbier- C. Bertho Lavenir, Histoire des médias,……). On identifiera trois tendances principales.

L’Ecole de Francfort, d’inspiration marxiste dénonce la marchandisation comme ruse du capitalisme et vecteur de l’aliénation du monde ouvrier, devenu étranger à ses propres intérêts et absent de la lutte des classes;

Walter Benjamin, remet en cause les effets des techniques modernes qui privent l’œuvre originale de son « aura » ( L’œuvre d’art à l’ère de sa reproduction mécanisée ) ;

Les humanistes lettrés (Georges Duhamel) déplorent que le lecteur soit dépossédé de son libre arbitre et de son esprit critique. Ils critiquent la généralisation d’une position de consommation passive et le fait qu’au cinéma l’image animée « fascine » le spectateur.

La télévision est aussi mise en cause de façon spécifique dans les années 1960.L’universitaire anglais Raymond Williams, qui est l’un des fondateurs des cultural studies, critique, dans la télévision américaine, la confusion publicité/programme et la destruction du récit. En France on oppose cinéma et télévision sur le plan esthétique (Jérôme Bourdon, La télévision des années De Gaulle)..Au moment où le cinéma se renouvelle dans la Nouvelle Vague la fiction télévisée est considérée comme archaïsante dans ses choix filmiques et ses formes narratives.

Les fictions françaises à la télévision française
Cependant la télévision est aussi valorisée pour elle-même. Elle est considérée en France comme ayant une triple fonction :«informer, éduquer, distraire ». Certains souhaitent en faire un instrument d’éducation populaire. Dans ce contexte la production d’une fiction « nationale » est un enjeu.

On peut ainsi considérer que la fiction produite par l’ORTF n’est pas dépourvue d’enjeux en termes de politique et d’identité nationale. (J Bourdon « Histoire de la fiction télévisée », dans Le Temps des Médias…). C’est le cas, par exemple, des fictions historiques issues de La caméra explore le Temps. L’épisode Les Cathares, parle du régionalisme occitan. Danton et Robespierre, de la forme que doit prendre la révolution. Le téléfilm à épisodes Les Rois Maudits illustre une vision à la fois conservatrice et populaire de l’histoire. Cette série est due à Maurice Druon, ministre du général de Gaulle, membre de l’Académie française. Même Thierry la Fronde, qui raconte l’histoire d’un jeune noble attaché à protéger « ses » paysans pendant la guerre de cent ans peut être lu comme une métaphore de la résistance nationale…

D’autres feuilletons produits en France dans les années 1960-70, comme Le Temps des copains (1961-62); Janique aimée (1963); ou Les Cinq dernières minutes …renvoient aux transformations du pays. Myriam Tsikounas a étudié les feuilletons diffusés quotidiennement sur les 2 chaînes nationales hertziennes du lundi au vendredi à 19 H 40 juste avant le journal TV de 1961-1974, par épisodes de 13 mn[2]. Le temps des copains met par exemple en scène une jeune provinciale qui vient travailler à Paris malgré les mises en garde de son fiancé et de sa sœur aînée. Ces productions ont des liens évidents avec les feuilletons radio et sources littéraires qui les ont précédés. Ainsi Janique Aimée,(1963) qui raconte l’histoire sentimentale d’une petite infirmière vivant dans une ville de province peut être considérée comme la « première véritable transposition à la télévision de l’univers des romans photos, eux-mêmes descendants de l’univers des grands romans populaires du début du XIXe siècle (La porteuse de pain, Le maître de Forges)[3] ». Courageuse et gentille l’héroïne subit sans se décourager les coups du sort et accèdera au bonheur…L’une des questions qui se pose à elle est : doit-elle accepter d’épouser un soupirant, médecin, qui lui propose le mariage ? Dans les romans de la collection Harlequin publiés à la même époque, le mariage « au dessus de sa condition » de l’héroïne (une infirmière avec un médecin, une hôtesse de l’air avec un pilote…) est un motif récurrent. On peut par ailleurs rapprocher le succès de cette série de la popularité des romans médicaux intitulés Les Hommes en blanc (1961)

