mardi 25 février 2020

Cours n° Campings et camps de vacances en Grande Bretagne et en France





Maison de vacances en Grande Bretagne
Dans l’Europe industrialisée le temps libre des vacances devient une réalité partagée par de plus en plus d’individus, ce qui ouvre la voie à la généralisation de pratiques de loisir précédemment restreintes aux groupes les plus fortunés de la société. Le camping, qui s'est développé au début du siècle comme un loisir destiné aux élites, devient une solution d'hébergement collectif pour les vacanciers des "congés payés". L'organisation et les systèmes de représentations qui y sont associés évoluent fortement.

I. Congés payés,  camping et villages de vacances en Grande Bretagne avant 1945La Grande Bretagne, plus anciennement industrialisée que le reste du continent, est en avance pour l’extension l’adoption par les entreprises privées des congés payés, l'extension de la pratique des vacances aux milieux populaires, et la mise en place de campings qui évolueront en villages de vacances[1].

   L’extension des congés payés : vers une pratique universelle
Il ne faut pas songer à une extension de la pratique des vacances tant que la population n’est pas sortie de la pauvreté ; il est nécessaire que les travailleurs disposent d’un surplus de ressources qui puisse être investies dans des vacances ou un voyage. Au début du XXe siècle en Grande Bretagne les revenus des ouvriers qualifiés de l’industrie et des employés commencent à être suffisants pour qu’ils puissent envisager des vacances, en particulier parce que  les entreprises sont de plus en plus nombreuses à accorder des congés payés. Cela ne découle pas d’une loi mais se fait de façon dispersée, souvent à l’initiative des employeurs. Les organisations ouvrières préfèrent longtemps demander des augmentations de salaires, même si l’Association générale des travailleurs défend des 1911une motion pour un congé payé pour tous. Des articles de journaux discutent de  l’intérêt des  vacances. Certains patrons d’industrie établissent un lien entre vacances et productivité. Les travailleurs sociaux, préoccupés par les conditions d’hygiène épouvantables des villes industrielles, évoquent plutôt les questions de santé et  parlent de moment de « convalescence » qui pourraient être accordés aux habitants les plus respectables des taudis ouvrier (The Englishman’s Holidays, p. 212). Les membres de la Co-operative Holidays Association inscrivent les congés payés dans une perspective d’éducation populaire comme un temps pour soi permettant de se ressourcer et de s'adonner à des hobbies respectables. Le versant critique de cet intérêt pour les vacances des classes laborieuses est représenté par les dessins satiriques de  Punch qui stigmatisent les «  mauvaises » manières des nouveaux vacanciers.

Après la guerre de 1914-1918 le mouvement s’accélère. En raison des gains de productivité de plus en plus de firmes sont en mesure d'accorder des congés payés aux mieux payés des travailleurs manuels et à leurs employés.  Les infrastructures qui pourraient accueillir ces nouveaux vacanciers sont en place et cherchent parfois un nouveau souffle. Les stations balnéaires sont déjà bien établies ; la plupart des agences de voyage sont en place. La Worker’s Travel Association est fondée en 1921.  A l’arrière-plan de cette croissance il y a la mécanisation qui entretient le désir de rompre avec un travail répétitif et l’urbanisation qui a coupé les travailleurs du monde rural. Les deux tiers des habitants de Grande Bretagne vivent dans sept conurbations géantes dont Londres, Manchester Liverpool, Birmingham. Le mouvement vers les vacances se fait donc assez spontanément.

En mars 1925 les statistiques officielles disent que 1,5 millions de travailleurs manuels bénéficient de congés payés prévus dans leur convention collective. En avril 1937 si l’on considère l’ensemble des travailleurs de l’industrie (18,5 millions), 5 millions ont des congés payés sous une forme ou une autre  Si l’on ajoute toutes les autres formes de travail (commerce, domesticité, employés, …) au total le nombre de gens qui prennent des vacances est beaucoup plus grand. The New Survey of London Life and Labour dit que en 1934 la moitié des travailleurs de Londres prennent des vacances. Dans le nord du pays on compte 15 millions de travailleurs qui prennent au moins une semaine de vacances payées.

Les congés payés ne sont cependant pas sanctionné par la loi. Lorsque en 1936 à Genève le I.L.O (International Labour Organisation) qui émet des recommandations pour tous les pays,  recommande que les enfants travailleurs en dessous de 16 ans aient obligatoirement droit à deux semaines de congés payés et les adultes à une semaine, les délégués anglais s’abstiennent. En fait les pouvoirs publics ne généralisent pas l’obligation avant 1939. A la veille de la guerre bien que les congés payés ne sont pas obligatoires ils sont devenus universels. Leur durée, dans la plupart des conventions collectives, est de 12 jours y compris les 6 jours fériés publics mais la tendance est d’aller jusqu’à 18 jours.

