dimanche 30 mars 2008

M1 "Méthode" Rattrapage jeudi 3 avril

A l'attention des étudiants du cours de M1 " Méthode-Histoire du cinéma"
je serai absente le jeudi 10 avril.
Nous rattraperons ce cours en ayant un
séminaire
le jeudi 3 avril de 14 H à 16 H 30 en salle 129
(grâce à l'absence de Mme Ratto qui nous permet de disposer de sa salle)
Contenu du séminaire
1° Bollywood ( suite)
2° "Les gens de lettres français et le cinéma américain 1895-1950"
Voir texte distribué

mercredi 26 mars 2008

Generique de Loft Story

http://fr.youtube.com/watch?v=hxXXC9tIMXQ&NR=1

L3 Histoire culturelle " ...mass medias" Cours n° 7

La famille Ewing dans Dallas
C. Bertho Lavenir. Cours " Culture populaire, culture de masse et mass medias" n° 7
La « neo television » 1980-2006
1° L’expérience italienne
Le mot prend son origine dans un article de Umberto Eco. Le fondement de la neo télévision est la transformation de la télévision italienne. En 1980-1985 prolifèrent en Italie de petits émetteurs, dans le vide juridique. Ils sont rachetés par Médiaset (S. Berlusconi). Fininvest, la holding, possède 3 réseaux de tv, une société de vente et achat de droits AV, une société de distribution de films et un circuit de 30 salles.
L’augmentation du volume de la publicité TV va de pair avec la mise en place d'un système original de paiement des publicités par les annonceurs : les entreprises versent à la chaîne une partie des bénéfices liés à promotion du produit.
On observe une rupture de style. L’ancienne tv se caractérisait par trois fonctions : « distraire, informer, éduquer » et séparait bien les moment s de l’information, de la distraction, de l’apprentissage. la neo télévision tend à les confondre.
Une télévision de flux
La Neo tv :est une tv de flux. Son symbole, ce sont les « émissions valises » qui associent variété, jeux, et information médico-scientifique …Ce changement a un fondement technique. La télécommande permet le zapping. La baisse des prix des récepteurs permet une écoute plus individuelle (plusieurs récepteurs par foyers). La pratique quotidienne est désormais vécue non plus comme une « fête » (« on allume la tv ») mais comme une pratique quotidienne sans commencement ni fin. Chaque spectateur crée sa propre trajectoire individualisée au sein d’une offre éclatée. En conséquence le programmateur doit retenir le spectateur en permanence.
L’animateur comme médiateur
Une des stratégies est de construire un espace continu fictif continu entre le salon du spectateur et le studio en multiplicant des dispositifs réels (téléphone) ou fictifs de participation des auditeurs ainsi que les accroches verbales : « c’est grâce à vous que je suis là »; « …bienvenue chez moi, je suis heureux d’être chez vous ». Le médiateur est non plus le journaliste mais l’animateur. Ce dernier est là non parce qu’il est compétent ou célèbre mais parce qu’il est «comme vous ». Il rend crédible « la mise en scène du quotidien et de l’hospitalité ». Cette proximité symbolique a des limites. En 1992-93 éclate en France un débat public sur la « bonne éducation » des animateurs (registre de langage).
2° La neo télévision en France
Les chaînes
Rappel : 1ere libéralisation : TF1 : Bouygues; public familial. « Ménagère de moins de 50 ans »- Canal + : chaîne à péage; sport, cinéma, public urbain, aisé, plutôt jeune- M6 chaîne thématique musicale jeunes- 2e libéralisation : les bouquets numériques : années 1990
Un discussion s’engage sur les effets sociaux de cette fragmentation de l’audience ; on craint la fin de la fonction culturellement unificatrice de la télévision. On constate une très lente érosion des chaînes « généralistes »- 2006 : TF1, 30% audience seulement en moyenne. Les chaînes recherchent donc la fidélisation de publics spécifiques.
La mesure de l’audience
La télévision publique classique procédait à des enquêtes; on s’intéressait à la satisfaction du spectateur. Le télévision privée reprend les systèmes de mesure de l’audience US. TF1, au début des années 1990, mesure en direct l’audience et procède en continu à des adaptations de détail de la programmation (pour contrer le zapping). La mesure de l’audience permet de valoriser les plages de publicité : déclaration de Martin Bouygues « Je vends du temps de cerveau disponible ». Elle est un outil dans la négociation avec les producteurs d’émission, les animateurs et les stars des chaînes. Elle « justifie » les déprogrammations, reconductions de contrats, adaptation des contenus aux classes d’âges recherchées, etc., dans un contexte de concurrence entre les chaînes : la mesure de l’audience est appréciée non seulement en valeur absolue mais en fonction des émissions diffusées au même moment par les autres chaînes. On calcule en part de marché. La construction du calendrier et des horaires de diffusion se fait en fonction de la concurrence
Un nouveau style.
La télévision adopte un nouveau style alors que le contexte cuturel et politique a changé en Europe. On constate l’effacement des grands rites tels que réunions religieuses, et meetings politiques et la dévalorisation des intermédiaires sociaux traditionnels : église, armée, école. La télévision s’y substitue en partie. Elle se constitue en «espace public » au sens de Habermas.On relèvera dans les paragraphes qui suivent quelques unes seulement de ses évolutions les plus significatives.
1. Du public à l’intime
L’intime s’expose dans l’espace public. Au début des années 1990 on note l’émergence des reality shows. Cela entraîne un débat sur la « télévision-miroir » . Les émissions politiques disparaissent du prime-time. S’imposent des émissions comme « Perdu de vue » « L’amour en danger » « Etat de choc » « La nuit des héros ». Leurs héros sont des anonymes pris dans la masse des spectateurs. Les émissions opèrent la mise en scène de la vie privée : amour, sexe, vie de couple, relation avec les enfants, drames humains. La participation des autres spectateurs est fortement encouragée : par téléphone, minitel … ils doivent conseiller, encourager, partager leurs expériences. Les sociologues sonsidèrent que cela accompagne l’effacement des référents traditionnels de l’autorité. « Les gens font leur vie avec ce qu’ils ont à leur disposition et la télévision fait partie, en bien et en mal, de cette ressource commune»
[1]
2 L’Information : spectacle et marchandise
Les émissions dévolues à l’information se transforment dans le sens de l’information-spectacle.
Dans la télévision « classique » l’information empruntait deux formes principales. Le Journal télévisé, « grand messe » de 20h, étroitement contrôlée par le pouvoir (Peyrefitte). Des magazines. « Cinq colonnes à la Une » 1956-68 est réalisé par P. Dumayet, P. Desgraupes mais surtout Pierre Lazareff. Ancien directeur de France Soir, il illustre un modèle du journalisme des années 1930-50, inspiré du modèle américain. Le journaliste se voit comme chargé d’une sorte de mission d’information sacrée liée au fonctionnement même de la démocratie. Cinq Colonne à la Une insiste toujours sur le fait que les journalistes sont allés sur le terrain chercher les images et la « vérité » des faits, qui est détenue par les protagonistes. Le magazine est contrôlé par le pouvoir politique mais il réussit à donner quelques images fortes de la guerre d’Algérie.
Les années 1980 voient l’économie de l’information télévision changer profondément. En premier lieu les conditions techniques changent. La transmission des images par satellite est possible et la production, le traitement et le stockage de l’image animée coûtent beaucoup moins cher. Ceci entraîne une certaine banalisation de l’image en même temps qu’une internationalisation de sa circulation. Les JT sont illustrés d’images du monde plus nombreuses mais souvent moins ancrées dans des contextes précis. Les « nouvelles » images du JT sortent de banques d’images, se déplacent d’une émission à l’autre, symbolisent la famine, la guerre, l’accident …s’inscrivent dans un vaste flot d’images. On observe une marchandisation de l’image d’information. Un débat à l’Unesco, dans les années 1980, montre que les images du sud sont produites et vendues au nord
La couverture de la guerre du golfe de 1991 illustre les rapports de pouvoir qui régissent l’alimentation des télévisions en images d’actualité. L’armée américaine donne le monopole de la couverture du conflit à la chaîne d’info américaine CNN. Cette dernière commercialise les minutes d’images avec ou sans commentaire pour le reste des tv du monde. Il n’y a pas d’accès au front pour les autres reporters, ni de possibilité de transmission de leurs images. La réponse française est la mise en pool, pour les chaînes françaises, d’un satellite de télécom français situé sur l'Océan Indien et détourné de sa fonction habituelle.
Les images de guerre sont toujours manipulées dans la cadre de la propagande (1865,1914, …) : limitation d’accès, sujets omis, images recadrées, légendes incomplètes sont la règle. La Guerre du Golfe n’échappe pas à la règle. En 1991, les Américains veulent donner une image hautement technologique de la guerre (on parlera plus tard de « frappes chirurgicales »). On ne voit pas de morts ou de blessés américains à l’image.
Le primat de la communication s’impose. On commence à organiser la guerre en fonction des images qu’elle peut produire. Ex : le débarquement des forces américaines en Somalie en 1994 est organisé de façon à être transmis en prime time aux USA. Cela avait déjà été le cas pour les opérations limitées de Grenade 1983 et Panama 1989. La télévision s’impose comme média hégémonique; ce dont elle ne parle pas n’a pas d’existence aux yeux de l’opinion
3. Primat de l’émotion
L’émotion s’impose dans le récit télévisé. Les ONG qui deviennent des acteurs majeurs dans les conflits s’en servent pour imposer leur vision qui se substitue à l’analyse « politique ». Bernard Kouchner devient célèbre débarquant en débarquant dans un pays africain … un sac de riz sur l’épaule. Cette recherche peut déraper vers la fabrication d’image : si l’on recadre le cliché célèbre d’une vieille femme africaine décharnée gravissant une colline à genoux on constate qu’elle est entourée d’une douzaine de photographes. Ces dérives nourrissent une critique de l’économie de l’image télévisée: la télévision serait propre seulement à la propagation de l’émotion et non à l’analyse
Depuis les années 1960 on associe la télévision au « Village global » de Mc Luhan. Dans la réalité cet aspect demeure longtemps limité pour des raisons techniques, (1962 Pleumeur Bodou) et politiques (URSS, Chine). Les moments classiques de l’émotion partagée tels que les Premier pas sur la Lune, l’assassinat de Kennedy ou l’ouverture des JO sont en réalité rares et limités dans le temps.