On remarquera que ces séries/feuilletons accompagnent « en douceur » les mutations sociales des Trente Glorieuses et l’évolution des codes moraux. Miriam Tsikounas signale par exemple les demandes émanant du courrier des téléspectateurs, qui supplient les auteurs de la série : « sauvez la fille-mère … »

B Les séries américaines à la télévision française

C’est donc dans ce cadre que s’inscrivent les séries américaines achetées et programmées par la RTF puis l’ORTF. On notera en préalable une dissymétrie fondamentale. Les USA ne diffusent sur leur sol que les séries produites sur leur sol tandis que les diffuseurs européens diffusent des produits élaborés aux USA aussi bien que des feuilletons « maison ». Les feuilletons ou séries américains sont présents dès la fin des années 1950 en Europe. En France ils permettent de pallier le manque de programmes, lié à des capacités de production insuffisante. Quelle est leur influence sur la culture française ?

Répondre à cette question demande un détour et quelques précisions en termes de méthode. En premier lieu, il est nécessaire de toujours maintenir présent à l’esprit la nécessaire différence entre l’analyse de l’œuvre et celle de la réception. L’analyse de la réception – qu’on n’abordera en tant que telle que dans le cours suivant- , ne peut être faite qu’en s’appuyant sur des méthodes explicitement dévolues à l’analyse de la réception (entretiens, analyse du courrier…). Il faut – et ce n’est pas toujours facile- éviter d’inférer de l’analyse de l’œuvre des hypothèses sur sa réception.

L’analyse de l’œuvre est plus aisée … parce que l’on dispose de l’œuvre et qu’il n’est pas nécessaire de construire un corpus intermédiaire. On veillera cependant à précise dans le cas des séries, quel est le corpus étudié. L’analyse se fera ensuite sous deux angles. On considérera dans un premier temps le genre (western, sitcom, aventure,…) puis on analysera des éléments de l’œuvre (intrigue, récit, héros, …).

Une culture anciennement « américanisée »

Une œuvre est toujours produite dans un contexte culturel précis et ce contexte peut sembler « expliquer » ou « éclairer » le contenu ou la forme de l’œuvre. On admettra par exemple que le western a quelque chose à voir avec le désir des populations blanches des USA d’affirmer la légitimité de leur emprise sur le territoire. Or le séries qui nous intéressent ici sont diffusées en Europe. Les enjeux semblent alors devoir être interprétés différemment. On remarquera cependant que tous les feuilletons et séries américains diffusés par la RTF et l’ORTF s’inscrivent dans des genres incorporés depuis déjà plusieurs décennies dans la culture populaire européenne où ils ont été importés sous forme d’ouvrage bon marché, de bandes dessinées, de films populaires, parfois des les années 1910. cela permet de les aborder de deux façons; d'une part leur inscription dans l'histoire d'un genre; le lecteur/spectateur peut apprécier la série parcequ'elle renouvelle le genre sur le plan formel. D'autre part on peut, pour chacun des genres, et à propos de chaque série, faire des observations sur la façon dont s’articulent les références proprement américaines du récit et leur insertion dans la culture française. Prenons deux exemples.

Le western

Considérons des westerns (Josh Randall), ou un mélodrame familial dans un cadre western: La petite maison dans la prairie. On sait que le genre « western » appartient à la construction de l’identité américaine. Ces récits racontent la conquête de l’espace national, réaniment l’idéologie de la frontière, affirment la légitimité de la prise de possession de l’espace par l’homme blanc ; ils examinent aussi les rôles sociaux des hommes et des femmes dans la société. Par exemple, le héros de western à l’époque de Tom Mix véhicule des valeurs dites « victoriennes » : il est protecteur vis-à-vis des personnages féminins, responsable, autonome. Ces personnages peuplent les romans destinés à la jeunesse et les bandes dessinées diffusées en Europe dans les années 1930-60. On peut considérer qu’ils contribuent à la formation des jeunes garçons qui les consomment et qu’ils ne sont pas sans influence sur la définition des rôles masculins et féminins dans la société européenne contemporaine. Les westerns diffusés à la télévision devront alors être examinés en fonction de ce contexte. On se demandera par exemple quelle figure du héros ils proposent et si cette dernière est différente de la figure du héros véhiculée antérieurement par la presse populaire, le livre ou le cinéma. La même question sera posée quant à la figure de l’Indien.