Camping en Grande Bretagne : d’une pratique bourgeoise à l’hôtellerie de plein airLe nombre de vacanciers a tellement augmenté que se pose le problème de leur hébergement. Les stations balnéaires et les petites villes touristiques sont saturées. Le camping est alors considéré comme une alternative raisonnable à l’hôtel. ce type de vacances au plein air a été popularisé par les Boy Scouts et d’autres organisations de jeunesse. Ces organisations possèdent des sites dédiés aux nuits sous la tente. Dans les camps du Camping Club de Grande Bretagne (fondé en 1901)  une place coute 8d. la nuit, 3 shillings la semaine. En 1939 la Youth Hostel Association, association de jeunes gens chrétiens qui a commencé modestement en 1929, compte environ 80 000 membres ; elle propose un prix de 1 shilling la nuit avec possibilité de cuisiner pour ceux qui ne pourraient payer le prix pourtant très raisonnable des repas.
Pour ceux qui préfèrent le camping itinérant, le  Cyclist’s Touring Club et le National Cyclist’s Union représentent 3500 clubs avec près de 60 000 membres en 1938. Ils procurent aux cyclistes à peu près les mêmes services que les A.A et R.A.C aux automobilistes.
Pour les jeunes il y a aussi les Work Camps  qui sont très appréciés. Ils ont été d’abord organisés par le ministère de l’Agriculture durant la guerre. Ce type de vacances n’est pas seulement gratuit mais procure aussi de l’argent de poche. Il intéresse au moins une petite minorité. Certains voyages bon marché sur des bateaux à vapeur sont organisés à destination de jeunes homes qui non seulement font eux-mêmes le service et l’entretien mais aident à la marche du navire.

Le problème de l’hébergement se pose différemment pour les familles et les gens âgés. Des associations de travailleurs comme la Co-operative Holidays Association, et The Holiday Fellowship   fondée en 1913 acquièrent des terrains et font bâtir des centres de vacances

 
Certaines entreprises ainsi que des coopératives acquièrent des terrains ou des châteaux ou grandes maisons et les mettent à la disposition de leurs travailleurs. Des villes font de même avant 1939. Ces centres ne répondent cependant pas aux besoins des plus modestes. On n’arrive pas à descendre en dessous de 2 livres par jour tout compris et c’était trop pour certains même si les entreprises ont pris l’habitude pour certaines de payer plus cher les semaines de vacances. Par ailleurs on ne sait pas comment écarter ceux qui auraient pu payer plus sans faire de discrimination.

Loisirs pour tous
Les camps de vacances privés sont très caractéristiques de la société anglaise. Le plus célèbre des pionniers de ces camps « commerciaux » est Willima Butlin. Sud-africain de naissance et éduqué au Canada, il a été propriétaire de parcs d’attraction. Il ouvre à Skegness pour les vacances de 1937 un camp luxueux qui connaît un grand succès.  Il en ouvre un autre en 1939 puis reprend après la guerre. Ces camps sont beaucoup plus grands que les précédents et peuvent accueillir de 2000 à 5000 résidents.

L’hébergement est collectif, souvent dans des chalets ; on y pratique le « tout inclus » ce qui est rassurant pour des clients novices. Les repas sont collectifs. Leur caractéristique est l’importance des amusements collectifs : piscines, equipements sportifs, théâtre, salles de danse. Il y a des crèches et des aires de jeu pour les enfants. Certains ont une architecture « art nouveau » recherchée. D’autres possèdent leurs propres stations de radio. Mais il y a des activités proposées en permanence : baignades, billard, tennis de table, promenade au jardin, tennis cricket, dance concert concours de beauté, excursions à cheval, théâtre amateur. En 1956 Butlin engage une compagnie d’opéra.  Cet aspect collectif et la présence de nombreux traits de la culture urbaine populaire suscite des critiques. On parle de « Butlinism ». Les critiques parlent aussi d’enrégimentation mais Butlin est très clair :  « personne ne vous dit quoi faire ; vous êtes l’invité et ce sont vos vacances ».

D’autres camps sont ouverts en partenariat avec l’agence Cook, ou par des organismes religieux, ou des municipalités. En 1939 on en compte 200 en Grande Bretagne qui peuvent recevoir 30 000 personnes par semaine. En 1946 500 000 personnes sont accueillies, plutôt des cols blancs et on refuse du monde.

Protéger du tourisme de masse             
La coexistence de ce début de tourisme de masse et de la protection du paysage commence à être un probleme. Les premiers cyclistes avaient été mal reçu par les paysans qui avaient protégé leurs propriétés par tous les moyens possibles. Les automobiles bruyantes et nauséabondes avaient été tolérées à partir du moment où il s’était avéré que des activités économiques pouvaient se créer pour les heberger les nourrir et réparer leurs automobiles. La prolifération des campings et dans camps de vacances ruine dans les années 1930 définitivement certains fragments de la côte : publicités, pylônes, cafés et restaurants populaires défigurent certains sites. Se mettent au travail le Council for Preservation of Rural England, la SCAPA Society for the Prevention of disfigurement in Town and Country. Le public prend conscience du problème; les pouvoirs publics légifèrent. The Town and Country  Planning Act en 1932 et le Ribbon Development Act en 1935 protègent les paysages.  Le village privé de Portmeirion au pays de Galle sets un exemple – ambigu – des efforts pour protéger l’aspect pittoresques des petits ports et villages.
Parallèlement les associations de randonneurs combattent pour que les chemins demeurent ouverts même sur les grandes propriétés privées.  En 1939 le Access to Mountain Bill est voté même si les associations le trouvent insuffisant.
Le National Trust fondé en 1894 permet à l’état d’imposer des formes de protection et d’ouverture au public des demeures historiques, grâce notamment aux droits de succession élevés
La loi permet désormais aux municipalités d’acheter des terres pour les ouvrir au public. Torquay, Eastbourne, Margate  le font pour leurs falaises et bord de mer.  Trois National Forest Parks sont établis par la Commisssion forestiere avant 1939 :  Argyll, Snowdonia et Dean Forest. On n’autorise pas les coupes commerciales et des endroits sont aménagés pour les campeurs. Après la guerre une commission recommande de classer en zone protégée tout le Lake District, une partie de la côte de Cornouailles, le mont Snowdon et d’autres espaces.