Diana
Ce qui se passe avec la Monarchie anglaise illustre l’évolution qui intervient en ce domaine au cours des années 1980. Le fonctionnement symbolique de la monarchie opérait sur l’alliance de la mise à distance et de l’ostentation du pouvoir allant de pair avec une répression de l’intime. Diana Spencer inverse le procédé en se faisant « princesse des cœurs » grâce à une savante stratégie d’image. Il faut à cet égard comparer le mariage en 1953 d’Elisabeth, premier évènement retransmis en Eurovision, le mariage de Diana, le « soap opera de sa vie conjugale et la retransmission mondiale de ses funérailles. La télévision ici ne reflète plus le politique elle fait le politique
4. Fiction-Réalité
Dans les années 2000 la généralisation d’un type nouveau d’émissions dites de téléréalité relance le débat sur la frontière entre fiction et réalité, ainsi que les critiques portant sur la fonction de socialisation de la télévision.
Loft Story
Cela commence avec l’émission Loft Story, diffusée en 2001 et 2002 sur M6. L’émission prend son origine dans Big Brother produit par Endemol (Hollande) pour la petite chaîne Veronica. Onze garçons et filles cohabitent dans un appartement appelé « Loft ». Chaque semaine il y a élimination de deux des lofteurs grâce à leur vote et celui des téléspectateurs. C’est un jeu puisque le couple restant à la fin se partage un bien immobilier. La chaîne diffuse un résumé quotidien des aventures du loft ainsi qu’une émission hebdomadaire de début de soirée.Le présentateur,alors peu connu, est Benjamin Castaldi. Un suivi est possible 24 H/24 sur Internet
Le casting est soigné ( voir Dictionnaire … p. 314). Les aventures nautiques de Loana et Edouard suscitent une polémique dans la presse et une envolée de l’audience. Le CSA s’en mêle. Les joueurs désignent ceux qu’ils veulent voir rester et non partir. On crée la « salle CSA » hors du regard des caméras. Loana la go go dancer un peu pathétique gagne. Il y aura des suites sur M6 : un second Loft puis les Colocataires (2004) qui sont un échec; essai d’un nouveaux concept pour Pop Star (2001-2003), puis Opération séduction (2002-4), Le Bachelor (2003). TF1 (2003) essaie Nice People qui est un échec.
Le Loft illustre une esthétique du banal qui triomphe dans de nombreux domaines à la télévision. Il montre la vie ordinaire de personnages « ordinaires ». L’émission consacre aussi le goût de la « neo télévision » pour l’exhibition de l’intime. Il souligne le pouvoir au spectateur, en position de voyeur et investi d’un pouvoir de vie et de mort sur les « personnages » à travers son vote. Il donne lieu à l'une des premières polémiques sur la scénarisation de la réalité
Star Academy 2001
Patrick le Lay qualifie Le Loft de télé-poubelle et commande à …Endemol la Star Ac sur le modèle de l'émission américaine Fame. L’émission est construite sur des principes voisins : l’enfermement, le « nomination » le vote des spectateurs, le choix de personnalités fortes ou représentatives de minorités, la quotidienne et le prime time. La Nouvelle Star reprend l’aspect école de musique et la promesse de transformer le gagnant en star. La critique se déplace vers la critique de l’économie de la musique populaire et la fabrication des stars par les industries de la musique
Autres émissions
Endemol produit toute une gamme d’émissions qui circulent avec des adaptations dans un marché mondial, opérant une unification culturelle par des voies inattendue. Le débat fiction/réalité prend des formes renouvelées qui portent sur le fonctionnement du jeu et la sincérité de l’image : ex. Pekin Express
5. Les séries américaines

La privatisation des télévisions européennes entraîne par ailleurs un afflux spectaculaire de séries américaines. En France le choc vient de Dallas.
Dallas
La série a été créée en 1978. L’histoire met en scène une famille (complexe) de producteurs pétroliers dotée d’un paterfamilias « méchant » J.R. Ewing. Son ambition : ruiner la famille ennemi des Barnes. Dallas …passe sur TF1 en 1981 puis sur la Cinq puis sur Canal Jimmy, et en janvier 2005 sur France 3. Son succès est lié à un sujet classique et intemporel ( l’affrontement entre deux familles, entre deux frères …) et à l’application systématique du « cliffhanger » : un rebondissement arrive à la fin de chaque épisode. Elle allie classicisme du fond et de la forme, et obéit aux canons de la littérature populaire. La série est exportée dans 60 pays, avec des adaptations, coupures, modifications. Elle relance le débat sur « l’américanisation » de la culture.
Problèmes américains problèmes universels ?
Un nombre important de séries américaines, écrites à l’origine pour les chaînes généralistes américaines, connaît en effet de grands succès d’audience. Fédérant les auditeurs d’une génération, elles « font évènement ». Friends, (NBC) diffusé en France de 1996 à 2006possède une structure complexe avec arc narratif tendu sur la saison. Lost (écrit pour ABC), arrive en 2005 en France et est diffusée dans 180 pays. En France la 1ere saison sur TF1 attire 6 millions de téléspectateurs ou plus par épisode mais ABC veut y mettre fin des 2006. Sex and the City , s’adresse aux « jeunes professionnels urbains ». La série traite de questions de société et du statut des femmes sous une forme légèrement parodique. Desesperate Housewives est une parodie de soap…et donc, par ricochet, une réflexion critique sur la vie sociale des classes moyennes blanche aux Etats-Unis. 24 H chrono assied son prestige sur ses innovations narratives et formelles ( splitscreen) . Il sera commenté par Les Cahiers du cinéma. Prison Break explore les limites de la représentation de la violence sur les chaînes. Dans l’ensemble les fictions peuvent être analysées sous deux angles :
- celui du contenu et de son rapport à la société et au contexte historique de leur production ;
- celui de la forme et de la plus ou moins grande capacité d’innovation par rapport aux codes de la fiction.
Globalement, ces séries créent dans le monde occidental un espace-temps unifié autour des fictions américaines. On observe la circulation des saisons dans le monde, la starisation des interprètes selon le modèle du cinéma hollywoodien (presse à potins et scandales, la prolongation de leur succès en DVD. On notera que la France y est particulièrement perméable ( pas d’équivalent aux télénovelas par exemple)
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[1] P. Chambat, A. Ehrenberg, « Les réality-shows nouvel âge télévisuel », Esprit, 1993.

mardi 25 mars 2008

M1 Histoire culturelle Devoir de contrôle second semestre

Devoir de contrôle second semestre. Sujet.
"Choisir un film qui n'a pas été produit à Hollywood mais en Europe, en URSS ou ailleurs, avant 1980 et l'analyser en le replaçant dans le contexte d'une tension entre modèle hollywoodien et recherche d'une identité ou de la création d'un cinéma national".

dimanche 23 mars 2008

L3 Cours Cultures populaires...Télévision classique


L3 Culture populaire, culture de masse et mass medias -Cours n° 7
La télévision publique en Europe
I. Structures
Les différents pays européens connaissent tous, entre 1950 et 1980 à peu près ,un système où les chaînes de télévision sont contrôlées par les pouvoirs publics et où les chaînes privées sont inexistantes ou marginales. Ce contrôle par les pouvoirs publics est théorisé comme garant d’une certaine liberté contre l’emprise des grandes entreprises de médias.
Les différents pays européens construisent leurs systèmes de télévision dans des contextes politiques assez différenciés. En Espagne et au Portugal, la télévision s’inscrit dans le contexte d’un pouvoir fort et conservateur. En Italie, trois chaînes publiques se mettent successivement en place : RAI 1,2,3, avec un système de partage d’influence entre les 2 grands partis. En Allemagne, l’expérience de la propagande nazie incite les alliés à mettre en place un système de télévisions publiques non centralisées. Même après la mise en place d’une puis de deux et trois grandes chaînes publiques couvrant tout le territoire de la RFA, les télévisions régionales demeurent plus puissantes que dans les autres pays européens ( Bavière). La télévision a une importance politique dans le système de relations avec la RDA où les émissions de l’ouest sont reçues. On parle de « la vallée des idiots » pour la zone qui ne reçoit pas les émissions occidentales.


