lundi 18 février 2008

Lu pour vous

Un Dictionnaire de la télévision française qui prend les séries au sérieux....

Pourquoi un dictionnaire de la télévision alors qu'il existe déjà un ouvrage au nom très voisin coordonné par Jean-Noel Jeanneney ? Celui-ci a une ambition un peu différente. Il a failli s'appeler " Dictionnaire de la télévision populaire" et traite de la télévision comme culture ... populaire. C'est pourquoi, par exemple, lorsqu'il consacre des notices aux séries étrangères diffusées en France, il les désigne sous leur titre en français.

Lorsque l'on veut écrire sur la télévision populaire plusieurs écueils se présentent. Le premier est celui de la nostalgie sympathique, celle-la même qui faisait, il y a peu, communier dans un même propos régressif les participants aux soirées gloubi-glouba devenues à la mode dans les grandes écoles. Oublions. Cette approche amène peut-être des lecteurs mais ne construit pas un ouvrage académique.

Autre écueil, placé à l'opposé, la condescendance des milieux cultivés envers les goûts populaires et/ou la critique militante de la culture de masse - les deux positions n'étant pas toujours éloignées l'une de l'autre. Ce dictionnaire n'y échappe pas toujours. La notice sur le Club Dorothée animé par Chantal Goya, par exemple, reprend les critiques faites à l'époque par les éducateurs à l'encontre d'une émission qui introduisit en France les dessins animés japonais jugés violents et mal dessinés.

A l'inverse certaines notices s'inscrivent dans la continuité de la célébration des grandes émissions de service public. Ainsi Les Shadoks ou Belphegor sont-ils encensés : inventives, élégantes, ces émissions relèvent un héritage esthétique et s'inscrivent dans la grande tradition de la culture cultivée. Un zeste de surréalisme vous ennoblit tout de suite une télévision...

Pourtant ce dictionnaire n'esquive pas l'obstacle. Il s'attaque à Chapeau melon et bottes de cuir aussi bien qu'à Beverly Hills, et, là, nous offre des notices utiles en ce qu'elles témoignent d'une position critique claire pour qui veut étudier les séries. Lorsqu'il se demande ce qui a fait le succes de celle qu'ils étudie, chaque auteur cherche en général dans deux directions : d'une part l'inventivité formelle de la série et d'autre part l'écho du contexte historique qui l'a vu naître. Ainsi The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir), c'est à la fois la subversion des codes du thriller et l'écho de la guerre froide. Sex and the City, c'est une réalisation soignée, une écriture inventive et une question posée au féminisme américain : ces demoiselles sont-elles des femmes libérées qui considèrent uniquement le corps masculin comme un objet désirable, ou de pauvres cruches aliénées qui ne verraient de salut que dans le mariage conventionnel ? Assaisonnez d'un zeste d'érudition complice - pourquoi n'a-t-on pas diffusé en France les 51 premiers épisodes de The Avengers ? - et de quelques nostalgies non académiques - ah ! le maillot de bain rouge de Pamela Anderson ! - et vous avez un ouvrage plaisant et stimulant.

Quelques regrets : il n'y a pas assez de références bibliographiques à la fin des rubriques et les articles de revues ne sont, en outre, que rarement cités. Certes l'éditeur a dû protester à cette seule idée, en disant qu'on allait faire fuir le chaland, mais un dictionnaire c'est un moyen d'entrer dans un sujet pour un étudiant. Alors qu'on lui donne les petits cailloux pour aller plus loin dans la grande forêt de l'érudition télévisuelle ! Autre regret : le nom des auteurs des rubriques apparaît sous une forme incompréhensible. Impossible de savoir qui a écrit quoi. Dommage pour un champ academique qui se crée.

N'hésitez pas cependant à aller fouiller dans les pages de ce dictionnaire : dans quelle autre publication aurait-on le plaisir de trouver côte à côte le président Giscard d'Estaing et Goldorak, ordre alphabétique oblige ?

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