Ma sorcière bien-aimée

Les comédies familiales ou sitcom permettent de poser des questions identiques quant au rapport entre la société américaine qui voit naître ces récits filmés et la société européenne dans laquelle ils sont diffusés. Ma sorcière bien aimée illustre le décalage des références. Son thème est le suivant : dans une banlieue américaine ordinaire vit une famille de la classe moyenne « ordinaire ». Le mari travaille dans une agence de publicité; il y a deux enfants; l’épouse qui ne travaille pas et demeure « à la maison » a des pouvoirs de sorcière; mais son mari lui a interdit de s’en servir. La maîtresse de maison/sorcière a du mal à respecter cet interdit, encouragée par sa propre mère, sorcière qui n’entend pas renoncer à ses pouvoirs ; le voisinage est représenté par une voisine qui suspecte la vérité mais dont on ne croit pas les dénonciations. Malentendus amusants avec les voisins; différents avec la belle-mère se succèdent.

Ce thème peut être mis en parallèle avec le problème de la condition féminine aux Etats-Unis après la guerre. Les femmes éduquées de la classe moyenne sont renvoyées à un statut de mères de familles et exclues du marché du travail. Elles le vivent plus ou moins bien comme en témoigne la renaissance, sous une forme nouvelle, du mouvement féministe (Betty Friedman, La femme mystifiée). cette question est moins cruciale ou du moins se présente différemment dans la société française des années 1960. On remarquera cependant que le thème peut sembler un thème familier à des spectatrices françaises puisque le téléfilm américain est inspiré d’une film tournée aux USA par René Clair dans les années 1930…

  1. Genre, style, et « plaisir du texte » : les enseignements des séries policières

Un nombre important de séries américaines diffusées à la télévision française dans les années 1960-70 appartient au genre policier[4].

Ce genre appartient incontestablement à la culture populaire, et est considéré comme relevant d‘une infra-littérature dotée de peu de prestige.

Le genre remonte, en France, à la littérature d’aventure de la fin du XIXe siècle (Fantômas, Arsène Lupin, …). Il s’est diversifié au cours des années 1920 et 1930, en particulier dans les pays anglo-saxons. Agatha Christie a consacré le sous-genre « mystery novel ». Le roman noir moderne et le thriller sont nés aux Etats-Unis (Dashiell Hammet, La Moisson rouge, 1929). Georges Simenon, belge publiant en France, a mis en scène un héros policier ( le commissaire Maigret) et associé l’enquête à la description minutieuse d’un contexte social et psychologique. La guerre froide a vu naître des romans aux frontières du roman policier et du roman d’aventure. Tous ces « sous-genres » sont développés dans des collections populaires. Georges Duhamel donne un certain prestige aux titres du Fleuve noir mais, à part Le Masque, les autres collections appartiennent à la littérature dite « de gare ». Par ailleurs les publics sont assez bien spécifiés : le thriller et le roman noir ont des lecteurs plutôt masculins alors que la mystery novel a des lectrices féminines. Enfin le genre policier est devenu un genre en soi au cinéma dès les années 1930 mais, à Hollywood, il s'illustre plutôt dans des films dits de série B (Alfred Hitchcock).

Le feuilleton policier américain diffusé à la télévision française va donc s’insérer dans une culture existante. Il aura ses règles, ses références, ses « grands auteurs ».

On pourra donc « lire » une œuvre à deux niveaux . On l’analysera d’abord par rapport aux règles du genre. Une analyse formelle permettra alors de répondre aux questions suivantes : est-ce que l’œuvre respecte les règles? Est-ce qu’elle innove ? Est-elle « réussie»?

On étudiera ensuite le contenu en fonction de l’intrigue et par rapport à la représentation de la société. Quel est le décor ? Le contexte ? Qui est le héros ? La victime ? Le méchant ? Une interprétation morale est-elle possible ?