II. L’introduction du camping en France
En France un cliché historique veut que les semaines de congé payés octroyées par le Front populaire aient été un moment de basculement vers le tourisme de masse. En réalité les choses se sont faites beaucoup plus progressivement. D’une part les congés payés de 1936 ne concernent pas les paysans qui forment encore plus de la moitié de la population active ; d’autre part les employés et les fonctionnaires bénéficient depuis déjà plusieurs dizaines d’années d’une semaine au moins de congé. Par ailleurs faute d’avoir pu anticiper leurs vacances ou même d’avoir la pratique du voyage ou des bains de mer, de nombreux ménages ouvriers consacrent leurs premières vacances à des visites chez des parents à la campagne où ils aident aux travaux des champs. Seuls les plus jeunes, inspirés par les associations d’éducation populaire, découvrent les joies du voyage à vélo et du camping dont le modèle a été développé dans les années précédentes pour d’autres publics.
Le camping itinérant : un loisir de l’élite
Référence article «  Camper en 1900 » Ethnologie française https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2001-4-page-631.htm
Le Touring Club joue un rôle important dans l’introduction du camping. Les premiers pratiquants sur le continent s’inspirent du modèle anglais mais la pratique est adaptée selon les pays européens : sociabilité masculine sur le modèle militaire en Belgique, patriotisme en Italie, dimension idéologique du mouvement excursionniste en France.  Entre 1905-1914 le TCF  fait une intense propagande pour l’éducation aux loisirs de plein air : canoeing, yachting, camping. Le terme apparaît dès janvier 1905 dans le compte rendu d’une réunion du Comité de tourisme nautique qui décide « qu’une installation d’objets et de matériel de camping sera organisée dans le local affecté au Touring Club à l’exposition de l’Automobile, du Cycle et des Sports au Grand Palais » [1].
Le TCF intervient, selon sa stratégie habituelle, dans deux directions. L’association 1° contribue à fixer les valeurs associées à la pratique du nouveau loisir ; 2° propose des normes pour le matériel, repère des emplacements propices et organise les premiers camps fixes.
Le camping fait appel à un ensemble de considérations morales déjà largement partagées dans le milieu où œuvre l’association. Il est associé à la condamnation de la ville, éloge de la nature, goût de l’effort individuel et célébration de la solidarité du group. Trois formes de camping vont se différencier : -  La Robinsonnade : vivre seul dans la nature – l’accessoire du voyage : éviter les hôtels – l’habitat collectif de plein air à visée morale et éducative plutôt qu’économique  sous forme de camps d’été réservés aux enfants ( filiation des colonies de vacances) ou d’hôtellerie en plein pour adultes.
- Théodore Chèze, membre fondateur du TCF et infatigable rédacteur de voyages modèles à bicyclette, publie, en juillet 1912, le Manuel du camping ; il se crée une commission de camping ; fixer des normes techniques et d’encourager la fabrication commerciale de matériel. ; grande fête du yachting organisée par le TCF à L’Isle-Adam, en juin 1913, concours de tentes . Des fabricants de matériels, en général anglais, sont présents.
Expériences pilote
o   Ex le voyage de jeunes gens protestants en Vendée en 1907 ; compte rendu. Technique : La tente collective de 25 kg était trop lourde ; ont abandonné l’itinérance et se sont installés au bord de la mer. Modèle : militaire : on parle de «  fourrier » « pour nous organiser, nous avons pris comme modèle le régiment ») ; plaisir pris à l’acquisition de savoir faire nouveaux ( cuisiner au feu de bois) – pour des jeunes gens qui ont des serviteurs chez eux ; thématique du sans gene, de l’émancipation des codes sociaux de la vie quotidienne ; éducation à la vie collective ;
o   Insertion dans la vie rurale ; distinguer le touriste du chemineau et du mendiant

Ermites et Robinsons
En 1910 un article intitulé « Camping aux îles Chausey » propose aux lecteurs de la revue une pratique d’inspiration originale : la robinsonnade [5] ; L’auteur, anonyme mais membre du TCF, explique avoir campé sur les îles Chausey en 1907, à la Pentecôte, et y être retourné pour quinze jours en 1909.
« ce texte organise la circulation de l’expérience : témoignant d’une sorte d’exploration collective de ce qui peut ou ne peut pas se faire. Camper est un luxe des classes supérieures : car il faut faire fabriquer sur mesure le matériel ou l’acheter à des maisons anglaises spécialisées. » Comme, par ailleurs, l’auteur est accompagné de son épouse, il fait fabriquer une sorte de lit à deux places transportable au bout d’une perche dont il communique le coût et le prix.
Le système de valeurs associées au camping en solitaire : renvoie à la rupture avec le monde, la ville et ses fausses valeurs – pas de journaux surtout ; retrouvailles avec la nature, source de réconfort moral.
Rapport aux objets nouveau : au moment où la vie urbaine et le confort matériel deviennent la norme, ce sont la nature et le dénuement volontaire qui procurent la distinction ; désir de se dépouiller des objets superflus, d’apprendre à se contenter de peu, voire de reconstruire l’indispensable de ses mains.