En Grande Bretagne la télévision est développée par la BBC surnommée la « Vieille Dame ». Les émissions sont financées par la redevance. La télévision reprend l’héritage professionnel et éthique de la radio : indépendance vis à vis du gouvernement, forte éthique du journalisme. Comme la radio, elle représente de façon privilégiée la classe moyenne. Cela s’entend dans la langue employée. L’émission emblématique de la BBC « classique » est Coronation Street. La série commence dans les années 1960. Elle comporte 32 semaines/an et connaît 30 années de diffusion ininterrompue. L’intrigue est situé dans les quartiers pauvres de Manchester. Les personnages appartiennent à la classe ouvrière traditionnelle et illustrent un sentiment d’identité de classe.(Voir référence d'image postée sur ce blog il y a une semaine)
La Grande Bretagne possède aussi un réseau privé, ITV créé en 1954, lorsque le gouvernement redevient Tory, sur des bases régionales. Ses possibilités de création sont limitées pour des raisons financières. ITV fait valoir une programmation populaire, achète des séries américaines (I love Lucy, des westerns, des jeux). Elle crée la série « Chapeau melon et Bottes de cuir » qui devient un classique de l’écriture télévisuelle. L’intrigue est une parodie légère d’intrigues policières ou liées à la guerre froide ; « l’homme de main » est … une femme spécialiste en arts martiaux et vêtue d’une tenue sexy ( « bottes de cuir », mini-jupes…) ; dans la série les femmes ne peuvent jamais être tuées mais il n’est pas impossibles qu’elles soient soumises à d’improbables sévices à connotations sexuelles (être enfermée dans une cage vêtue d’une combinaison collante, en compagnie d’un python …)

En France la télévision publique est héritière de la radiodiffusion publique. Au sortir de l’occupation le système de radiodiffusion s’est organisé autour d’un poste public en position de monopole et de postes dits « périphériques » (RTL, Europe n° 1…)
La RTF, créée en 1952 devient l’ORTF en 1964. Elle possède un monopole de diffusion et de production. Le recours systématique aux mêmes équipes et aux studios de production des Buttes Chaumont donne à ses productions une « touche » reconnaissable. Les fictions sont caractérisées, dans les année 1960-70, par l’importance des décors et des costumes et par une façon de filmer héritière du « cinéma de qualité" des années 1940. En 1964 apparaît la 2e chaîne, en 1967 la couleur et la 3e chaîne. En 1968 sont autorisées les publicités de marque, de façon encore très limitée
L’apparition de la télévision privée se fait dans un contexte compliqué. Les partis de droite qui sont au pouvoir de 1958 à 1981 devraient en principe soutenir l'initiative privée mais le pouvoir craint de perdre le contrôle du système d’information. Le gouvernement libéral de Valery Giscard d’Estaing freine ainsi l’introduction de télévisions régionales, envisagées dès 1974. Le parti socialiste, dans l’opposition depuis 1958, soutient une "libéralisation" de principe de la télévision sans en préciser la forme. Par ailleurs les téléspectateurs expriment le désir de programmes plus variés, sur le modèle américain. Les professionnels de la publicité comme les industriels souhaitent voir augmenter les plages de publicité. Les industriels des médias souhaitent pouvoir investir librement dans un secteur prometteur. Le résultat est une libéralisation progressive de la télévision après l’élection de François Mitterand, en 1981, pour répondre à des intérêts très divers, dans un contexte où l’on a, en outre, peur des effets culturels et politiques de la multiplication des petites antennes de réception individuelles qui permettent de recevoir, notamment, les télévisions du Maghreb. L’options du plan câble est écartée. Le système va voler en éclat sous la pression des annonceurs et du public (crise des radios libres). En 1984 apparaît Canal+, chaîne à péage offrant beaucoup de sport et de cinéma, chaîne créée par un homme d’affaires proche de F. Mitterand qui reçoit l’autorisation d’utiliser le vieux réseau VHF noir et blanc. La Première chaîne de l’ORTF est vendue à l’industriel du bâtiment Bouygues. En 1985, la 5e chaîne est créée par l’industriel italien Berlusconi. M6 émet en direction des jeunes avec des programmes essentiellement musicaux.
La télévision par satellite ne déstabilise pas les systèmes de télévision nationaux. Dans tous les pays européens on reçoit TV Sat et Sky Channel mais l’espace de réception se révèle difficile à unifier rapidement en raison de problèmes de langue et de cultures. Les publicités par exemple ne fonctionnent pas de la même façon dans tous les pays. Les fictions ne sont pas toujours exportables. Des groupes médias se créent cependant sur la logique à l’œuvre aux Etats Unis pour intégrer verticalement la TV dans un groupe allant de l’édition (écriture des histoires) au cinéma, la video, et les jeux..

2. Contenus
L’analyse du contenu de la télévision française et de son rapport au public permet de distinguer deux modèles différents qui opposent pour parler simplement la télévision classique à la « néo-télévision ».
A. la télévision classique
La Télévision classique, illustrée par l’ORTF –a été brillamment étudiée par Jérôme Boudon dans La Télévision des années de Gaulle. Le système n’est pas immobile; il est traversé de tensions qui opposent modernité et tradition, pluralisme et dirigisme, ce qui suscite des crises et des adaptations permanentes.
Dans le domaine politique, la question de la liberté des informations télévisées et des magazines d’information met régulièrement le gouvernement en difficulté, en raison du contrôle direct du ministre de l’information sur le système. (Peyrefitte…; 1972 A armes égales « Messieurs les censeurs … », Maurice Clavel).
Dans le domaine culturel les innovations entrent de façon très lente dans la mesure où l’on prête une attention extrême au grand public et à ses goûts, supposés conservateurs. Les innovations « offertes » ne sont pas toutes acceptées. Par exemple, les Shadoks, dessin animé fondé sur l’absurde, doivent être déprogrammés. Le réalisateur J-C Averty montre dans une émission de divertissement des bébés ( des baigneurs en celluloïd)passés à la moulinette : cet emprunt, quarante ans après, au surréalisme, fait scandale. Une speakerine est renvoyée parce qu’elle a montré ses genoux à l’antenne, au moment où apparaissent les mini-jupes dans la rue ….
C’est une télévision dite « de grille », fondée sur des rendez vous réguliers. Les programmes sont des « promesses tenues ». Les fictions sont le reflet d’une société hiérarchisée, relativement conservatrice sur le plan des mœurs, masculine, centrée sur la vision de l’identité nationale transmise par l’école. (Voir les séries policières "Les Cinq dernières minutes"). Elle est cependant capable d'être un lieu collectif où s'expriment les transformations de la société. On s'en rend compte en analysant de plus près certaines émissions.
- Les formes détournées du débat politique : La Caméra explore le temps (voir film diffusé en cours)
L’émission La Caméra explore le temps illustre bien les ambiguïtés et les tensions de cette approche.
Ses trois auteurs ont des positions politiques différentes. Alain Decaux est un catholique progressiste; André Castelot est royaliste, Stellio Lorenzi, réalisateur, est de sensibilité communiste. En 1978, en pleine campagne électorale, est diffusé en feuilleton son film Zola ou la conscience humaine. Les deux autres protagonistes de La Caméra explore le temps sont les auteurs de best sellers d’ histoire populaire (livres sur Louis XVII par exemple). Ils ont été producteurs d’émission radio comme La Tribune de l’histoire ( depuis 1951). La Caméra explore le temps comprend à ses débuts un débat associé à une dramatique en direct (1957-1965).
Les sujets évoquent des valeurs universelles : la lutte contre le fanatisme, contre la répression, l’intolérance, pour le débat politique : ex: 1961 Les Templiers, 1962 L’Affaire Cinq Mars; 1963 L’affaire Calas, 1964 La Terreur et la Vertu, 1966 Les Cathares. La transposition d’enjeux démocratiques contemporains est immédiatement relevée dans la presse. Les taux d’audience sont excellents : L’affaire du collier de la reine : 85 %; Danton : 64 %, Robespierre 75 %. Les lettres envoyées à la chaîne montrent qu'il y a ré-interprétation par les auditeurs à travers leur vécu ( ex. à propos des Cathares, un téléspectateur écrit , « j’ai eu honte … »).
- Une émission en résonance avec la société française, Jacquou le Croquant
Les Cathares, en mars 1966, sont la dernière émission diffusée dans le cadre de La Caméra explore le temps. A Toulouse on descend dans la rue à l'appel du mouvement occitan. Lorenzi est écarté. Comme compensation il est autorisé à réaliser Jacquou le Croquant diffusé en 1969.
Le roman original a été écrit par un militant républicain et anti-clérical, Eugène Le Roy, en 1899. Lui- même est l’enfant de domestiques travaillant dans un château du Périgord. Il est sensible à la misère des paysans du XIXe siècle. Il en attribue la cause à l’attitude cruelle de la noblesse locale, constituée de grands propriétaires terriens soutenus par le clergé. C’est aussi la vision diffusée par les livres d’école de la IIIe République. Son roman est publié dans des journaux républicains locaux puis par l’Humanité en 1907
En 1969 Jacquou est un livre largement diffusé dans les milieux de la paysannerie française qui par ailleurs souffre de la mise en place du marché commun agricole. Le texte appartient au patrimoine du mouvement paysan dont l’un des thèmes porteurs a été la dénonciation du métayage (supprimé en 1944).
Le récit se présente comme les souvenirs du narrateur qui au moment du récit est aussi vieux que le siècle. Le récit télévisé respecte le texte et l’illustre par la figure d’un enfant plein de charme et d’innocence. La narration est fondée sur l’opposition frontale entre deux personnages : le comte et Jacquou. Elle fait l’objet d’une dramatisation mélodramatiques : ainsi le Comte fait enfermer Jacquou dans les oubliettes du château
Le roman appartient à la littérature populaire de type régionaliste. Il offre un plaisir du texte fondé sur la reconnaissance de formes narratives familières. « Bons » et « mauvais » sont clairement identifiés, les péripéties appartiennent au roman d’aventure avec une touche de mélodrame. La façon de filmer est conçue de façon à ne pas dérouter le spectateur. L’image soutient l’écriture et souvent illustre le récit de façon très fidèle. La lecture de l’image est facile : dans les scènes où les paysans s'opposent aux habitants du château, les personnages du même bord apparaissent groupés, leurs vêtements sont dans des teintes analogues …. Le texte est explicité lorsque ses références sont trop anciennes. Par exemple la dimension économique injuste du métayage, que les spectateurs de 1969 ne connaissent pas forcément, est illustré dans un prologue.
Jacquou… illustre la façon dont le feuilleton historique à l’ORTF s’insère dans une culture politique et historique populaire. Il dit des choses importantes pour la société (les paysans en colère contre des décisions européennes manifesteront avec des pancartes « Jacquou c’est nous » …)
La logique de la néo-télévision sera très différente.