Trois séries policières : évolution d’un genre, évolution de l’Amérique

Considérés du point de vue de la forme et du contenu, les séries policières américaines diffusées par l’ORTF dans les années 1970 sont loin d’être uniformes. Mannix, a pour héros un justicier solitaire. L’Homme de fer, met en scène un personnage en fauteuil roulant qui domine de sa forte personnalité son équipe. On en retiendra trois (Columbo (1972-2003)- Kojak (1975-1980) et Starky et Hutch (1978-1984)) pour analyser

- ce qu’elles nous disent de l’évolution du genre

- ce qu’elles disent au spectateur de l’Amérique contemporaine.

Columbo est diffusé en France de 1972 à 2003 mais le premier épisode est tourné en 1968. Ses auteurs, William Links et Richard Levinson, sont les créateurs de la série Mannix. Il existe une structure commune à tous les épisodes : un crime « parfait » est commis sous les yeux du spectateur dès le début de l’intrigue. Le coupable s’est forgé un alibi en béton. Arrive un policier ( Colombo) à l’air abruti. A la fin de l’épisode il confond le coupable grâce à un ou des petits détails qui avaient échappé au contrôle de ce dernier.

Cette série est un bon exemple d’intermédialité, ce qui souligne l’insertion de l’œuvre télévisuelle dans un champ culturel plus vaste. La nouvelle originale est parue dans le Alfred Hitchcock’s Mystery Magazine. Une première adaptation télévisée a été faite en1960; une pièce de théâtre à Broadway a rencontré le succès en 1962 ; l’adaptation en téléfilm a été demandée pour NBC et Universal ; 2 téléfilms pilotes ont été tournés en 1968 et 1971. après un accueil hésitant la série a rencontré un succès d’audience. 45 épisodes sont tournés entre 1971 et1978. Ils sont diffusés en France à partir du 20 septembre 1972 sur la première chaîne, sans suivre l’ordre de tournage US. (Dictionnaire de la Télévision)

Dans les années 1980-1990 il y a sur TF1 des reprogrammations nombreuses en première partie de soirée avec de bonnes audiences (10 millions de spectateurs ou plus).

La série est caractérisée, dans sa forme, par la présence d’éléments récurrents en nombre important : dans chaque épisode Colombo fume un cigare bon marché, porte un vieil imperméable, cite sa femme qui demeure invisible. Son retour inattendu en fin d’interrogatoire signale toujours l’imminence de la découverte du coupable. On rappellera que la présence d’éléments attendus du lecteur est considérée comme l’une des sources du plaisir du lecteur dans la littérature populaire.

Le héros de la série sera toujours interprété par un seul interprète, Peter Falk. La qualité de l’interprétation est sensible et le doublage voix en France est excellent. Si l’on analyse la réception de la série en termes d’attente comblée », on notera que, dans Colombo, l’attente du spectateur n’est jamais déçue.

La durée de cette série peut être considérée comme l’indice qu’il y a quelque chose en elle qui continue à fonctionner. Une suite est réalisée à partir de 1983 sur ABC : 24 épisodes sont tournés Peter. Falk est toujours l’interprète principal. Il a pris du poids mais possède toujours une 403 …

L’une des raisons du succès de Columbo en France tient peut-être au fait qu’il s’agit de la moins américaine des séries. Columbo a origines italiennes et conduit une vieille Peugeot. Les criminels sont toujours des gens riches et arrivés qui se croient invulnérables; Columbo. a l’air prolétaire et ils le sous-estiment. La critique des rapports sociaux est cependant « rejouée » sur un mode parodique. Columbo admire (sincèrement ?) la réussite sociale et professionnelle de ses suspects. Il pose des questions sur leur métier et apprécie leurs signes extérieurs de richesse. Il y a là un mélange de fascination et d’envie vis-à-vis de l’opulence. On peut le mettre en rapport avec la fascination vis-à-vis du niveau de vie américain qui existe dans la France des années 1970.