-          Propagande et organisation
– via les sociétés d’excursionnistes – via les Boy Scouts

Hôtellerie de plein air.
Le TCF se propose de développer une forme de camping qui ne serait ni une pratique éducative, ni l’accompagnement d’un autre sport, ni un robinsonnade, mais une sorte d’hôtellerie de plein air.  Le public visé est celui des familles qui partent en vacances, dès juillet, vers des stations de bord de mer ou de montagne, frange encore limitée de professions libérales, de commerçants aisés, d’ingénieurs ou d’employés « supérieurs » qui peuvent emmener leur famille en vacances. Or il arrive que l’hôtel, ou la location, se révèle trop cher pour leur bourse et les logements trop étroits. Le TCF leur propose le camping familial comme alternative. 1914 : création de campings collectifs Un crédit de 1 000 F est dégagé pour ouvrir trois « campings collectifs » près de Saint-Pierre-de-Chartreuse, aux environs de Cauterets et au voisinage du lac de Chambon.

« Henri Bonnamaux décrit ce que devraient être des campements permanents, installés dans des lieux désignés comme particulièrement propices au séjour estival tels que bord de mer, lac ou montagne. Le modèle est celui des camps organisés par l’Association française des étudiants protestants : les campeurs s’abriteront sous de grandes tentes ou même dans des granges, les groupes s’y succéderont, chacun apportera draps, sac de couchage, vaisselle. Le camp ressemble ici plutôt à une colonie de vacances dont les installations seraient précaires. Il est d’ailleurs conçu comme une institution d’éducation, tenue d’une main ferme mais douce par un directeur pédagogue. »

En mars et en mai 1914 paraît un article fort long intitulé « Comment organiser un campement en montagne » plutôt destiné à une famille ou un groupe restreint d'amis. À l’achat, l’investissement est notable : il est estimé à 150 F par personne. Comme le cyclotourisme, à la même époque, pratiquer le camping suppose de nouvelles habitudes alimentaires, et l’article fait la différence, qui deviendra classique ; entre nourriture portée et nourriture acquise sur place. Le campeur apporte avec lui des produits empruntés en partie aux nouvelles industries alimentaires : pâtes, conserves, café, chocolat, confiture, légumes secs. On se procure « sur place », c’est-à-dire auprès des agriculteurs locaux, les denrées périssables (pain, fromages, lait, œufs), sans que des commentaires précis soient encore faits sur la qualité de ces derniers.

Les valeurs morales associées à ce camping résidentiel en altitude sont à la fois banales et légèrement décalées par rapport à la tradition de l’excursion collective inaugurée dans les années 1840 par Rodolphe Töpffer [1996]. La démarche est inversée par rapport au camping « pédagogique ». On plongeait les jeunes gens dans une collectivité pour que se révèlent les traits de leur caractère. Ici, les adultes sont priés de choisir, avant de partir, des compagnons de bonne composition afin qu’ils puissent supporter la vie en commun. C’est d’ailleurs l’une des fonctions des clubs de camping ou de randonnée que de garantir aux pratiquants qu’ils côtoieront des « camarades » partageant le même profil culturel et les mêmes choix éthiques

C’est en couple, recommande notre auteur, éventuellement avec des enfants, même petits, que l’on se retirera sous sa tente, pour redécouvrir les vertus de l’autonomie : la référence, ici, est celle des Robinsons suisses. Les loisirs de plein air permettent d’imaginer d’autres relations familiales. Cette opinion est partagée par les promoteurs du yachting, qui dessinent, au même moment, les contours de croisières modestes et familiales donnant une image renouvelée de l’autorité du paterfamilias, respecté pour sa compétence et non pas seulement pour son statut.


Camper dans les années 1930-50
Ce modèle du camping élitaire se maintient au cours des années 1930 à 1960 à travers certaines institutions. Par exemple le GCU Groupement des campeurs universitaires.  Le Groupement  est créé en 1937 sur des bases coopératives. Acheter des bons de coopération permet de bénéficier d’un droit d’usage sur des terrains achetés par l’association.

En 1951 22 nouveaux camps sont ouverts : sur le littoral mais c’est la caractéristique des « vieux campeurs surtout  en montagne et dans le centre du pays. Pres des plages : Le Crotoy, Pornichet Les Sables d’Olonnes ; Contis Plage et Mimizan, Cap Breton, Lac d’Hossegor.  En montagne  Cauterêts, Luchon, Chamonix, Villars d’Arène ; vont dans le Massif Central ‘ Le Chambon sur Lignon ; Jura, Alsace, Corrèze mais peu la Côte d’Azur un camping à La Croix Valmer seulement. Nouvelle géographie ancrée sur la côte atlantique et dans la montagne l’été.  Ces campeurs valorisent l'autonomie et la responsabilité. Chaque chef de famille devient chef de camp tour à tour, accueille les nouveaux arrivants, gère la caisse commune.  Les installations sont spartiates et mises en place par les campeurs eux-mêmes dans les petits camps, souvent un simple pré loué à un paysan. Ces campeurs ont  - bien évidemment - une culture scolaire de haut niveau. Les guides touristiques édités par leur compagnie d’assurance automobile (la MAIF) sur le modèle des guides Michelin comprennent des analyse géographiques poussées du paysage ( repérage des «  synclinaux perchés » ou d’un relief karstique) et des présentations historiques soignées (économie des abbayes cisterciennes). Ils représentent cependant une arrière-garde qui s’ignore.