B. La néotélévision ( à suivre)
-----------Fin ----------------

mercredi 19 mars 2008

Conférence donnée le 20 mars 2008 à l'EHESS dans le séminaire de Bertrand Reau et Saskia Cousin


Catherine Bertho Lavenir. Séminaire " Tourisme : recherches, institutions, pratiques" de 17 h à 19 h, salle 215, 54 bd Raspail
«Le plaisir comme moteur du voyage automobile »
Pourquoi s’intéresser au plaisir dans le cadre d’un séminaire consacré à l’histoire du voyage ? En premier lieu parceque le plaisir est une composante essentielle et ancienne du voyage. Or lorsque apparaît l’automobile, les formes du voyage d’agrément se transforment et les plaisirs du voyage prennent des dimensions jusqu'alors inexplorées : les joies de la conduite sportive par exemple représentent des expériences neuves. Il se trouve, par ailleurs, que le discours associé au tourisme automobile ne peut pas être dissocié de la communication d’entreprises intéressées à la diffusion de cette pratique : industriels de l’automobile et du pneu et groupes chargé du lobbying en faveur de l’automobile sont prêts à dire et à faire dire ce que doit être le bon voyage automobile et quels plaisirs les touristes peuvent en tirer. Si l'on considère plus généralement les sociétés industrielles du XXe siècle, le plaisir s'affiche comme le moteur d’une nouvelle économie de la consommation, et le désir est le ressort principal de la publicité, qu’on appelle encore la réclame. Le voyage automobile va donc se trouver associé à la mise en place de la grande économie du désir, fondement de la société de consommation.

Dans le texte ci-dessous on s’intéressera à trois points différents. En premier lieu on relira un texte sur le plaisir du voyage inséré en tête de l’un des premiers guides touristiques français de l’époque du chemin de fer pour comprendre ce que l’on appelle « plaisir » au moment où l'expérience ancienne du voyage est révinvestie dans l'économie nouvelle des chemins de fer. On analysera ensuite les plaisirs propres au voyage automobile tels qu'ils sont décrits dans les magazines spécialisés à l’époque pionnière des années 1895-1914. On considérera enfin la correspondance d’une voyageuse du début du siècle pour voir dans quelle mesure les thèmes énoncés dans les médias correspondent à une expérience plus intime.
I. La place du plaisir dans le voyage traditionnel
L’anticipation des joies à venir
Dans tous les voyages modernes le plaisir est une composante du voyage. En premier lieu l’anticipation des joies à nourrit le désir de partir. Le dramaturge italien Goldoni le décrit avec vivacité dès le XVIIIe siècle dans la trilogie de la Villégiature, pour faire semblant ( ?) de s’en indigner. Il fustige le goût des plaisirs qui annime ceux qui partent en l' opposant au sérieux de ceux qui restent :
« Jusqu’où, je me le demande jusqu’où va aller cette manie de la villégiature, cette rage de partir en vacances ?
[1] … Partir, partir, on ne pense plus qu’à ça ; affaires, familles, plus rien de compte … » .
Le temps du voyage procure lui aussi ses bonheurs longuement détaillés dans les lettres et récits qui donnent à leurs lecteurs l’idée que le voyage est non seulement possible mais aussi désirable. Nombreuses sont, dans les correspondances, les adresses au lecteur qui associent de façon explicite la description des plaisirs du voyage à l’injonction d’imiter leur auteur.
Un bénéfice moral
Les collections de guides touristiques imprimés ont aussi pour fonction de décrire les plaisirs à venir. Un texte retiendra ici notre attention par qu'il représente une réflexion complète sur les plaisirs du voyage à pied. Ce texte est intéressant non seulement parce qu'il nous permet de comprendre ce qu'on appelle "plaisir" au tournant des années 1830, dans toutes ses composantes philosophiques, religieuses et esthétique, mais aussi par sa place dans l'aconomie de l'édition. Il n'est pas indifférent que ce long texte inaugure la série des guides imprimés destinés à promouvoir l'économie du voyage ferroviare d'agrément.
Le premier titre de la grande série française des Guide Joanne publiés par Hachette, Itinéraire de la Suisse de 1857 (deuxième édition augmentée, la première datant de 1853) s’ouvre par une réflexion très complète sur ce qui fait le plaisir du voyage. Dans la rubrique «Conseils aux voyageurs » Joanne reprend une longue réflexion de l’écrivain Toepffer ,tirée d’un ouvrage non précisé édité en 1838. Nous allons en analyser toutes les dimensions.
En premier lieu Toepffer inscrit le plaisir lié à l’expérience du voyage dans une tradition philosophique où s’opposent stoïciens et tradition chrétienne
[2].
Certains philosophes, écrit-il, pensent que le bonheur parfait est impossible
« Les philosophes chrétiens ou autres , les sages eux-mêmes, mentor aussi, avancent en cent rencontres[…] qu’il n’est point sur cette terre je ne dis point de vie mais de moment dans la vie où l’homme goûte une félicité parfaite.
Toepffer en revanche a expérimenté dans le voyage le bonheur parfait
« La main sur la conscience, devant Dieu, qui sait la vérité, nous déclarons, en ce qui nous concerne, cette assertion parfaitement fausse,sans prétendre d’ailleurs contester, encore moins nier, aucune des amertumes, aucun des maux dont la vie des hommes est inégalement mais infailliblement semée. Oui nous avons connu non pas des moments, non pas des heures, mais des journées d’une félicité parfaite, sentie, d’une vivante et savoureuse joie, sans mélange de regrets, de désirs, de mais, de si, et aussi sans l’aide d’un vœu comblé , sans le secours de la vanité satisfaite ; et ces moments, ces heures, ces journées, c’est en voyage, dans les montagnes,, et le plus souvent un lourd havresac sur le dos, que nous les avons rencontrés,non sans surprise, puisqu’enfin nous nous piquons d’être philosophe chrétien, mentor autant qu’un autre, mais avec une gratitude émue qui bien sûrement n’y gâtait rien.
Il y a trouvé « Je ne sais quoi de pur, d’élevé, de joyeux »…
« A la vérité nous ne portions, outre notre sac, point de crêpe au chapeau, point de deuil dans l’âme ; mais d’ailleurs notre passé était laborieux , notre avenir tout entier dans l’espoir et dans le travail, notre condition la même que celle de la plupart des hommes…et cependant je ne sais quoi de pur, d’élevé, de joyeux nous visitait, attiré, je crois, par la marche, par la contemplation, par la fête de l’âme, par la réjouissance des sens, et retenu, nous le supposons, par l’absence momentanée de tous ces soins, ces intérêts ou ces misères, qui au sein des villes et dans le cours ordinaire de la vie occupent le cœur sans le remplir.
…et appris à conquérir de vraies joies en marchant
« Ainsi donc philosophes, réformez votre doctrine dans ce qu’elle peut avoir de trop chagrin. Assez de maux nous resteront, si vous nous laissez l’espoir de quelques félicités parfaites, bien que passagère ; et au lieu de vous borner trop exclusivement à dresser l’homme pour le malheur, occupez vous aussi un peu de lui enseigner tout ce qu’il peut conquérir de vraies joies au moyen d’un cœur sain et de deux bonnes jambes, c'est-à-dire en marchant en toutes choses à la conquête du plaisir, au lieu de l’acheter tout fait ou de l’attendre endormi »
Le but du voyage est, dans cette conception, de procurer un plaisir de bon aloi, inscrit dans une philosophie chrétienne, teintée de sensibilité protestante. Il est légitime de chercher des moments de félicité parfaite sur cette terre mais ce plaisir se mérite. On y accède par l’ascèse du voyage (sac au dos…), en se détachant des fausses valeurs de la vie urbaine, en revenant en soi–même et en accédant à la beauté de la création. "

Quelques lignes plus loin, Joanne à nouveau cite longuement Toepffer : d’une part, dit ce dernier, les riches n’ont pas le monopole du plaisir – thème philosophique classique - ; d’autre part le plaisir n’est pas programmable ; c’est le voyage qui en fixe les conditions ; enfin c’est dans le rapport aux autres que se créent les conditions du bonheur qui réside dans des relations harmonieuses aux autres.