Kojak (1975-1980) est une série créée en 1973 qui arrive en France sur Antenne 2 en 1975. Elle est alors considérée comme « moderne », en phase avec le public de la chaîne (plus jeune, plus urbain, plus diplômé que le public de la première chaîne). L’ensemble de la série renouvelle à la fois l’image du policier comme héros « sauveur » de l’ordre et l’image de la ville américaine. Le personnage principal est chauve. Il porte toujours un chapeau, des costumes de qualité, … et a à la bouche une sucette ronde pour s’empêcher de fumer. Il opère à New-York dans des quartiers dominés par les minorités ethniques (Kojak est grec), au sein d’un monde peu rutilant de petits truands, de trafiquants, d’indics . Le poste de police est médiocre, marqué par la même violence physique et psychologique que la rue. L’humour sauve le récit. La télévision française ne diffuse que 1/3 des 100 épisodes tournés; d’autres épisodes seront tournés aux Etats-Unis en 1985-86 puis en 2005.

L’image de New-York donnée dans cette série est à la fois assez en phase avec la situation réelle de la cité et plutôt sombre. On remarquera que la vision sombre de la grande ville est caractéristique des films noirs et des feuilletons radio américains des années 1930. Le glissement de la figure du policier protecteur de l’ordre vers un personnage un peu marginal, appartenant au même monde urbain que ceux qu’il pourchasse, est une donnée ancienne du roman policier que la série met ici en évidence.

Starky et Hutch, diffusé entre 1978 et 1984 en France représente une révolution dans un genre codifié. Il y a deux héros : le brun originaire des bas quartier et le blond d’origine bourgeoise, à égalité et quasi frères; la série offre une description réaliste de New-York; les seconds rôles sont très bien dessinés: le supérieur hiérarchique des héros est pour la première fois un noir; l’indic est une figure du cinéma noir des années 70, joué de façon brillante; la voiture de Starsky et Hutch, une ford Taurino rouge, illustre sans complexes la fascination des petits garçons pour les automobiles. 88 épisodes en couleur de 60 mn seront diffusés sur TF1. Le doublage ( Jacques Balutin) fait dériver la série vers la comédie et le générique chanté en France (« tube » affligeant et facile à mémoriser) assurent un accès facile au récit. La série tient 4 saisons seulement; et sera relayée par Miami Vice. Elle est à la source du sous-genre « Buddies-Cops » (Dictionnaire de la télévision)

La description de ces trois séries illustre plusieurs éléments qui entrent en jeu dans l’analyse de ces fictions télévisées. D’une part, on constate la pérennité du genre ainsi que à l’existence de renouvellements formels dont on peut penser qu’ils servent à consolider le «pacte de lecture » avec le spectateur. Ce dernier trouvera son plaisir à la fois dans le respect des règles - c’est bien une série policière – et leur transformation – ce héros, cette ville, cette forme du récit sont neufs et suscitent l'intérêt . D’autre part ces fictions populaires ne sont pas sans rapports avec des questions ou des transformations d'ordre social ou anthropologique : rapports sociaux chez Colombo, ethnicité chez Kojak, figures du héros masculin dans Starsky and Hutch). Ces rapports sont, bien entendu, non pas de l’ordre du reflet mais doivent être lus et interprétés à lire à travers le filtre transformateur des codes du récit. Cette société américaine, qui est réfractée dans la série, est par ailleurs donnée à lire à des téléspectateurs français.

« La série américaine » n’est donc pas une entité simple, le produit uniforme d’une industrie culturelle standardisée. Pourtant, les séries des années 1960-70, « importées » par les chaînes publiques; pour combler des manques dans les capacités de production (limitées) de la RTF puis de l’ORTF, sont considérées comme une sorte de sous-littérature sans importance. Elles ne suscitent pas une critique violente, pas plus violente en tout cas que la critique ordinaire de la littérature populaire. Leurs qualités narratives ou esthétiques ne sont pas non plus identifiées. La situation change en 1981 avec la programmation de Dallas.

(à suivre)





[1] Dynasty en Norvège

[2] Myriam Tsikounas « Les circulations « province-Paris » dans les feuilletons télévisés 1961-1973 » dans E Cohen, MF Levy dir, La télévision des trente glorieuses. Culture et politique, 2007, pp. 163-184- La caravane Pacouli; Noèle aux quatre vents

[3] Agnès Chauveau Dictionnaire de la télévision française

[4] Yves Reuter, Le roman policier, A. Colin, 1997-2007, 126 p.