 Campings municipaux et grands campings
De nouveaux campings s’organisent selon un autre modèle plus proche de l'hôtellerie de plein air, principalement dans les régions côtières. Ils offrent à une clientèle peu fortunée un hébergement à bon marché dans des villages de toile qui comprennent des équipements sanitaires fixes et collectifs. Chaque petite vill, encouragée par les pouvoirs publics, se dote d’un camping municipal, parfois associé à la piscine. Sur les littoraux et dans les lieux touristiques certains campings sont des entreprises privées qui prennent des proportions considérables.

 Le mode de vie des résidents témoigne d’un réinvestissement d’une culture populaire très éloignée des valeurs bourgeoises de retour à la nature, de sobriété morale et de distinction qui étaient associées aux entreprises du Touring Club, du Camping Club et des associations de jeunesse surtout protestantes dans les années 1930.La promiscuité et le partage de la vie quotidienne  font l'objet de critiques de pratiquants qui n'en comprennent pas les ressorts.

Richard Hoggart a décrit les plaisirs des excursions des membres de la classe ouvrière anglaise ( sa famille) a la mer au début du XXe siècle. Il raconte le plaisir pris à la vie en commun, le bruit, la proximité chaleureuse et festive. On peut faire la comparaison avec les grands villages de toile : les campeurs de milieu populaire ne recherchent pas forcément la « privacy » : ils apprécient la vie en commun (les sanitaires collectifs) , l’entraide, les loisirs partagés (la pétanque). Les aspects ludiques et festifs d'une vie débarrassée des contraintes de la ville justifient l’entassement a priori incompréhensible des campings littoraux.

Par ailleurs les campeurs considèrent qu'il ont le droit de s'installer au plus près des lieux de loisir.  Le camping dit « sauvages » entre en conflit avec la protection des paysages. Tous les littoraux sont menacés. Les autorités interviennent. Le camping «  sauvage » est interdit dans un nombre croissant de sites. Le camping autorisé dans un terrain dédié  avec prises d’eau, sanitaires.devient la norme. 

Les grands terrains de camping populaires sont donc l’objet de deux systèmes de représentation antagonistes. D'une parts ils subissent les critiques de la bourgeoisie sportive traditionnelle qui y voit un renoncement aux idéaux de proximité avec la nature, de sobriété et de travail sur soi qui animait les premiers campeurs itinérants ou les pratiquants des associations de jeunesse des années 1930. par ailleurs il y a concurrence pour l'usage d'espaces valorisés sur les littoraux ou en montagne. Les propriétaires de résidences secondaires souvent construites vingt ou trente ans avant sont opposés à la concentration d’une clientèle issue des classes populaires : si un camping s’installe les villas perdent de leur valeur marchande. Une critique venue de l’extrême gauche va se porter sur les grands campings privés des littoraux : ils seraient une conséquence de la société marchande, concurrençant avec succès les efforts faits par les associations d’éducation populaire pour offrir aux  travailleurs des vacances de qualité. 

Cependant le développement touristique est considéré après 1945 par les autorités comme une des solutions à la crise des campagnes françaises (mécanisation, surpeuplement, émigration) et de ce fait encouragé par tous les moyens. Par ailleurs depuis les années 1930 le camping est considéré par les gouvernements aussi bien socialistes que démocrates-chrétiens comme une pratique à encourager parce qu’elle offre aux classes populaires des vacances accessibles, bonnes pour la santé et acceptables sur le plan moral. Le consensus se fait en effet sur la valeur morale du camping : le code du camping paru en 1939 sous l’égide de l’Éducation nationale considère officiellement le camping comme un sport de plein air « un des plus efficaces pour donner à l’individu une santé robuste et un juste équilibre physique et moral. »

Les pouvoirs publics soutiennent  donc dans les années 1960 en France le développement du camping résidentiel. En 1945 on demande aux municipalités de développer des campings municipaux plutôt que de l’interdire sur le territoire de la commune. Il est considéré comme une activité d’intérêt général et à ce titre il est défendu d’y mettre obstacle au nom d’intérêts particuliers. La tente est assimilée à un domicile et les effets qui s’y trouvent sont protégés par la loi.
En 1960 un décret précise ce qu’est un terrain de camping :  partout il doit y avoir des sanitaires en dur et un service d'enlèvement des ordures ; pour les plus grands, il faut des salles de réunion et de loisir, un éclairage nocturne, un gardiennage permanent, des cheminements goudronnés, des aires de jeu.
En 1975 les 240 camps « quatre étoiles » du pays peuvent accueillir 135 000 personnes.