Les riches ne sont pas mieux faits pour le bonheur
« Ce n’est pas tout qu’un plan de voyage heureusement tracé, sans quoi verrait-on tant de gens qui passent des mois à tracer toutes les étapes d’une excursion, à en assurer à l’avance toutes les occasions de plaisir, d’agrément, de commodité confortable, si cruellement déçus quelquefois, si mortellement ennuyés au milieu de leurs agréments, si monstrueusement baillants au sein de leurs plaisirs, réussis pourtant, servis chauds et à point ! Non sans doute !
Le plaisir est insaisissable et difficile à programmer
« Tout le monde s’amuserait, les riches surtout, si l’on pouvait préparer le plaisir, le salarier et lui assigner rendes-vous. Mais il n’en n’est pas ainsi. Rien de libre et d’indépendant comme ce protée ; rien sur quoi on puisse compter à l’avance, ou qui plus rapidement s’envole et vous délaisse. Il fuit l’apprêt, la vanité, l’égoïsme ; et à qui veut le fixer, fût-ce pour un jour seulement, il joue des tours pendables. C’est pour cela qu’il est à tous et à personne, qu’il se présente là où on ne l’attendait pas et que, contre toute convenance, il ne se présente pas à la fête où l’on n’attend que lui.
Le voyage sera l’un des meilleurs moments pour le saisir. D’une part le mouvement du corps dispose l’esprit
« On ne peut nier cependant que certaines conditions ne favorisent sa verve et, en voyage, si les touristes sont jeunes, si la marche, le mouvement, la curiosité animent corps et esprits ;
D’autre part les relations humaines créent du bonheur
« ; si surtout nul ne s’isolant et chacun faisant du bien-être et du contentement communs, son affaire propre, il en résulte des égards, des dévouements ou des sacrifices réciproques, en telle sorte que la cordialité règne et que le cœur soit de la partie, oh ! alors le plaisir est tout pris., il est là dans la troupe même, il s’y acclimate, il ne la quitte plus ;
Ce ne sont pas les conditions objectives du voyage mais le travail sur soi de voyageurs qui produisent du bonheur
« et ni la pluie, ni le beau temps, ni les plaines ne peuvent plus l’en chasser. Les grandes pensées viennent du cœur, a-t-on dit ; et le plaisir, d’où vient-il donc ? Du cœur aussi. Lui seul anime, féconde, réchauffe, colore … Et voilà pourquoi il ne suffit pas de tracer un plan de voyage »
Plaisir et chemin de fer : stimuler la consommation
Ce texte qui propose une véritable théorie des relations entre plaisir et voyage est issu de la plume d’un enseignant suisse, pionnier des randonnées pédestres en montagne, et se réfère essentiellement à l’expérience du voyage à pied. Il n’est cependant pas sans importance qu’Adolphe Joanne le place en introduction de l’un des premiers guides publiés par Hachette dans la collection destinée aux voyages en chemin de fer, qui s’ouvre par ailleurs sur une description détaillée des liaisons ferroviaires suisses.
On se trouve en effet au début de la décennie 1850 à l’orée d’un tournant qui transforme définitivement le voyage en marchandise et qui va faire, à travers la publicité, du plaisir l’un des moteurs de la consommation. Les guides touristiques imprimés de cette génération sont directement liés, on le sait, à la constitution d’un marché du voyage d’agrément. Le voyage devient de façon plus accentuée encore qu’auparavant une marchandise. On peut le construire soi-même, à l’aide des indicateurs (Bradshaw, Chaix) et des guides (Baedeker, Joanne, Murray…) ou l’acheter « clef en main » auprès des premières agences spécialisées telles que l’agence Cook. Le voyage entre alors dans une logique de marchandise. C’est aussi l’époque où se structure la publicité – on dit la réclame – comme moyen de stimuler la consommation. On a montré comment les affiches des compagnies chemin de fer offrent la promesse visuelle d’un plaisir à venir.

II. Plaisirs automobiles

Lorsque apparaît l’automobile – que l’on datera par convention de la course Paris-Rouen de 1895 – l’association rhétorique du plaisir et du voyage a déjà une certaine ancienneté et une fonction pratique. Les automobilistes vont alors cherchera à comprendre cet expliquer ce qui fait le plaisir particulier du voyage automobile. Des thèmes spécifiques émergent;d’autres, plus anciens, sont seulement réactualisés dans le contexte précis du voyage automobile.

Les sources aujourd'hui disponibles attrirent l'attention sur une dimension importante de la question. Directement ou indirectement un grand nombre d’entre elles sont liées à des acteurs économiques qui ont intérêt à diffuser la pratique du voyage automobile. La réthorique du plaisir est inextricablement liée à la promotion d’une activité nouvelle dans le cadre de ce qui devient peu à peu la société de consommation.

Au nombre des sources publiées on comptera les revues et annuaires des associations spécialisées Touring Clubs et Automobile Clubs qui souvent publiaient des récits rédigés par leurs adhérents. Le plaisir du voyage est en effet l’une des dimensions de leurs écrits, en particulier parce que la fonction de ces revues est de construire une figure sociale acceptable du voyageur automobile. Les associations ont comme fonction le lobbying en faveur de l’insertion de leur activité – le tourisme automobile – et l’une de leur stratégie est donc de convaincre le plus grand nombre de gens possible d’adhérer à l’association. Il va falloir montrer en quoi le voyage automobile est désirable et donc élaborer un discours à cet égard.
La grande revue illustrée L’Illustration sera une autre source. Elle publie chaque année un numéro spécial consacré au tourisme motorisé au cours des années 1930. Enfin mémoires et romans permettent de reconstituer ce qu’étaient les plaisirs liés à l’automobile d’un point de vue plus personnel et moins liés aux industriels du secteur.

Dominer un objet technique
Une première dimension du plaisir spécifique au tourisme automobile est liée à la question de la compétence technique. Parmi les membres du TCF (comme parmi ceux du Touring Club italien) il y a un nombre significatif de représentants des nouvelles professions nées de la seconde révolution industrielle : employés supérieurs des chemins de fer, conducteurs des travaux publics, et surtout ingénieurs
[3].

Ces adhérents développent un discours particulier lié à la technique. Sous leur plume, le plaisir du voyage est lié au fait de maîtriser un dispositif mécanique, de dominer un moteur, de se montrer compétent dans un domaine technologique. Les textes développant ce thème sont bien sûr plus nombreux au début du siècle, à l’époque des voyages pionniers, mais ils ne disparaissent pas totalement par la suite. Le cadre géographique des exploits de leurs auteurs devient simplement plus exotiques

L’article de André Berthelot «En Automobile à travers les Alpes » publié dans la Revue mensuelle du Touring Club de France à partir de janvier 1910 est une bonne illustration de ce point de vue. Il est tout imprégné de la fierté que ressent son auteur, qui a organisé un petit convoi de « voiturettes » (dont l’une est conduite par une femme, en voilette verte) pour aller de Paris à Venise et retour en traversant les Alpes suisses. Le choix technique risqué de préférer des véhicules peu puissants mais légers à des véhicules lourds s’est avéré le bon. L'organisateur du voyage a montré que l’on pouvait monter dans les Alpes avec une « voiturette » là où de lourdes voitures aux châssis imposants ne passaient pas. Refaisant pour les lecteurs de la revue du Touring Club de France en 1910 le récit de son voyage côte après côte, col après col, l’auteur se réjouit de la pertinence de ses choix stratégiques et techniques et ne cache pas le sentiment de « triomphe » qui l’envahit lorsqu’enfin il atteint un sommet :

« Nous prîmes le chemin de Misurina. Nos voiturettes y accomplirent leur plus bel exploit ; au pied d’une côte qui est légendaire même dans ce pays alpestre nous trouvons une 40 chevaux stoppée et garée dans la prairie. Le chauffeur nous avertit avec un sourire de pitié qu’il n’y avait rien à faire…les douaniers nous avaient également avertis avec un air goguenard , que nous n’irions pas très loin et qu’en tout cas nous ne monterions certainement pas jusqu’au lac. Nous nous lançons et au bout d’une trentaine de mètres la voiture s’arrête; on emballe le moteur, on pousse la roue pour démarrer du gravier et nous repartons ; deux fois il faut répéter cet effort, mais l’escarpement est surmonté et triomphalement nous arrivons en auto au ravissant lac de Misurina
[4] »

Quelques jours plus tard le même prend plaisir à descendre de nuit un grand col interdit au trafic dès la fin du jour. Même les mésaventures désagréables (tomber en panne et devoir pousser son véhicule, voir son moteur prendre feu au garage même, ou encore détruire pneu et jante sur une route totalement défoncée) participent paradoxalement au plaisir. Intégré dans le récit rétrospectifs, ils soulignent la difficulté de l’entreprise et la compétence de celui qui s’est joué des embûches.

Conduire
Dans cette perspective conduire est aussi la source de joies violentes et simples. Celle par exemple de voir se dérouler devant soi un espace lisse et bien dessiné sans aucun obstacle, d’entendre ronronner un moteur, de passer sans à coup ses vitesses. Le poète futuriste italien écrivait en 1909 dans Le Figaro
« Nous chanterons […] l’automobile de course, son souffle près d’exploser et ses grands tubes lovés comme des serpents sur le capot. Une automobile qui siffle come une salve de mitrailleuse est plus belle que la Victoire de Samothrace
[5] ».

En 1912 le Docteur Bommier, qui consacre un ouvrage entier à l’art de conduire une automobile
[6], côtoie lui aussi le surhomme :

« L’automobile substitue aux contemplations de jadis une réflexion moderne qui s’appelle le coup d’œil. Sa vitesse dévorante implique la nécessité d’un jugement immédiat et net : elle développe en nous une faculté nouvelle, l’intuition, qui n’est autre que l’impression foudroyante de l’obstacle et l’intelligence suraiguë des moyens de la franchir. Sur elle vous êtes sur la Vie même que vous chevauchez. Les rampes viennent à vous et vous désignent l’effort et parfois la Vie se refuse. La Vie cale et il fat cependant arriver au faîte et on y arrive. Il faut passer entre deux voitures pour ne pas changer de vitesse et ces deux voitures sont hostiles et ces deux voitures sont les embûches de l’existence – et vous filez entre les embûches, et vous retrouvez la route libre ![…] dans six mois la souple et violente et magique automobile aura formé votre décision[…]
Maîtriser la technique, c’est être l’homme de l’avenir
"Craindre la graisse qui salit, l’essence qui explose, l’électricité qui secoue, être le monsieur qui ne peut ou ne sait toucher à tout, c’est se condamner à rester le colis qu’on transporte et à ne jamais devenir la main et l’intelligence qui conduisent »

Doubler
Pour ces conducteurs affamés de puissance la route est un espace hiérarchique qui leur offre, lorsque tout va bien, le plaisir d’affirmer leur supériorité technique et sociale. Doubler son prochain sur la route est un évènement trivial dont on a sans doute sous-estimé l’importance dans l’histoire des sociétés occidentales (c’est par exemple une source de mortalité jamais identifiée en tant que telle). C’est aussi un leivmotiv dans les récits de voyage automobile, qui s’inscrit dans un cadre plus vaste : celui de la lutte entre automobilistes et autres usagers de la route pour le contrôle de l’espace public.