[1] J.A.R Pimlott, The Englishman’s Holiday. A social History, Faber and Faber, s.d, 318 p.

lundi 3 février 2020

Cours n° 5 Tourisme et colonisations




 
Introduction
Au XIXe siècle les puissances européennes bâtissent des empires coloniaux et prennent à des degrés divers le contrôle de territoires situés sur tous les continents. Le tourisme accompagne cette prise de possession et dans de nombreux territoires s’intègre  à la conquête coloniale dans toutes ses dimensions techniques, militaires, économiques ou symboliques et s’inscrit dans un système de rapports qui sont toujours des rapports de domination.
On verra dans les pages suivantes trois aspects de l’expansion coloniale du tourisme : la présence anglaise au Moyen-Orient et en Egypte, à travers l’extension de l’offre de l’agence Cook ; le tourisme en Afrique du Nord comme extension d’une politique touristique « nationale » ; le tourisme en Afrique noire et les rapports de domination symbolique sur les corps.

I.                    L’agence Cook au Moyen-Orient et en Egypte
La pénétration des touristes anglais au Moyen-Orient et en Egypte  est étroitement liée à la politique d’influence de la Couronne britannique dans cette partie du monde, elle-même en  liée au fait que les milieux économiques anglais veulent  disposer d’une part d’un approvisionnement en coton égyptien pour les filatures anglaises et d’autre part de rendre plus sûre la voie maritime vers l’Inde
Le fondateur de l’agence Cook décide en 1868 de proposer un voyage en Terre Sainte. Il y a chez ses potentiels clients le souvenir des croisades mais aussi la dimension pittoresque. La « fascination de l’Orient  qui a été étudiée par Edward Saïd ( L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident) nourrie par la littérature, la peinture, l’activité savante nt créé un ailleurs dans l’imaginaire collectif qui nourrit un désir de partir.
Le premier voyage au Moyen Orient bâti par Cook reprend dans sa première partie les chemins anciens du Grand Tour. Londres, puis Paris, Chambery ; on prend la diligence vers Turin puis Florence pour un jour de visite, Pise (la tour penchée). L’organisation est de type militaire. Pour que les réservations fonctionnent  Naples. Les voyageurs sont priés de ne pas être en avance sur l’horaire et d’accepter les chambres qui leur sont réservées – les plus jeunes dans les étages élevés). Cook pour le passage au Moyen Orient – c’est peu-être le premier groupe organsié qui passe la mer depuis les Croisades) décide prendre lui-même la tête des troupes. Il demande conseil à des voyageurs expérimentés tels James Silk Buckingham auteur en 1821, de Travels in Palestine suivi de Travels Among the Arab Tribes en 1825. Ce dernier lui recommande la route de terre par Constantinople, Beyrouth, Jaffa, Alexandrie, le Caire. Cook revient en Angleterre en 1868 et fait de la publicité pour un «  tour » au printemps en Palestine et sur le Nil. Deux camps sont créés en Palestine pour les voyageurs. Tous ne continuent pas vers le Nil. Pour ceux-ci Cook affrété deux steamers. Pour ce premier voyage les touristes américains sont aussi nombreux que les Anglais.
La question de la sécurisation – vue du point de vue occidental – des espaces et des routes est importante. Chaque espace est l’objet de modalités de contrôle diverses :  par les habitants, les tribus, les pouvoirs locaux. Les Etats institués – ici l’empire ottoman – opèrent en général un contrôle militaire sur de vastes territoires et les routes principales  mais il peuvent délèguert la sécurité des routes aux tribus locales ou tolèrer qu’elles en fassent une ressource. La protection des voyageurs se monnaye, les droits de passage s’achètent et peuvent constituer une ressource important pour les habitants ainsi que la fourniture d’eau, de nourriture ou d’un abri dans des espaces qui en sont dépourvus. Ce qui vaut pour les caravanes vaut pour les touristes. L’historien de l’agence écrit dans un texte qui reflète ses préjugés
« Avant que M. Thomas Cook conduise son premier groupe à travers la Palestine, les voyageurs étaient à la merci de «  savage chiefs »  qui les faisaient payer cher pour leur protection ou pour simplement la permission de traverser leur district. Ces chefs n’étaient pas fiables, même payés « (p. 105).  Maintenant continue l’auteur les voyageurs peuvent se sentir en sécurité – sans qu’il dise pourquoi -.
Le voyage collectif des touristes s’inspire directement des usages militaires. Imaginons, continue l’historien, un groupe de 60 qui veut aller à Jerusalem . Il fut disposer de 21 pour dormir qui doivent être montées avant leur arrivée plus les tentes salons et les tentes cuisine. Il faut 65 chevaux de selle et 87 mules de transport et 28 ânes. Le «  party » est accompagné et servi par 56 muletiers, 5 chiens de garde, trois drogmans, 18 serviteurs et cuisiniers. C’est une «  caravane moderne » conduite à l’Européenne par quelqu’un qui possède les qualités d’un moderne général. (p. 114) et le récit se fait sur le thème militaire lui aussi de la conquête.
Pelerins et touristes français en terre Sainte
En 1882 Cook amène le Prince de Galles en Terre Sainte, preuve du fait que la région est désormais sûre pour les touristes. Suivent 1004 pélerins français. 750 d’entre eux campent entre Caifa et Jerusalem
Protection des autorités et influence anglaise
Un incident arrivé en Grèce en 1870 illustre le lien entre la pénétration touristique, la question de la sécurité et le contrôle politique exercé par la Grande Bretagne.
       « En avril 1870 un groupe privé comprenant Lord et lady Lancaster, Edward Lloyd, avocat, Edward Herbert, secrétaire de la légation britannique, le comte Albert de Boyl, secrétaires de la légation italienne, avec serviteurs et gardés par une » troupe d’escorte » visite le site antique de Marathon. Au retour vers Athènes ils sont attaqués par des brigands qui renvoient Lord Muncaster porteur d’une demande de rançon de 32 000 £  mais aussi d’une demande de pardon pour eux et de libération de leurs amis emprisonnés. Le gouvernement grec refuse et envoie l’armée. Des otages sont tués. Or  Cook avait refusé d’envoyer ses propres voyageurs à Marathon après avoir été averti du danger par l’ambassadeur anglais et s’être vu refuser une escorte militaire. »
Le voyage en Egypte
Prestige des antiquités égyptiennes