La transposition sur la route de rapports de force sociaux et économiques est une composante ancienne du voyage. « Faire manger la poussière » à un autre véhicule, dépasser la diligence qui vous précède, prendre tous les chevaux au prochain relais et occuper tous les lits à l’auberge sont des incidents plaisants qui émaillaient les récits de voyages en voiture attelée. Le marquis de Custine exilé en Russie au début du XIXe siècle raconte avec délectation un épisode de ce type.

Vers 1900 l’automobiliste ne supporte pas mieux celui qui lui barre la route. Il exècre le charretier indolent qui occupe toute la largeur de la voie et méprise le possesseur d’un véhicule moins rapide ou moins puissant qui le précède. Montrer sa supériorité financière, technique, sociale et retrouver la liberté d’avancer se combinent pour faire du moment du dépassement un moment de plaisir avoué. Les plus beaux, les plus dangereux, les plus mémorables sont toujours racontés. On en trouvera un exemple dans un recueil inattendu : les souvenirs de voyages de Simone de Beauvoir, qui sert de chauffeur à Jean-Paul Sartre lors de leurs voyages en Italie. C’est elle qui parle :

« J’étais émue quand dans l’après-midi je repris le volant. Cette nouvelle manière de voyager – en automobile, elle au volant – lui plairait-elle ? Je craignais de l’en dégoûter par un excès de maladresse ; mais non ; dans les villes la gaucherie de mes manœuvres ne l’impatientait pas ; sur route rien ne troublait son flegme sauf la muflerie de certains Italiens qui me doublaient sans me distance : « Dépassez-le, allez-y. » l’Italien accélérait ou même zigzaguait pour garder son avance ; Sartre ne me laissait pas de répit que ne la lui ait reprise
[7] »


Le goût de la vitesse vs goût de la route
Dès les années 1920 la vitesse est l’un des grands plaisirs de l’automobile mais les revues spécialisées apprennent au voyageur à ne pas réduire son plaisir à celui de « foncer ». En 1934 l’Illustration publie un article judicieusement intitulé « La route, la vitesse et la vie », illustrée par vignettes montrant des chaussées encombrées par des chiens, des vélos, des bœufs et un marché, (voir ci-dessus) qui se conclut sur un éloge de la route libre offerte aux plaisirs de la vitesse :

« la route, pour nous qui roulons, reste exaltante et belle. En dépit de tout et de tous, de la barrière, des bêtes, du piéton, des roues folles et du mastodonte ambulant, la route s’offre à nous comme la plus enivrante promesse. Quand nous prenons la route, la prévision ne réduit pas notre attente des joies et nous ne songeons point à la mauvaise chance que peuvent détenir les hasards – tout cet imprévu que crée la vitesse et qui met une sarabande d’images dans les courses de notre vie
[8]»

Cependant les automobilistes ont appris à décliner le plaisir du voyage sur d’autres registres. Au cours des années 1930 la promenade au bois et le concours d’élégance automobile appartiennent encore aux codes de la vie mondaine et de la villégiature (mais l’on s’éloigne ici du voyage). En revanche la question du paysage est au coeurs du discours sur le bon voyage automobile. Les idéologues du Touring club n’hésitent pas à consacrer de longs papiers à explorer ce que doit être un « bon" voyageur en automobile. Dès les années 1920 ils s’attachent à délégitimer la vitesse pour valoriser au contraire le voyage automobile qui associe la recherche des paysages rares à une sage lenteur qui permet de profiter des points de vue.

Paysages rares et distinction

Quels paysages rares ? L’automobile affranchit les voyages du tracé des lignes de chemin de fer. Un nouveau plaisir émerge alors, directement associé à celui de découvrir des paysages rares, et il se décline comme l’une des variantes du désir de distinction. Les premiers voyageurs en automobile se mettent en effet en route après soixante ans de voyage ferroviaire. Les vallées des Alpes suisses, les rivages de la Méditerranée, les vallées proches des grandes villes sont alors visitées par des touristes venus en train et en voiture attelée.Leur nombre a cru exponentiellement après 1880, accélérant la dévaluation symbolique du voyage touristique tel qu’on le concevait au milieu du siècle, comme en témoignent les ouvrages satiriques de Jérôme K Jérôme (Trois hommes en voyage) . Or, Jean-Didier Urbain l’a montré dans L’Idiot du voyage, le désir de distinction est structurel dans l’économie symbolique du voyage.

Les premiers voyages en automobile, parce qu’ils permettent à leurs protagonistes d’aller ailleurs et autrement, leur assurent donc des satisfactions symboliques dont leurs écrits se font l’écho.

Au début du siècle, le paysage se mérite en fonction de l’habileté et de l’audace des conducteurs. Ainsi plus la route est difficile, plus les paysages sont pittoresque et plus les voyageurs jouissent du sentiment d’être des êtres d’exception, élevés au dessus du commun. Le Touring Club de France va même co-financer des routes dans des endroits auparavant impraticables : les gorges du Tarn et du Verdon, le massif de l’Estérel, la nouvelle route des Landes. Dans les routes d’altitude le chemin de Lourdes à Gavarnie s’ouvre aux automobiles, ainsi que la Grande route des Alpes, d’Evian à la Méditerranée. Elles offrent un double motif de satisfaction : celle de se sentir pionnier sur des chemins nouveaux et d’associer le frisson de la peur à la contemplation de paysages somptueux.

C’est ce genre de route qu’emprunte en 1909 Anne Marie Palardy, voyageuse québécoise séjournant à Lourdes

« Nous arrivons d’une longue promenade. Partis à 11h ½ nous étions à Eaux-Chaudes à midi, et quel pays nous avons traversé ! Tout le temps dans les montagnes et ce chemin international suspendu à la montagne comme une corniche ; et nous montons et nous montons à plus de 1200 pieds et par des chemins si ravissants. Jamais de ma vie je n’ai vu de semblables panoramas. ... Toute cette route par un chemin merveilleux . Nous sommes suspendus pour ainsi dire au flanc de la montagne et nous montons. Ce chemin est route nationale : c’est vous dire si c’est beau. ... »
[9]

Au fur et à mesure que le siècle avance cependant, la conquête des lieux rares se fait plus difficile en Europe. Elle se reportera sur les colonies. Dès 1905 le Guide Michelin France-Algérie-Tunisie précise qu’en Tunisie les pistes sont difficilement accessibles après les pluies et qu’il faut apporter des pelles dans la voiture mais conclut :
« On ne regrettera pas du reste ces petits inconvénients devant l’intérêt de premier ordre qu’offrent certaines régions non encore reliées au réseau routier et accessibles seulement par des pistes »
[10]

En métropole l’intérêt se reporte sur les interstices du territoire

Distinction au petit pied : la beauté des interstices

Le bon voyage automobile est celui qui permet de découvrir dans les interstices du territoire des beautés ignorées du profane. Un récit publié en 1932 dans le numéro spécial annuel de l’Illustration consacré au tourisme construit ainsi la différence entre la pratique ordinaire et celle des automobilistes distingués. Les touristes ordinaires sont en 1932 ceux qui voyagent en groupe et en autocar. .

« …cette région, la Haute Loire n’a ni la majesté alpestre ni la grâce pyrénéenne mais une certaine beauté grave et farouche bien attachante aussi elle ne se révèle point à tout venant. Il faut s’y attarder, se donner la peine de la connaître, de la comprendre et surtout ne pas réclamer d’elle ces curiosités épisodiques, ces attractions pour passagers d’autocars dont d’autres régions sont prodigues. Par exemple, si le vieux chemin d’Ally vous attire, sachez d’avance qu’il ne vous mènera qu’à un très pauvre village ; mais réjouissez-vous de pouvoir, grâce à lui, pénétrer jusqu’au cœur de cette nature au sourcil froncé. D’ailleurs sans quitter la route qui longe la rivière, vous trouverez tout de même du pittoresque de carte postale si vous y tenez absolument. A Chilhac les eaux calmes reflètent une église romane et un beau mur de basalte. A Lavoute, l’Allier , dans un coude nettement dessiné, enserre une presqu’île exiguë où s’allonge un village
[11].
La reconfiguration des guides

Ce goût affiché pour les interstices se traduit par la réécriture des guides touristiques. Comparons par exemple les guides Hachette de la région de Saint-Malo avant et après l’arrivée de l’automobile. En 1880 le vieux guide Joanne destiné à des voyageurs arrivant en train proposait à ses lecteurs une carte sommaire de la Rance. En 1920 son successeur, devenu le Guide Bleu offre une carte précise à des lecteurs qui doivent se débrouiller tout seuls. La précision est de l’ordre du kilomètre et l’on indique, au bout d’un chemin de ferme, un menhir auparavant ignoré.
[12]

III. Un plaisir authentique ? les enseignements des écrits intimes

La plupart des textes cités ci-dessus sont extraits de publications influencées par la politique de communication des grands industriels de l’automobile. Les guides Michelin sont financés par de la manufacture du même nom. Les numéros spéciaux consacrés au Tourisme par L’Illustration sont emplis de publicités pour les automobiles. Les revues du TCF et de l’Automobile Club sont animées par des militants enthousiastes de la chose automobile.

Les thèmes repérés ci-dessus sont développés au sein de campagnes de publicités que nous n’avons pas le temps d’analyser ici mais qui mettent en jeu des ressorts proches de ceux que nous avons identifiés. Comment peut-on essayer de voir si ces ressorts du plaisir et du désir sont réellement ceux qui sont mis en œuvre dans la reconfiguration du voyage automobile ? L’une des possibilités est de s’intéresser aux journaux intimes et lettres personnelles de voyageurs. Les archives de Chicoutimi conservent à cet égard un document très intéressant : le recueil de lettres envoyées à ses enfants par une bourgeoise canadienne française lors d’une voyage en France en 1909-1910
[13]. Anne Marie Palardy appartient à la bourgeoisie moderniste du Québec. Son époux est un ingénieur responsable d’une grande usine de pâte à papier à Chicoutimi. Tous deux font un voyage d’affaire en France et Grande Bretagne à l’hiver 1909-10. Ils vont louer une grosse Renault avec chauffeur à Paris en décembre, et descendre vers Bordeaux, Lourdes, Bayonne, les Pyrénées puis la Côte d’Azur. Ce trajet de près de 4000 km au total est un voyage d’agrément motivé par le plaisir qu’ils en attendent même si M. Palardy a manifestement l’intention de tester la résistance de l’automobile avant d’en importer une au Québec.

Les lettres d’Anne-Marie nous indiquant quels plaisirs elle en tire. En premier lieu il apparaît qu’elle n’est pas étrangère au plaisir de dominer un objet technique même si sa position est forcément différente de celle d’un homme. Elle s’intéresse à l’aviation et rencontre Blériot. En ce qui concerne son automobile est semble fascinée par le chauffeur et rapporte avec précision et pertinence les explications qu’il donne lors de pannes tout en admirant son habileté dans les situations délicates. Elle a une opinion sur les routes pavées, le revêtement de la chaussée, le profil de la route.
“Je n’ai pas encore parlé des routes de France, écrit-elle. Les chemins que nous parcourons ce sont les grandes routes, les routes dits de la « Grande Armée ». Si Napoléon n’avait fait dans sa vie que de doter la France de semblables voies, il est déjà célèbre. Je ne puis vous donner une idée de ces chemins. Aux Etats-Unis même où j’ai passé par de belles voies : celles de Albany à Glenns falls, ... etc., n’ont pas de comparaison. D’abord la voie a une longueur de près de 150 pds – le chemin lui- même a cinquante a 60 pds de large, construit en un macadam superbe que l’on travaille continuellement. Nous courrons sur une superbe route empierrée et qui a une couleur jaune"

Elle accueille aussi avec plaisir les sensations fortes qu’offre l’automobile en 1909 : effroi et plaisir mêlés. Elle raconte avec plaisir ce qu’elle éprouve dans les descentes rapides, les routes de montagne, lorsque le chauffeur fait de la vitesse, ou lorsque le vent la décoiffe.

« ....nous filons vite, vite vers Poitiers. A cinq heures et demi nous y sommes. Tout ce que je peux dire c’est que nous avons monté une côte très très abrupte, j’en ai eu bien peur » Et au départ de la ville « Ce matin à 8 H ½ nous étions en route. Nous ne faisons que traverser la ville qui est du reste très curieuse : perchée comme elle est il faut faire mille méandres et quelles petites rues étroites et tortueuses ! Mon Dieu ! J’ai vu là l’habileté du chauffeur et la force de la machine. Québec nous en forme une toute petite idée ; la côte de la Montagne mais de moitié plus étroite.
[15]»


Elle est sensible aux plaisirs de la route aime les ligne droites, les alignements d’arbres. Elle apprécie aussi les paysages et fait la différence entre les routes ennuyeuses et les routes pittoresques, admire l’échappée sur Lourdes lors de leur arrivée.

« Nous arrivons à Pau vers 4 H ½ par une voie pyrénéenne ce n’est pas peu dire. Le chemin en lui-même est toujours très beau mais très, très accidenté. C’est très intéressant de faire le contour de ces hautes montagnes. Il n’est plus question là de tunnel.
[16] »

Sur cet exemple au moins on mesure une certaine concordance entre le registre des émotions éprouvées par une voyageuse et celui des textes qui encadrent et organisent la promotion du voyage automobile. Il resterait à en vérifier la pertinence sur un plus grand échantillon et à mesurer l’évolution de thèmes au fur et à mesure que le voyage automobile se démocratise.

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[1] Goldoni cité dans C. Bertho Lavenir, La Roue et le stylo…, p. 22
[2] p. XVII. Mentor est le compagnon de voyage d’Ulysse qui l’assiste de ses avis ; Il se découvre à la fin comme étant la déesse Athéna. Montesquieu reprend le personnage au XVIIIe siècle, aussi dans la posture de celui qui conseille et donne un sens aux péripéties du voyage
[3] Ces derniers representent x % des adherents du TCF en …
[4]André Berthelot, « En automobile à travers les Alpes », TCF Revue mensuelle, 1910 p. 78
[5] manifeste Futuriste cité dans Enrico Prampolini « L’esthétique de la machine et l’introspection mécanique dans le domaine de l’art » dans Leger et l’esprit nouveau 1918-1931, Musées de la Ville de Paris, 1982, p. 214
[6] Dr Bommier, Sur la route, Dunod, 268 p. , p. 5
[7] Simone de Beauvoir, La Force des Choses, Gallimard t. 1, p. 349
[8] Alberic cahuet, la route, la vitesse et la vie, L’Illustration, Automobile et tourisme, octobre 1935, n.p.
[9] p. 21.
[10] Guide Michelin France Algérie et Tunisie, 1905 , p. 697
[11] Emile Seydan, « L’Allier vellave- Aquarelles et gouaches de P. Baudier », dans L’Illustration, 1932, non paginé
[12] C Bertho Lavenir, « La découverte des interstices », dans Automobile, Cahier de médiologie n°12, p. 137 Cette reconfiguration participe d’une rationalisation du voyage qui concerne aussi l’autocar et doit, elle aussi, être source de plaisir. C’est ce indique le Guide de la route du TCF de 1933 à propos des voyages en train et en car « Le train et le car conjugués réalisent le voyage rapide et agréable. Ils permettent de « voir du pays » dans un minimum de temps et avec les maximum de plaisir ».
[13] Cote P1,S1,SS8,P1 Archives nationales du Québec. Chicoutimi
[14] 25 decembre p. 5
[15] 25 decembre p. 5
[16] p. 10

L3 Histoire culturelle " ...mass medias" Cours n° 6

"BBC et RTF : l'invention des télévisions publiques en Europe"
Grande Bretagne
Comme document, consultez cet extrait d'un gala donné par les acteurs de la célèbre série britannique Coronation Street. Les images illustrent la façon dont les télévisions publiques européennes produisent des fictions en phase avec la société et la culture nationales.
Le Gala de Coronation Street, 1960
http://video.google.com/videoplay?docid=-10239978399102099&q=coronation+street&total=870&start=50&num=10&so=0
France
Pour la France nous regarerons en cours - si le matériel ne nous trahit pas -
- un extrait des "Cinq dernières minutes" sans doute " 45 tours et puis s'envont"; 1964,
- un extrait de La caméra explore le temps, "Robespierre la terreur et la vertu", 1964
Allez regarder le site de ina.fr et promenez vous dans les années 1960.