L’Egypte est très connue en Europe depuis le XVIIIe siècle et le passage des troupes napoléoniennes accompagnées d’une caravane de savant qui rédigent des traités savants au retour lui permettent d’occuper uen place de choix dans l’imaginaire européen : pyramides, momies, pharaons. Au début du XIXe siècle des Européens tel le consul français Drovetti se font une spécialité des fouilles et du commerce d’antiquités qui constitue un véritable pillage. Drovetti s’active surtout à Thèbes et à Tanis ; pendant ce temps Salt, artiste peintre, parcourt d’orient. Il illustre les livres que de riches voyageurs publient à leur retour en Angleterre . Il séjourne de 1809 à 1811 en Abyssinie, pays très difficile d’accès. Il est nommé Consul d’Angleterre en Egypte en 1819 et réunit une première collection d’objets qu’il offre contre paiement en 1818 au British Museum qui ne lui en offre que 2000 livres ; Il en retire alors un sarcophage en albâtre qu’il vend à un particulier. La deuxième collection qu’il propose est acquise par Charles X pour le Louvre en 1824 pour 250 000 francs soit 20 000£.  4014 pièces entrent dans les inventaires du musée. Drovetti a aussi fait envoyer des pieces magnifiques à Turin. L’Allemand Lepidus lors d’un voyage au Soudan en  1844 fait enlever une statue monumentale d’Amon  qui est aujourd’hui au Musée de Berlin. Des recueils de gravures et d es tableaux documentent la progression des voyageurs et des récits racontent les difficultés du transport des plus grandes pièces vers les musées européens.  En 1838 par exemple l’architecte français Hercor Horeau publie un Panorama d’Egypte et de Nubie qui représente les principaux monuments de l’Egypte[1]. Champollion déchiffre la pierre de Rosette et donne accès aux hiéroglyphes. Les savants se succèdent. Des lords anglais financent les fouilles et y participent. Lord Carnavon mourra d’une piqure de moustique en 1923  : c’est la malédiction de Toutankhamon.
Premiers touristes
Les touristes de la décennie 1860 sont encore la proie d’une organisation chaotique. Mark Twain l’écrivain américain raconte ainsi sont expérience aux pyramides de Chéops ; Il s’est embarqué qu le navire Quaker City  pour le premier grand voyage organisé vers cette région.
« … Des insectes des deux sexes  - des pélerins du Quaker City -  rampaient sur ses pentes vertigineuses et au sommet un petit essaim noir agitait de stimbres-poste – des mouchoirs s’entend.
Naturellement, nous avons été assiégés par une cohue d’Egyptiens et d’Arabes musculeux qui voulaient conclure l’affaire et nous trainer jusqu’en haut - comme tous les touristes  […] les hercules qui nous hissaient avaient une façon tout à fait charmante de demander doucement un bakchich sur un ton flatteur ; et une façon tout à fait persuasive et convaincante de prendre un air  méchant et de menacer de nous jeter dans le vide […]  Le Voyage des innocents
Mark Twain est un maître de l’ironie et il joue avec habileté des poncifs du récit de voyage ; Du moins témoigne-t-il des pratiques en cours autour des Pyramides de la présence de touristes en voyage collectif dès 1867.
L’agence Cook en Egypte
Cook négocie directement avec le gouvernement Egyptien – le Khedive est sous l’influence anglaise – et obtient d’abord l’autorisation puis bientôt le monopole du trafic touristique sur des bateaux à vapeur sur le Nil. En 1875 il obtient l’autorisation d’aller vers la 1ere et la seconde cataracte. Le tourisme accompagne le contrôle militaire et administratif sur le pays. Les touristes les plus fortunés embarquent sur les bateaux postaux qui transmettent le courrier officiel les administrateurs et les officiers.
Un second pas est fait en 1877 lors de l’ouverture d’un hôtel à Louxor.
Grands hôtels et hivernage en Egypte
Il héberge aussi des « invalides » - malades de la tuberculose  souvent – qui veulent profiter d’une chaleur sèche que l’on suppose bonne pour leur santé. Face à la demande un second est ouvert immédiatement. En 1909 le Guide horaire général international illustré pour le voyageur en Orient ( Cité par L’Histoire) ecrit «  Louxor, à cause de son climat chaud et sec et de son air vivifiant, devient de plus en plus le séjour hivernal de beaucoup de personnes » En 1907 l’agence Cook ouvre à Louxor le Winter Palace avec électricité et ascenseurs. A Assouan apparait le Cataract Hôtel, le Grand Hôtel, la Pension Neufeld. Cook à la conquête du Soudan
Le système d’intendance mis au point pour les touristes peut être mis au service de l’armée anglaise. Lors de la révolte contre le Khédive, matée par l’armée anglaise, c’est l’agence Cook qui organise le rapatriement des blessés. L’agence participe directement à la conquête du Soudan par Lord Gordon en 1884. Il est convoqué à l’Amirauté pour son excellente connaissance des conditions de navigation sur le Nil. L’armée anglaise lui sous-traite l’acheminement de  11 000 soldats anglais, 7000 soldats égyptiens et de 130 000 tonnes d’armes et de bagages sur 800 bateaux. Il collecte 50000 tonnes de céréales auprès des paysans en guide d’impôt. Cook fait naviguer 28 grands steamers pour l’entreprise. Bloqué dans Khartoum Lord Gordon finit par y trouver la mort. Cook prudent a refusé de se transformer en messager et espion.
Les agences, les empires, le monde
Les activités de l’agence épousent les contours de l’Empire et des zones d’influence anglaises.  La firme profite de l’ouverture du tunnel du Saint Gothard (1882) qui double le Mont Cenis. Elle ouvre des bureaux à Constantonople et Athènes, propose des voyages en Crimée et dans le Caucase. Elle propose en 1883 d’acheminer les passagers vers l’exposition internationale de Calcutta. Elle sera approchée pour organiser des voyages à la Mecque pour des Indiens sujets désormais de la Reine.
Les intérêts des touristes sont divers : les parcs américains Yosemite Valley, Yellowstone Park ; croisières vers l’Islande et le Spitzberg
Les autres agences
D’autres agences font concurrence à Cook, souvent associées à des compagnies maritimes. L’agence de voyage allemandes Hamburg-Amerika-Linie bâtit un hôtel à Louxor.  Vers l’extrême orient dès les années 1850 La Peninsula and Oriental Company a établi des relations régulières et rapides entre l’Europe, l’Inde et la Chine. En France la Compagnie des Messageries maritime a ouvert des lignes vers le Japon, la Chine, l’Indochine, l’Australie, la Nouvelle Caledonie. Elles ne transportent pas des touristes à proprement parler mais des officiers et administrateurs coloniaux qui vont créer des stations balnéaires d’altitude sur les plateaux salubres des nouvelles colonies.
Les voyages deviennent plus rapides avec le percement du canal de Suez ( 1869) et l’achèvements de l’Orient4 Express (1883).  Le chemin de fer  permet de transformer des curiosités naturelles déjà connues en sites touristiques : en 1904 la British South Africa Cy  franchit le Zambeze aux Chutes Victoria et le site devient une destination touristique.
Les hôtels de luxe offrent un hébergement à la fois semblable et subtilement différent selon les continents : le Raffles Hôtel à Singapour (1899), le Strand Hôtel à Rangoon (1901), l’Eastern Oriental Hôtel à Penang, en Malaisie en 1905, le Peninsula à Hongkong en 1928 (L’Histoire)