mercredi 12 mars 2008

L3 Histoire culturelle " ...mass medias" Cours n° 5

Usa: l’invention du network de télévision
1. le contexte
1945 reconversion de l’industrie de guerre- Pb technique : câbles ou faisceaux hertziens ?
Paiement à la consommation ou financement par la publicité ?
La FCC décide. Candidature de Hollywood pour 13 stations; 2 accordée (Los Angeles et Chicago).
La Paramount expérimente un système câblé avec paiement à la consommation.
Le modèle du network de radio est retenu. 1947 : début des emissions regulières- Structure en réseau - stations affiliées; les indépendant s’approvisionnent auprès des syndicats ou de Hollywood ; il existe un « service public »
Choix d’une norme technique : en 1941 le Comité a choisi la norme NTSC (National Television System Committee): 522 lignes (différent de la proposition de RCA). cela securise les investisseurs.1953, Noir et Blanc retenu (couleur écartée): investissements moins élevés. Un média populaire.
2. Premiers pas
1947: 4 compagnies diffusent des programmes. Trois sont des networks de radio. NBC et CBS dominent. DuMont a moins de stations; ABC émerge plus tard. Programmes : des directs: compétitions de rollers, sessions de l’ONU, artistes de Music Hall ( Milton Berle), dramatiques en direct. Les programmes sont jugés « mauvais » par la critique mais le public suit.
Clients : les classes moyennes et les classes populaires. La demande est supérieure à l’offre; les postes sont commercialisés dans les stations service et les drugstores
% de foyers américains avec la TV
1948 - 0,4
1959 – 9
1951 – 23
1952 – 34
1956 - 64,5
1959 – 95
Source J L Baughman, The Republic of Mass Culture… 1992
Standardisation progressive. Les studios de Chicago, originaux, s’effacent dans les années 1950. Les stations spécialisée en musique « country » au Texas aussi
Le modèle associant un centre, des stations affiliées, le transport des émissions par câble, le parrainage des émissions par la publicité s’impose
Sponsors
Les sponsors sont plus ou moins intrusifs : Procter et Gamble ne veut pas de tabac dans ses soap operas (ni chez ses employes).Alcoa n’interfere jamais dans le magazine d’information« See it now ». US Steel, Goodyear, Bell
Profits
1951 5 stations sur 108 sont bénéficaires
1954 une station affiliée à un réseau apporte 35 % par an de retour sur investissement
Comment produire vite beaucoup de programmes ?
Impossible de reconduire purement le modèle économique de la radio. Le savoir faire de la production d’images animées ( film) est à Hollywood. Travailleurs très syndiqués, coûts élevés
The greatest Show on Earth Cecil B. de Mille : 2 millions de dollars
Daily Variety : les studios produisent alors 1, 75 minute de film utile par jour…Film 90 mn, 60 jours minimum de tournage et coût 10 000 dollars la minute
Syndicats – division du travail- ½ heure TV coûte 1000 dollars la minute. Astronomique aux yeux des gens de radio. Ils font construire studios Hollywood pour bénéficier du savoir faire mais avec des éléments empruntés à la radio. Des salles permettant changement décor, la présence du public, rires enregistrés en direct. Réinvestissement direct des shows les plus célèbres de la radio dans la télévision.
La production doit être réorganisée
Elle n'est plus confiés à une agence de publicité. Production directe par les réseaux qui s'appuient sur leur expérience : ex The Mercury Theater of the Air ou Columbia Workshop
2. Les programmes
La télévision emprunte à la radio et au cinéma; Viennent de la radio
1. Le music hall ( vaudeville)
2. Les comédies de situation (Sitcom) ex. My Friend Irma
3.Les « Action Drama » (The Lone Ranger)
4. Les Jeux (quizz) Thruth or Consequences Queen for a Day
Les stars
Viennent de la radio Milton Berle et Lucille Ball; Jack Benny (star de CBS pendant 14 ans). Pour l’information Ed Murrow, reporter célèbre depuis la guerre passe à la TV en 1951
Les genres
La télévision se structure en genres
1. Les Sitcoms. Après 1951 sitcoms d’1/2 structurent chaque soirée. Succès fondés sur le fait que les spectateurs reconnaissent les personnages plutôt que qualité de l’écriture. Scripts pauvres. Jeu de l’acteur important ( Lucille Ball). Notoriété : les Américains dès 1952 connaissent mieux les acteurs du Burns and Allens show que les sénateurs
Première sitcom de CBS
My Friend Irma, histoire d’une dactylo écervelée et de ses déboires quotidiens. Son histoire est racontée par sa colocataire.Radio 1945-1954
Life with Luigi est écrit par le même scénariste. Radio comedy commencée en 1948 à la radio et passée en 1952 à la Tv, elle raconte l’histoire d’un immigrant italien à Chicago. Une bonne partie des épisodes ont lieu dans la salle de classe « d’éducation à la citoyenneté américaine ». Le héros tente aussi de résister aux avances de l’énorme fille de son propriétaire. C’est une concurrence directe pour les Goldbergs de NBC
The Burns and Allen Show 2 oct 1950. Georges Burns et Gracie Allens viennent du Music hall où ils se produisent comme comique des les années 1920. Ils passent à la radio puis sur CBS où leurs premiers shows sont enregistrés en public. Ce sont ensuite des films d’une demi heure. 291 épisodes seront diffusés pendant des années et rediffusés sur des chaînes locales
I Love Lucy, 1951-1957. Comédienne, Lucille Ball a aussi commencé à la radio. Avec son mari elle apparaît sur CBS de 1951 à 1957. Son personnage est celui d’une femme écervelée et enthousiaste à l’étroit dans les conventions qui enserrent alors les femmes américaines. Son accouchement est intégré en temps réel dans le script de la série. Elle reste présente près de cinquante ans sur les ondes ou a l’écran.
La série policière : Dragnet 1952. Avec des interruptions de 1951 aux années 1970
Scénario fondé sur la procédure; revendication réaliste (« Tout ce que vous voyez est vrai seuls les noms ont été changés pour protéger des innocents » )« All we want are the facts ma’am »
À suivre …

mardi 11 mars 2008

M2 Methodes Notes premier semestre

Voulerz vous verifiez que vous avez une note qui correspond bien à votre devoir ?
AIM 14;BARAYRE 15;FOURNIER 17;GADOU ? ; GASIGLIA LEXANDRE 14 ; KONDO KEIKO 18;LEMAK ?;LEPAGE 15,5;LI XINHUI 16;LIN GINQUA ?; MAC SWEEN ?; OHLMANN 18; PIERRON ?; ZHANG ? VALENTIN 14, 5.

Si ce n'est pas le cas prendre contact avec moi svp

lundi 10 mars 2008

M1Cours méthode Document complémentaire : la censure du film "Die Drei von der Tankstelle"


La censure met Die Drei von der Tankstelle au nombre des films interdits à la diffusion en 1937.
Pour visualiser plusieurs scènes du film se reporter aux extraits empruntés à You Tube postés dans un message précédent. Attention : il faut avoir fini de regarder une scène pour voir s'afficher la liste des autres scènes.

L3 Histoire culturelle " ...mass medias" Devoir du second semestre

L3 Cours «Histoire culturelle » « Culture populaire, culture de masse et mass medias ».
Devoir en temps libre
Sujet
: « Choisissez un film produit par un studio de Hollywood avant 1960 et montrez comment ce film est à la fois un objet industriel et une oeuvre d art. Vous décrirez d’une part ses conditions de production (organisation du studio, budget, position du producteur, « final cut», publicité, «star system », etc). Par ailleurs vous expliquerez en quoi ce film peut être considéré comme une œuvre d’art en expliquant que ce film appartient à un genre et en montrant comment il a reçu, à l’époque de sa sortie ou à une date ultérieure, un accueil critique qui l’a analysé en termes esthétiques. »
Forme : devoir réalisé en traitement de texte, comportant une bibliographie et, si vous le pouvez, des appels de note. Format maximum : huit pages. Une ou deux illustrations bien choisies, légendées et commentées. Je n’ai pas besoin de la «fiche technique»
Recommandations ; Lisez bien le sujet : film produit à Hollywood et avant 1960.
Ce sujet est choisi de façon a vous engager à lire un ou des ouvrages d’histoire du cinéma ; la meilleure façon de procéder est donc de trouver d’abord un livre de référence sur un réalisateur ( Frank Capra, Cecil B. De Mille etc.) ou un genre ( la comédie, le western, le film noir …) et de choisir ensuite le film. De cette façon vous serez certains de posséder les éléments nécessaires à votre travail. De même je ne vous demande pas une appréciation esthétique sur le film, je vous demande de reperer le fait que la critique a produit une appréciation esthétique sur lui, ce qui est différent. Vous éviterez par ailleurs les appréciations dithyrambiques sur le jeu des acteurs ...
Date de remise : le jeudi 16 avril. Je serai absente. Déposer les devoirs dans la grande boîte aux lettres salle 209

M1 " histoire culturelle-méthode" Notes du premier semestre

Voici les notes du premier semestre en M1 " Histoire culturelle" méthode.
Si vous avez remis un devoir et que vous n'avez pas de note, prenez contact avec moi. La remise des devoirs a été chaotique et certains sont peut-être égarés sur le net ou dans une boîte aux lettres ...
Abit 12 - Agostini 18 - Ainseba ? - Alexandre 16,5, Aussir ? , Begat 17, Chen ?, Cruse ?, Cunci 17, de Castelbajac Sophie ? , Destres Raphael ?, Dionisi ?, Doustikha ?, Ferre Lola 18, Fokias Faye ?, Geoffroy Clementine ? , Germain Floriane 17,5, Godefroy Julian ?, Guitard Julie 14, heusse ?, lassus ?, Le Bihan 15, Marque Malvina 12, Midy ?, Min Ji Eun 18, perez 14, Rebeschini Nicola 18, Riess peggy 18, Saighi Sarah 12, Vanpoucke Elsa 13, Vaur Marlène 18, Voisembert Rosalia 18 Zerelli Nora 17, 5.

M1"méthode". Film à regarder pour le cours du jeudi 13 mars 2008

REGARDEZ !

Cours: La résistance au modèle hollywoodien : l'Allemagne et l'Italie. Ci-dessous un extrait d'un film caractéristique de la UFA. "Die Drei von der Tankstelle" (Le chemin du Paradis) , 1930. C'est la première en date des opérettes filmées par la UFA, avec Lilian Harvey et Willy Fritsch. Une version française sera réalisée en même temps avec Henri Garat. La chanson Avoir un bon copain connaîtra un grand succès. L'histoire : trois copains mènent une vie insouciante et se retrouvent ruinés. Ils achètent une station d'essence puis tombent amoureux d'une belle touriste qui choisira l'un d'entre eux, Willy.

Ce film sera censuré en Allemagne en 1939.

M1 "Cultures télévisuelles" Notes

Cours Cultures télévisuelles M77TV
C Bertho Lavenir – Evelyne Cohen
Notes du premier semestre- A verifier SVP
Berezina Irina 15
Briottet Paul ?
Coiffard Camille ?
Ferre Lola 18
Geoffroy Clementine 16
Gressier Claire 16
Huo Shan Shan – en attente –
Malinosvkaia Anastasia 15
Marque Malvina 16
Pitoiset Pierre 16
Soukhichvili Maia 15
Soulard Pierre Maxime 12