II.                  Le tourisme en Algérie : contrôle territoire, mise en valeur et idéologie
Référence Colette Zytnicky,
Décrire, contrôler, savoir
La conquête de l’Algérie commence en 1830. Elle donne lieu immédiatement à de nombreuses publications décrivant le territoire et les populations, souvent écrites par des officiers. L’ethnologie, l’anthropologie, la géographie sont aussi des sciences qui servent le projet colonial. Les premiers guides rédigés à l’attention des voyageurs puisent dans ce matériau. L’article de l’Histoire  2016 n° 425 «  Le tourisme stade ultime du colonialisme »  signale ainsi en 1846 la publication d’un Guide du Voyageur en Algérie sous-titré Itinéraire du savant, de l’artiste, de l’homme du monde et du colon. En 1851 la seconde édition comprend un vocabulaire franco-arabe et l’ouvrage est présenté comme «  rédigé d’après des documents authentiques et des récits communiqués par les officiers supérieurs de l’Armée d’Afrique et des voyageurs modernes ». Il y a aussi des renseignements collectés grâce aux «  pieuses excursions de Mgr l’Evêque et son Grand Vicaire » . la description associe encore différents ordres de savoir : minéralogies, systèmes hydrauliques, botanique, flore ; on signale les sites pittoresques à l’intention des peintres ; des endroits propices à l’agriculture pour les colons ; les listes de mots arabes pour parler aux serviteurs.  . Voyageurs : le peintre Horace Vernet qui a accompagné la conquête ; l’écrivain Eugène Fromentin.
On passe entre 1860 et 1900 de l’époque des voyageurs à celle des touristes. C’est le fruit d’une politique concertée de mise en valeur associant initiative privée et pouvoirs publics. Alger devient une destination d’hivernage  qui cherche à faire concurrence à la Côte d’Azur surtout après les voyages de Napoléon III en 1860 et 1865. En décembre 1913 500 clients de standing séjournent dans les grands hôtels d’Alger. En 1887 est créé le Comité algérien de propagande et d’hivernage qui est transformé en 1897 en Syndicat d’initiative d’Alger. C’est avant la plupart des Syndicats d’initiative dans l’hexagone. En 1909 est créé un syndicat d’initiative à Bougie ; en 1914 à Oran et Constantine .
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III. Tourisme en Afrique colonisée



[1] Jean Vercoutie,  A la recherche de l’Egypte oubliée,  p. 85




Illustrations